Notes de lecture

Voyager en Orient grâce aux livres

06 juillet 2008

De Mehrunnisa à Nur Jahan, destin d'une femme dans l'Inde moghole

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Indu Sundaresan a écrit deux romans qui retracent l'histoire de Mehrunnisa, qui deviendra l'impératrice Nur Jahan. Dans le premier, "La Vingtième épouse", elle retrace sa vie de sa naissance à son mariage avec l'empereur Jahangir. Dans le second, "Le Festin des roses", sa vie après son mariage et jusqu'à sa mort.

Mehrunnisa naît en 1577 sur le chemin de l'exil. Son père est le fils d'un vizir du chah de Perse. Mais la mort de ce dernier a changé la donne pour la famille. Le père se demande s'il va atteindre l'Inde. A la naissance de sa fille, il songe à l'abandonner mais un coup de destin change la destinée de la petite fille, dont le prénom siginifie "soleil des femmes". Son père réussit à approcher la cour de l'empereur Abkar, il devient courtisan puis plus tard trésorier de l'empire. La petite fille croise sur sa route l'impératrice Ruqayya, qui décide que la petite fille doit revenir le plus souvent possible au harem. C'est là, dans le zenana, qu'elle va grandir. A huit ans, elle croise le prince Salim et tombe amoureuse. Adolescente, elle le croise à nouveau et lui tombe amoureux mais Mehrunnisa est déjà fiancée à un soldat. S'en suit un mariage plutôt malheureux. Après une série de fausses couches, elle met au monde une petite fille et quelques temps plus tard, elle se retrouve veuve.

Ce veuvage est, pour elle, l'occasion de retourner au zenana auprès de l'impératrice Ruqayya. Elle n'a pas oublié le prince Salim, devenu l'empereur Jahangir, et lui ne l'a pas oublié. Ils finissent par se marier. Elle a déjà trente-quatre ans. C'est une vieille femme selon les critères de l'époque. Elle est rebaptisée Nur Jahan, "lumière du monde". Nur Jahan va devoir se battre et intriguer pour se faire une place au sein du zenana. Son ennemie : Jagat Gosini, la begum en titre et mère probable du futur empereur. Elle ne digère pas, c'est le moins qu'on puisse dire, le mariage de Jahangir et Nur Jahan. Mais Nur Jahan a le soutien de Jahangir, elle l'assiste, bien évidemment cachée sous des voiles ou derrière un moucharabieh car personne ne doit voir son visage. Elle fut la femme forte de cette époque.

Ces deux ouvrages sont des romans et, qui dit roman dit une partie sortie de l'imagination de l'auteur. Mais ce sont des romans intéressants car ils permettent d'en savoir plus sur la vie de la cour moghole de la fin du 16ème siècle et du début 17ème siècle : la vie des femmes dans le zenana, les intrigues politiques, les alliances matrimoniales... Ces romans sont bien écrits, on est emporté dans l'histoire et la lecture des presque 1000 pages passe très vite, trop vite même.

Une anecdote : Nur Jahan est la tante de Mumtaz Mahal, l'impératrice pour laquelle fut construit le mausolée du Taj Mahal.

Publiés par Le Livre de Poche (2005 & 2007)

Agnès a aussi lu ces deux romans : lire ses avis ici et .

Pour en savoir plus sur la dynastie moghole, vous pouvez lire "L'Inde impériale des Grands Moghols" que j'avais présenté il y a quelques mois.

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30 juin 2008

Rwanda 1994 / Masioni, Grenier, Ralph

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Personne n'a oublié le génocide qui a plongé le Rwanda dans l'horreur d'avril à juillet 1994.

Cécile Grenier voulait en savoir plus sur l'Afrique et son histoire. Alors elle s'est rendue au Rwanda en 2002. Pendant six mois, elle y a mené une enquête, s'est rendue sur les lieux de la barbarie et a rencontré des témoins. De retour en France, elle a voulu en faire une histoire. Le résultat, c'est cette bande dessinée en deux tomes, un travail réalisé en commun avec le scénariste Ralph et le dessinateur Pat Masioni.

