07 août 2008
En ces temps de Jeux Olympiques...
...un peu de littérature chinoise.
Ce billet, un peu long, est divisé en trois parties :
- mes dernières lectures chinoises, pour une plongée dans l'atmosphère chinoise
- les romans interdits, pour ne pas oublier la censure pratiquée par le régime chinois, l'interdiction étant le degré le plus haut de la censure
- une liste de romans pour révéler la richesse de cette littérature.
La Mare / Ha Jin
Ha Jin vit aux Etats-Unis depuis une vingtaine d'années. Bien que ne vivant plus en Chine, ces romans, sauf le dernier (déjà traduit en français ?) ont pour cadre son pays natal. Le premier roman que j'ai lu de cet auteur fut La Démence du sage (Seuil) qui se déroule lors du printemps 1989 et qui met en scène un homme âgé qui dévoile sa facette révoltée. Je classe Ha Jin dans les auteurs chinois même si, pour la Chine, les auteurs chinois sont ceux qui vivent dans le pays et sont acceptés par le régime (c'étaient les seuls auteurs présents au Salon du Livre 2004 dont l'invité était la Chine. C'est ce qui différencie la Chine de l'Inde, puisque, parmi les auteurs indiens, on compte aussi ceux qui vivent hors de leur pays d'origine).
L'histoire de "La Mare" se déroule à la fin des années 70. L'ère Mao a pris fin. Dans une usine, où, comme dans toute unité de travail du pays, les dirigeants décident de la vie de leurs employés, les ouvriers attendent la liste de ceux qui se verront attribuer un logement. Bin est de cela. Avec sa femme et leur petite fille, ils vivent dans une seule pièce. Ayant une ancienneté de six ans, Bin espère se voir attribuer un logement. Mais il ne figure pas sur la liste des heureux bénéficiaires. La mayonnaise lui monte au nez et il n'hésite pas alors à avertir un journal des magouilles des dirigeants de l'usine. Ses propos sont publiés et finissent placarder dans l'usine, à la manière des dazibao qui fleurissaient sur le Mur de la Démocratie à Pékin à la fin des années 70. Bin ne se verra pas attribuer de logement. Il va continuer à écrire ce qu'il pense. Pour se venger, ses patrons l'empêcheront de travailler ailleurs, de reprendre ses études... Dans la Chine décrite dans le roman, pour obtenir ce qu'on veut, il faut se taire.
Pa Pa Pa / Han Shaogong
L'auteur, né en 1953, trouve son inspiration dans la mythologie chinoise, le folklore...
C'est une autre Chine que celle véhiculée par les médias qui est décrite dans ce court roman. Ici, c'est la Chine rurale, c'est la Chine des villages de montagne et celle des minorités ethniques. On ignore à quelle époque se situe ce récit. Le personnage principal est un gamin handicapé, élevé par une mère seule. C'est toute la vie du village qui se déroule sous ses yeux, des petits faits sans conséquence aux querelles de clochers, sur des airs de chansons et sur fonds de croyances locales.
Ces Jeux Olympiques sont donc l'occasion de lire de la littérature chinoise mais il ne faut surtout pas oublier que le pays utilise la censure et que les autorités peuvent interdire un roman jugé subversif, corrosif. Je n'ai pu recenser que quatre romans interdits :
- Le Rêve du village des Ding / Yan Lianke (Picquier, 2007)
- Servir le peuple / Yan Lianke (Picquier, 2006)
- Shanghai Baby / Weihui (Picquier, 2003) (suivez le lien pour accéder à mon billet)
- Les Bonbons chinois / Mian Mian (Editions de l'Olivier, 2001 ; Points, 2002)
La Littérature est aussi une façon d'appréhender un pays dans tous ses aspects. Bleu de Chine est un éditeur qui ne publie que des livres sur la Chine. A partir de leur site (vous remarquerez que la maison d'édition émet des revendications à l'occasion de ces JO), j'ai fait une petite liste de romans, parus depuis 2002, qui parlent de différents sujets : migrants ruraux, minorités ethniques (Hui, Ouighour), jeunesse. J'ai choisi ces romans parce qu'ils abordent des sujets pas toujours évoqués dans les autres romans, que leurs auteurs et leur oeuvres sont peu médiatisés, à l'inverse d'auteurs comme Chi Li, Mo Yan ou Yu Hua. Je n'ai pas lu ces romans, à l'exception de deux d'entre eux :
- Le Malaise / Laoniu
- Du thé d'hiver pour Pékin / Liu Xinglong (lu)
- La Cendrillon du canal / Liu Xinwu
- Le Chagrin des pauvres /Shi Shuqing et Li Jinxiang
- Les Cinq yuans /Shi Shuqing (lu)
- Celle qui dansait /Wang Meng
- Contes de l'ouest lointain, nouvelles du Xinjiang / Wang Meng
- Des yeux gris clair / Wang Meng
Quelques liens :
Commentaires
Merci naina pour ce joli billet qui permet de picorer de saines lectures ;-)
Je viens de regarder dans ma PAL et j'ai "Servir le peuple" de Yan Lianke :-D
Je vais le sortir pour le lire très vite!
Dans ma PAL figure l'autre roman de Yan Lianke, "Le Rêve du village des Ding".
Merci Naina pour ce tour d'horizon qui me donne des idées... Je suis en train de lire Petit dictionnaire chinois anglais pour amant que j'avais picoré chez toi et j'apprécie beaucoup :-)
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