06 novembre 2008
Syngué sabour / Atiq Rahimi
Syngué sabour, c'est le nom donné à une pierre, à laquelle un individu peut confier ses tourments. Pour la narratrice, cette pierre est son mari, alité dans une chambre impersonnelle d'hôpital. Elle se confie à lui tout au long du récit et s'est ainsi qu'on apprend son histoire. Une triste histoire.
Lorsqu'elle s'est mariée, cet homme était un inconnu, de plus absent. Il préférait la guerre à la vie de famille. Et c'est pourquoi, elle n'a connu son mari qu'au bout de trois ans de mariage. Elle lui confie toutes ses rancoeurs à propos de cette vie subie et non choisie.
Cette histoire se passe dans un pays musulman en guerre. Le pays n'est pas nommé mais on peut supposer qu'il s'agit du pays d'origine de l'auteur, l'Afghanistan.
Le style est simple et en même temps très puissant. Je trouve qu'il est très proche de celui de Les Mille maisons du rêve et de la terreur alors que ces deux romans ont une différence majeure : Les Mille maisons du rêve et de la terreur est traduit du persan alors que Syngué sabour a été écrit directement en français.
Ce roman a reçu le Prix Goncourt 2008.
Publié par P.O.L (2008)
Au début du roman, l'auteur a indiqué avoir écrit ce roman à la mémoire d'une poétesse N.A. Il s'agit sans doute de Nadia Anjuman. Elle écrivait des poèmes sur la condition féminine. Elle avait 25 ans lorsqu'elle est morte battue à mort le 4 novembre 2005. Son assassin ? Son propre mari. Ce dernier n'a jamais reconnu le meurtre, juste les coups. La police a classé l'affaire en suicide.
Ses poèmes auraient été traduits en français mais je n'en ai pas trouvé trace.
01 octobre 2008
La Plaine de Caïn / Spôjmaï Zariâb
Spôjmaï Zariâb, novelliste afghane, a écrit les nouvelles qui composent ce recueil dans les années 80 lorsque son pays était occupé par l'armée soviétique. A cette époque, elle vivait là-bas (elle vit en exil en France depuis 1991) et certaines des nouvelles y ont été publiées. Avec ces informations lues dans la préface, je m'attendais à lire un recueil du même acabit que Perdus dans la fuite d'Assef Soltanzadeh.
Mais Spôjmaï Zariâb a écrit des nouvelles très différentes. Certaines histoires m'ont parue impersonnelles dans le sens où elles pourraient se dérouler dans n'importe quel pays en guerre. Certaines dévoilent derrière la métaphore la réalité de l'Aghanistan des années 80. Ainsi, "Les Signatures" décrivent la tyrannie bureaucratique et "Les Bottes du délire", l'invasion soviétique. La nouvelle la plus émouvante est "Le Caftan noir". Elle diffère des autres parce que les personnages ont un prénom, cela les rend en quelque sorte plus proches. C'est une histoire très triste (violence paternelle, conjugale ; deuil) mais toutes les nouvelles de ce recueil dévoilent une grande tristesse, une solitude. Elles sont très dures, beaucoup plus que les nouvelles composant le recueil Dessine-moi un coq, ce recueil abordait pourtant des sujets graves.
Publié par les éditions de l'Aube (poche) (2001)
En mars 2001, Le Courrier de l'Unesco a publié une interview de l'auteur : "Spôjmaï Zariâb, la littérature contre le cauchemar afghan".
02 août 2008
Burqa ! / Simona Bassano di Tufillo, Jamila Mujahed
Ce que j'aime, lorsque je vais à la bibliothèque municipale, c'est faire des découvertes. Ma dernière découverte est ce livre classé au rayon "bandes dessinées" même s'il ne ressemble pas à une BD. C'est un livre qui a le format et l'épaisseur (48 p.) d'un album pour jeunes enfants.
Le sujet est la burqa ou plutôt comment vivre avec. Le livre se compose de deux parties. Sur la page de gauche, le texte "Ma vie à Kaboul" de Jamila Mujahed. Sur la page de droite, les illustrations de l'italienne Simona Bassano di Tufillo.
"Ma vie à Kaboul" est autobiographique. L'auteur explique l'histoire de la burqa et cela met à mal certaines idées reçues. Les talibans sont arrivés sur un terrain qui avait déjà été préparé par les Moudjahidin, qui, par certaines de leurs actions, avaient imposé peu à peu le port de la burqa. L'auteur parle aussi de ce qu'a représenté pour elle cette obligation de porter ce vêtement lorsque les talibans ont pris le pouvoir.
Les illustrations sont à la fois humoristiques et acides. Elles montrent l'absurdité des situations lorsque les femmes sont obligées de porter la burqa.
Ce livre a reçu le parrainage d'Amnesty International.
Publié par Les Editions de La Martinière (2008)
Jamila Mujahed est journaliste et défenseur des droits de la femme. Elle préside une ONG, "The Voice of Aghan Women's Association and Radio". Elle est la fondatrice du premier magazine féminin afghan, "Malalaî", un magazine qui a vu le jour après la chute des talibans. Elle a reçu de nombreux prix dont le prix Johann Philipp Palm "Pour la liberté de la presse et d'opinion" (voir l'article de Qantara.de)
Simona Bassano di Tufillo est une artiste italienne engagée.