"Rwanda 1994" met en scène des personnages de fiction. Ils représentent les millions de Rwandais qui ont vécu le génocide.
"Descente en enfer" (tome 1) : Mathilde et ses trois enfants vivent à Kigali. Tout le monde est heureux, un mariage franco-rwandais est prévu. Mais l'assassinat du président va plonger le pays dans le chaos. Les Hutus lancent une chasse aux Tutsis. Or la famille de Mathilde est tutsie. Elle va tenter de fuir mais va se heurter au refus des Occidentaux de l'évacuer. S'en suit une fuite de cachette en cachette, la peur, la faim...
"Le Camp de la vie" (tome 2) : Certains membres de la famille ont survécu. Mais l'horreur n'a pas complètement cessé. Des Rwandais ont trouvé refuge dans des camps au Zaïre.

C'est une bande dessinée bien faite, nécessaire. A la fin du premier tome est expliquée l'histoire de ce petit pays, parce que les racines du génocide sont ancrées dans l'histoire. La fin du second tome aborde l'après-génocide.

Publié par Albin Michel (2005) et Vent des Savanes (2008)
Vent des Savanes a repris le catalogue BD d'Albin Michel donc vous pouvez trouver le premier tome dans leur catalogue.

Sur le même sujet :

Un livre
"L'Ombre d'Imana" de Véronique Tadjo (Actes Sud, 2000 ; Babel, 2005)
En 1998, l'auteur a été conviée au Rwanda dans le cadre d'une résidence d'écrivains. Il en est ressorti ce livre poignant. Je l'ai lu en 2001 mais il est resté présent. Je me souviens en particulier de deux histoires : celle d'une femme violée et propablement contaminée par le sida et celle d'une famille mixte dont le père, un Européen, était en Europe au moment du génocide. Sa famille a survécu mais est à tout jamais brisée.

Deux films
- "Hôtel Rwanda" de Terry George (2004) (disponible en DVD)
Il s'inspire d'une histoire vraie, celle de Paul Rusesabagina. Il était directeur du plus bel hôtel de Kigali, un hôtel appartenant à un groupe européen. Mais, dès le début des massacres, la direction européenne va le laisser tomber et par la même occasion, abandonner les Rwandais menacés réfugiés dans l'hôtel.
- "Quelques jours en avril" de Raoul Peck (2005)
Le réalisateur a voulu monter les mécanismes du génocide à travers le destin de deux frères.

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29 juin 2008

In the clothes named fat / Moyoco Anno

Voilà un très bon manga qui aborde un problème de société, enfin de société occidentale et/ou développée.

C'est l'histoire de Noko. Noko est une jeune femme d'une vingtaine d'années, office lady dans une grande société japonaise. Jusque là, Noko correspond au cliché type de la Japonaise. Seulement voilà, Noko est grosse. Et en raison de son surpoids, elle subit les brimades de ses collègues "taille mannequin". Pour supporter ces brimades, Noko s'enferme dans sa bulle : elle mange, mange... Pourtant, Noko a un petit ami depuis de nombreuses années. Mais on se demande quelles raisons le poussent à rester avec elle alors qu'il la trompe... Elle décide de maigrir car elle pense que si elle correspondait à la norme de la société, elle serait plus heureuse. Et c'est le début d'un engrenage boulimie-anorexie.

Beaucoup de jeunes aimant les mangas, celui-ci devrait être donné à lire aux adolescentes. Il décrit très bien de l'intérieur la problématique des troubles du comportement alimentaire (tous sont représentés dans ce manga : hyperphagie dans la première moitié du manga, puis boulimie et anorexie dans la seconde moitié).

Publié par Kana (2006)

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Jeunesse brisée / Sathavy Kim

Jeunesse_bris_eSathavy Kim est une étudiante en droit de 21 ans lorsque les Khmers Rouges prennent le contrôle du Cambodge le 17 avril 1975. Sa vie bascule ce jour-là. La population de Phnom Penh, la capitale où vit la jeune femme, est vidée de ses habitants, soit disant pour trois jours mais Sathavy ne reverra pas la ville avant 1979. Entre les deux dates, 3 ans 8 mois et 20 jours d'horreur : travail forcé, exécutions, famine, maladies...

Sathavy raconte son expérience personnelle. Séparée des siens, elle fait partie d'un groupe de jeunes gens célibataires envoyés d'un chantier à l'autre. Elle replace son histoire dans le contexte général. Et c'est là, l'un des points intéressants de ce livre. Elle explique ce qu'était la vie avant le régimes des Khmers Rouges (par exemple, le mariage) et ce qu'est devenue la société après leur prise de pouvoir. Elle explique aussi l'organisation politique du pays, le destin des minorités comme les Chams...

Après la fin du régime des Khmers Rouges, Sathavy est restée au Cambodge (c'est une nouveauté pour moi de lire les témoignages de personnes qui ne se sont pas exilées par la suite car ce sont dans la grande majorité des exilés qui ont raconté l'horreur vécue). Elle est devenue juge. Mais la blessure était toujours là. Même deux décennies après la fin de l'horreur, même lors d'un séjour aux Etats-Unis, elle était poursuivie par les cauchemars. Encouragée par des amis, elle a écrit ce livre. Elle est retournée sur les lieux du cauchemar, les photos sont dans cet ouvrage accompagnées de photos de l'époque (c'est un autre point intéressant). L'écriture fut un moyen de passer de la blessure ouverte à la mémoire.

C'est un livre poignant mais nécessaire pour ne pas oublier.

Publié par Actes Sud (2008)

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28 juin 2008

Rentrée littéraire 2008 : premières infos

Les chiffres de la prochaine rentrée littéraire ont été publiés cette semaine. 676 romans vont être publiés contre 727 l'an dernier, soit une baisse d'un peu plus de 7%. 466 sont des romans français et 210 des romans étrangers. Ce sont les romans étrangers qui subissent la plus forte baisse : - 10%.
(source : liberation.fr , 27 juin 2008)

Parmi les romans étrangers, il y a un roman de Zoyâ Pirzâd : Un jour avant Pâques, aux éditions Zulma.
(Merci à Anne-Sophie pour m'avoir donnée l'information)

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24 juin 2008

Le Passage de la nuit / Haruki Murakami

MurakamiComme le titre l'indique, ce roman se déroule la nuit. Et la nuit rend l'atmosphère encore plus étrange. Guidé par l'horloge, le lecteur traverse donc une nuit dans une grande ville japonaise.
Mari est attablée dans un restaurant fast food lorsqu'elle croise une ancienne connaissance. Cet ancien camarade de lycée a une amie qui a besoin d'une personne parlant le chinois. Et c'est le cas de Mari. La voilà en route pour un love hotel où une prostituée a été agressée. Pendant ce temps, la soeur de Mari, Eri, dort profondément dans une chambre où se produisent d'étranges phénomènes...
Un roman qui mèle réalité et fiction, un roman dans lequel le lecteur a l'impression d'être l'oeil qui observe.

Publié par 10/18 (2008)

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Colombo Chicago / Mary Anne Mohanraj

MohanrajFait exceptionnel, cette lecture est une seconde lecture. J'avais déjà lu ce roman il y a deux ans. J'en avais gardé un sentiment positif mais aussi l'impression d'être quand même passé à côté de ma lecture. J'ai donc profité de sa très récente sortie en poche pour m'y replonger. Le plongeon a duré 24 heures, une journée pendant laquelle j'étais réellement dans l'histoire.
Ce roman conte l'histoire de deux familles tamoules du Sri Lanka sur trois générations, entre le Sri Lanka et les Etats-Unis.
Tout commence en 1939 lorsque Thani, père de famille nombreuse, s'interroge sur l'avenir de sa fille préférée, Shanti. Sa femme, Bala, souhaite qu'elle fasse un mariage arrangé alors que Thani la voit étudiante. Shanti finit par partir pour l'Angleterre où elle fait la connaissance d'un jeune Sri Lankais qu'elle épouse. Le couple part s'installer aux Etats-Unis où il élève six filles. Leurs filles sont un mélange d'Orient et d'Occident. Certaines manifestent une volonté d'indépendance et d'émancipation, parfois au grand dam des parents qui veulent éviter les scandales. D'autres sont respectueuses des traditions et acceptent le mariage arrangé avec un inconnu. 
C'est un très beau roman, qui met surtout en avant les personnages féminins. Ce sont donc des portraits de femmes indépendantes ou respectueuses des traditions. Ce sont les histoires de deux familles qui doivent trouver un équilibre, à cheval sur deux pays et entre tradition et modernité.