30 juillet 2008
Les mille maisons du rêve et de la terreur / Atiq Rahimi
Dois-je vous révéler l'histoire au risque de gâcher la lecture de ce roman ? Non, je préfère que vous découvriez toute la saveur du texte par vous-même alors je vais en dire le minimum. Le personnage principal est un jeune homme prénommé Farhad. Il est emprisonné. L'action se passe en 1979, année de l'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques.
J'espère ne pas en avoir trop dit. Au début du roman, on ne sait rien (et la quatrième de couverture est plutôt muette). Et on se retrouve perdu, mais pas dans un mauvais sens. Perdu car, comme le personnage, tout apparaît comme dans un rêve ou à travers une nappe de brouillard. Que se passe t-il ? Qu'arrive t-il au personnage ? Et puis tout apparaît de plus en plus clairement.
Le style est simple. L'auteur fait de nombreuses références à la culture persane. C'est un court roman (200 pages), peu dense : on pourrait dire que l'écriture correspond à l'histoire qui est dévoilée peu à peu. On est pris dans le roman, dans l'histoire du personnage, ses malheurs.
Très beau roman.
Publié par P.O.L (2002)
Sur l'auteur : Atiq Rahimi est un écrivain et cinéaste afghan, francophone (il a fait sa scolarité au lycée franco-afghan de Kaboul), exilé en France depuis 1984. Il est né en 1962 dans une famille francophile. Il écrit depuis sa jeunesse mais il a fait des études de cinéma.
Pour l'anecdote (et parce que je parle souvent de littérature indienne) : il travaille actuellement à l'adaptation d'une nouvelle de l'écrivain bengali Tagore.
(Sources : Livres Hebdo)
En 2002, le magazine d'information du Ministère des Affaires étrangères, Label France, avait réalisé un portait croisé de deux écrivains afghans, Atiq Rahimi et Spôjmai Zariâb (dont j'ai présenté un recueil de nouvelles sur ce blog). Pour lire ce portrait croisé, c'est ici.
06 avril 2008
Burqas, foulards et minijupes / Anne Lancelot
Anne Lancelot, chef de mission pour des ONG, a vécu huit ans en Afghanistan. Pendant ces années, elle a travaillé pour cinq ONG ou agences des Nations Unies. C'est au cours de son travail qu'elle a fait la connaissance de plusieurs femmes afghanes. En 2006 et 2007, elle a mené des entretiens avec certaines d'entre elles pour leur faire parler de leur vie. Un exercice délicat dont ce livre est le résultat.
Elles sont quatorze à s'être exprimées. Elles ont de 22 à 50 ans et sont mariées, célibataires, divorcées ou veuves. Toutes, sauf un, ont une occupation scolaire ou professionnelle. Comme le rappelle Anne Lancelot dans sa préface, ces femmes sont atypiques : leurs études, leur travail, leurs choix de vie les distinguent de la majorité des femmes afghanes. C'est un livre intéressant. Alors venez écouter Farida, Hanna, Rahima et les autres raconter les guerres, le temps des minijupes, l'exil, le mariage...
Publié par Calmann-Levy (2008)
01 février 2008
Le Goût de l'Afghanistan
On ne connaît de l'Afghanistan que l'actualité récente brûlante et les images véhiculés par les médias. Mais ce pays a une longue histoire et une grande culture. Pour les découvrir, ce petit livre peut être un premier pas. Il présente une trentaine de textes réunis par Sophie Royer et François Trassard, des textes d'écrivains-voyageurs comme Ella Maillart, de romanciers comme Spôjmaï Zariâb, d'un poète afghan, d'historiens... Des textes rendent compte de la richesse historique et culturelle du pays, d'autres évoquent des sujets plus contemporains comme l'occupation soviétique ou le régime des taliban.
J'ai trouvé ce livre très intéressant pour le côté "découverte d'un pays" mais aussi pour la découverte d'auteurs dont je vois souvent les livres en librairie mais qui ne me tentent jamais comme les récits d'Ella Maillart. J'ai aussi apprécié de relire les textes de Spôjmaï Zariâb ("Dessine-moi un coq") et Asne Seierstad ("Le Libraire de Kaboul"). Après un premier contact positif avec cette collection "Le Goût de...", je me laisserais peut-être tenter par un autre de ces titres (il y a beaucoup de choix, près de 10 titres rien que pour le continent asiatique).
Publié par Mercure de France (2007)
Pour continuer la découverte de ce pays : "Courrier international" a publié dans son édition du 17 janvier dernier un reportage du "Frankfurter Allgemeine Zeitung" intitulé "Surprenante Kaboul". Grâce à cet article, on peut découvrir la face cachée de la capitale afghane. Pour le lire, l'entrée est ici.