Publié par Le Livre de Poche (2008)

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22 juin 2008

La Maison et le monde / Rabindranath Tagore

TagoreDe ce grand auteur indien qu'est Tagore, Prix Nobel de littérature 1913, j'avais déjà lu Quatre chapitres, un roman que j'avais bien apprécié. Alors, j'ai décidé de renouveler l'expérience avec "La Maison et le monde", un roman publié pour la première fois en 1915.
Ce roman est un huit-clos dans lequel interviennent trois personnages : une femme, Bimala, et deux hommes, Nikhil et Sandip.
Bimala est mariée à Nikhil. C'est une riche famille dans laquelle Bimala respecte la tradition du purdah. Son mari, atteint par le vent de la modernité, souhaiterait qu'elle s'ouvre au monde. Poussée par son mari, Bimala sort donc de son cocon et rencontre Sandip. Dans le Bengale des années 1910, Sandip est un nationaliste dont le mouvement veut encourager l'économie locale. Bimala va adhérer à ses idées jusqu'à menacer son couple...
Ce roman est remplie de réflexions initiées par les protagonistes, des réflexions sur le couple, sur le nationalisme qui secoue le Bengale d'alors. Le style de Tagore est très littéraire. Le roman est bien construit : les narrations des trois personnages se croisent sans qu'on y perde pied. J'ai retrouvé dans ce roman ce que j'avais vu dans "Quatre chapitre" : le style, l'histoire (histoire d'amour sur fond de mouvement politique).

Publié par Payot (2002)

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17 juin 2008

Les Belles choses que porte le ciel / Dinaw Mengestu

D_MengestuJ'ai pour habitude de parler de livres sur l'Asie. Aujourd'hui, je fais une exception comme il m'arrive de le faire de temps en temps. Avec "Les Belles choses que porte le ciel", vous aurez un pied aux Etats-Unis et un autre en Afrique.

L'auteur, un Américain d'origine éthiopienne, a fait d'un jeune immigré éthiopien le narrateur de ce récit. Sepha tient une modeste épicerie dans un quartier populaire de la périphérie de Washington. Il est pratiquement seul dans ce pays. Sa mère et ses frères et soeurs sont restés en Ethiopie, où son père a été tué lors de troubles politiques. Sepha vit un peu en marge de la société américaine. Son entourage est africain : la communauté éthiopienne et surtout deux amis, l'un originaire du Congo, l'autre du Kenya, avec lesquels il parle de l'Afrique. Son quotidien est bouleversé lorsque s'installent dans le quartier Judith et sa fille Naomi. Judith est une Américaine blanche et Naomi une métisse à moitié africaine. Sepha se lie d'amitié avec la fillette. Les relations avec la mère sont un peu plus compliquées : amitié, amour...

C'est un roman sur l'immigration (solitude, difficulté à trouver sa place dans une société différente), le rêve américain, la nostalgie du pays quitté.

Publié par Albin Michel (2007)

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15 juin 2008

Maharanis / Lucy Moore

MaharanisQuand on entend ce mot "maharani", on pense à l'Inde éternelle, celle des palais et des fastes. Mais derrière ce titre, se cachaient aussi des femmes de caractère qui ont su s'adapter à leur époque et à ses changements.
Ce livre n'est pas un roman ni une vision romancée de destins de maharanis. C'est une vraie leçon d'histoire à travers le destin de ces quatre "grandes dames" que furent Chimnabai, sa fille Indira, sa petit-fille Ayesha, sans oublier la belle-mère d'Indira, Sunity Devi. Des destins qu'on pourrait résumer en une expression : "du purdah à la vie politique".
Chimnabai, maharani de Baroda (dont le territoire est aujourd'hui situé dans l'état indien du Gujarat) est née dans la seconde moitié du 19ème siècle. Elle fut mariée à l'âge de 14 ans à un homme qui voulait une épouse éduquée. Alors, elle le fut et développa une vie loin du carcan de la zenana (partie réservée aux femmes dans les palais) et du purdah (système de ségrégation des femmes qui devaient rester invisibles aux yeux des hommes). Chimnabai fut une ardente défenseur de l'égalité des droits pour les femmes. Elle fut plusieurs fois présidente d'une association de femmes et présida, en 1927, la Conférence panindienne des femmes. Lors de ses activités, elle croisa Sunity Devi, maharani de Cooch Behar (qui se trouve dans le nord-est de l'Inde). Sunity était une femme éduquée dans une famille d'intellectuels. Elle croisa plusieurs personnalités comme Tagore, le célèbre écrivain et poète bengali, prix Nobel de littérature en 1913. Par le plus grand hasard, Sunity Devi deviendra la belle-mère d'Indira, la fille de Chimnabai.
Indira fut une rebelle. A 19 ans, elle tomba amoureuse d'un fils du maharajah de Cooch Behar et de Sunity Devi, Jitendra. Mais Indira était promise à un autre, un maharajah en titre. Le mariage prévu n'aura pas lieu. Indira prépare sa fuite avec Jitendra. Le couple se marie à Londres puis regagne le Cooch Behar. Jitendra n'était qu'un fils cadet mais parfois le destin vous rattrape : il devient maharajah et Indira, maharani. Veuve très tôt, Indira ne se comporte pas comme devrait le faire une veuve hindoue. Beaucoup de rumeurs ont d'ailleurs circulé sur sa vie amoureuse.
Indira eut plusieurs enfants dont Ayesha (de son vrai prénom, Gayatri), née en 1919. Adolescente, Ayesha tombe amoureuse du maharajah de Jaipur (aujourd'hui au Rajasthan). Quelques années plus tard, elle l'épouse et devient la troisième épouse d'un homme pour qui la fidélité n'était pas une qualité. Après les oeuvres de bienfaisance, Ayesha se lance en politique au début des années 60 en adhérant à un parti opposé au parti du Congrès (le parti de Nehru et de sa fille, Indira).

C'est un excellent livre riche en informations. Il nous fait découvrir le destin de femmes d'exception sans oublier la grande Histoire, car, entre la naissance de Chimnabai et la vie politique d'Ayesha, le sous-continent indien a connu nombre de bouleversements.
Les Etats princiers ont dû s'adapter aux Indes britanniques et aux exigences d'une administration qui voulait les contrôler et empêcher les princes de quitter leur territoire. Dans le même temps, l'éducation des maharajah et de leurs descendants s'est occidentalisée (études en Grande-Bretagne, en Suisse, y compris pour les filles). Cette occidentalisation poussée entraîna un problème identitaire chez les jeunes générations qui ne reconnaissaient plus leur pays au retour de leurs études en Europe.
Après la première guerre mondiale, le nationalisme est monté, y compris chez les maharanis. L'Inde indépendante naît en août 1948 et la vie change pour les familles princières qui perdent Etat, pouvoir et revenus. Certains membres de ces familles s'adaptent très bien aux changements, ce fut le cas d'Ayesha de Jaipur.

NB : La très belle photo de couverture est celle de la maharani Indira de Cooch Behar en 1938.

NB 1 : La maharani de Jaipur, Ayesha, est toujours en vie et a écrit ses mémoires. C'est la maison d'édition Kailash qui les a publiés en France.

NB 2 : J'ai retenu deux anecdotes. La première concerne les infanticides de bébés filles. Pour endormir les bébés, certaines familles utilisaient de l'opium qui, utilisé à forte dose, pouvait les tuer. La seconde concerne le mariage. En Inde, il y a pour habitude de consulter l'astrologue avant tout mariage hindou. Les horoscopes des deux futurs époux sont analysés. J'ai toujours cru que cela servait à vérifier la compatibilité des deux personnes. Mais, dans cet ouvrage, il est écrit que cela servait à vérifier que la femme allait mourir avant son mari, ce qui est mieux que l'inverse. Si quelqu'un a plus d'informations sur le sujet...

Publié par Payot (2008)

Posté par Naina94 à 20:44 - Inde - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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