08 décembre 2007
Les Cerfs-volants de Kaboul / Khaled Hosseini
Dans les années 60 & 70, à Kaboul, Amir et Hassan sont les meilleurs amis. Pourtant, tout pourrait les opposer : Amir est le fils d'un notable pachtoun et Hassan, le fils du domestique hazara. Ils ont une passion : les cerfs-volants. Mais un jour, Amir ne vient pas en aide à Hassan...
Les évènements politiques vont transformer le pays et pousser Amir et son père à la fuite, d'abord au Pakistan puis aux Etats-Unis. Amir y mène une vie sans histoire avec son épouse, elle-aussi d'origine afghane. Jusqu'à un appel venant du Pakistan... Amir va retrouver son pays aux mains des Talibans et repartir sur les traces de son passé...
Ce roman a reçu beaucoup de critiques positives. J'ai moi-aussi adoré ce roman. C'est bouleversant, captivant... Khaled Hosseini est un excellent écrivain. Vivement un prochain roman !
Ce roman a fait l'objet d'une adaptation cinématrographique. Le film doit sortir dans les salles américaines dans les prochains jours.
Publié par 10/18 (2006)
25 novembre 2007
Mille soleils splendides / Khaled Hosseini
Ce roman croise les destins de deux femmes, deux générations différentes mais unies dans le malheur. Mariam naît à la fin des années 50. A la mort de sa mère, elle est contrainte d'épouser un homme de 30 ans son aîné, elle a alors 15 ans. Vont suivre des années de souffrance : plusieurs fausses couches, la violence de son mari... En 1992, les évènements rendent orphelins une petit voisine de 14 ans, Laila. Rachid, le mari de Mariam, va faire d'elle sa seconde épouse. Il va d'abord la traiter comme une reine, suscitant l'exaspération et la colère de Mariam. Et puis Laila donne naissance à une petite fille. Elle va à son tour connaître les violences de ce mari tyrannique...
C'est une histoire bouleversante. Les deux femmes sont attachantes. Leur destin est lié à celui de leur pays puisque les lois, les comportements envers les femmes changent en même temps que la politique : une liberté (relative, selon les familles) pendant l'occupation soviétique avant la terreur sous le régime des Talibans.
L'histoire est tellement prenante que le roman se lit d'une traite. Je vous le conseille.
Publié par Belfond (2007)
11 novembre 2007
Perdus dans la fuite / Assef Soltanzadeh
Dans la littérature afghane, la nouvelle est une tradition. Assef Soltanzadeh a donc choisi cette forme pour nous raconter ses histoires. La toile de fonds est la guerre qui a ravagé le pays dans les années 80 et 90. Tous les personnages des récits cherchent à fuir une vie, une situation...
Perdus dans la fuite : un jeune Afghan réfugié en Iran refuse de se rendre dans la maison de son oncle pour entendre les nouvelles du pays. Pour lui, aller chez son oncle lui rappelle l'annonce de la mort de sa mère.
Le Deux de trèfle : un Pashtoun s'est aventuré dans une région Hazara. Arrêté, sa vie est suspendue à l'issue d'une partie de cartes.
Le Festin royal : un couple qui a déjà vendu tous ses biens cherchent à vendre ses enfants.
Daria... Daria : Un petit garçon communique avec un poisson qui lui parle de l'immensité de la mer. En parallèle, de jeunes hommes essaient d'échapper à la conscription.
Nous sommes tous perdus : Un homme est cloué sur son lit après avoir été touché par une roquette. Pour avoir un peu d'argent, sa femme va se prostituer.
Baba le magicien : Un magicien fait disparaître un char de l'armée russe.
Le Marié de Kaboul : Il manque un invité alors le marié et son garçon d'honneur partent le chercher mais cet homme réside dans un quartier interdit à leur ethnie.
... Jusqu'à Mazar : Pour respecter les dernières volontés d'un homme, ses deux fils et son frère partent l'enterrer à Mazar-é-Sharif.
Ces nouvelles sont très bien écrites. L'auteur a un style très riche. Il peut raconter une histoire tout simplement, utiliser le style fantastique, mêler les pensées de deux personnages... sans que le lecteur se sente perdu dans le récit.
Sur l'auteur : Assef Soltanzadeh est né à Kaboul en 1964. Il appartient à la minorité chiite hazara. Il a fuit son pays en 1985.
Publié par Actes Sud (2002)
15 octobre 2007
Dessine-moi un coq / Spôjmaï Zariâb
Spôjmaï Zariâb est née à Kaboul (Afghanistan) en 1949 et vit en France depuis 1991. Elle écrit en persan. "Dessine-moi un coq" est son troisième recueil de nouvelles à être publié en français.
Les sept nouvelles qui composent ce recueil ont été écrites entre 1978 et 2002 et ont pour thème principal l'enfance (jusqu'au début de l'âge adulte) / les enfants. Mais elles mettent aussi en avant le poids de la religion, la pauvreté, l'exil, la littérature épique, la guerre...
Le risque que peut rencontrer un recueil de nouvelles est la qualité inégale des textes. Ce recueil y échappe totalement. Je ne saurais dire quel est mon texte préféré car tous dégagent quelque chose. Un livre à découvrir...
Publié par les éditions de l'aube (poche) (2005)
