18 décembre 2009
Stasiland / Anna Funder
Dans les années 90, Anna Funder a enquêté sur la Stasi, la police secrète de l'ex-RDA. Au travers des différents témoignages recueillis, témoignages de victimes comme d'anciens agents, on comprend vite que le système de surveillance était très étendu.
Miriam avait seize ans lorsqu'elle a été arrêtée la première fois pour des affiches. Quelque temps plus tard, elle est à nouveau arrêtée après une tentative d'évasion vers l'Ouest. Elle va subir dix nuits d'interrogatoire. Quelques années plus tard, c'est son mari qui mourra dans une prison.
Julia avait le même âge lorsqu'elle a rencontré un Italien. Son histoire d'amour va faire d'elle une suspecte et compromettra son avenir.
Du côté des anciens agents du système, il y a des nostalgiques tels cet ancien responsable d'une émission de propagande. Et puis, il y a ceux qui racontent simplement comment ils en sont arrivés là, le secret sur leur activité. Une vie très particulière.
Le système était complexe. Les méthodes de surveillance, d'interrogatoire étaient codifiées. Les prisons étaient secrètes. Des victimes pouvaient se voir proposer de devenir des collaborateurs. Des agents de la Stasi pouvaient devenir des individus surveillés.
Au cours de son existence, cette police secrète a réalisé des milliers de documents. Les ex-Allemands de l'Est peuvent, s'ils le souhaitent, consulter leur dossier personnel mais il faudra du temps avant que toutes les informations soient accessibles car, à la chute du Mur, des milliers de documents ont été déchirés.
Un document passionnant. La façon dont il a été écrit en fait un livre grand public. Il n'est absolument pas barbant.
Le site "Evene" propose une interview très intéressante de l'auteur. Elle montre bien que le sujet de la Stasi est encore aujourd'hui est un sujet sensible.
Publié par 10/18 (2009) / Traduit par Mireille Vignol
Pour compléter cette lecture, un film allemand très intéressant : "La Vie des autres" de Florian Henckel von Donnersmarck (2006)
Le Mec de la tombe d'à côté / Katarina Mazetti
Un homme, une femme, la trentaine. Leur point commun : une solitude enduillée. Et c'est dans un cimetière qu'ils vont se rencontrer. Drôle d'endroit pour une rencontre qui donne naissance à une idylle.
Désirée est veuve depuis quelques mois, bibliothécaire et citadine. Son univers : les livres, les meubles en acier et les murs blancs de son appartement.
Benny pleure sa mère disparue suite à un cancer. Il est agriculteur. Son univers : ses vaches laitières, les points de croix laissés par sa mère, les bons plats typiquement suédois.
Tout les oppose. Il paraît que les opposés s'attirent. Mais faire vivre l'amour lorsque tout oppose est un travail difficile.
Tour à tour, Désirée et Benny racontent leur histoire, comment ils la vivent.
Ce roman a beaucoup fait parler de lui sur la blogosphère. Certains ont aimé, d'autres moins. Moi, j'ai aimé. J'ai apprécié les deux personnages. Lorsque leur histoire commence, ils semblent si mignons, si romantiques. Ensuite, comme dans presque toutes les histoires d'amour, la réalité reprend le dessus.
Je n'avais pas autant apprécié un roman suédois depuis ma lecture des romans d'une autre auteur de ce royaume scandinave, Marianne Frederikson ("Inge et Mira", "Hanna et ses filles", "Simon et le chêne").
Publié par Babel (2009) / Traduit par Lena Grumbach et Catherine Marcus
14 décembre 2009
Attention travaux !
A vingt-quatre ans, Claire hérite de sa grande-tante un magnifique cottage situé dans un village du Gloucestershire. Magnifique ? Ce n'est pas la réalité. La maison tombe en ruines et est occupée par un locataire, un vieil homme un peu bourru dont l'animal de compagnie est un cochon.
Claire est prête à relever le défi de la restauration. Mais elle doit affronter des obstacles comme les réticences du locataire ou les appétits de voisins convoitant le cottage. Heureusement, des évènements heureux se profilent à l'horizon...
Après "Love Masala", j'avais encore besoin de lectures faciles du genre "chick lit". Alors entre deux romans indiens aux sujets sérieux, "Peinture fraîche" de Zoë Barnes s'est imposé. Ce fut un agréable moment de lecture, sans prise de tête.
Publié par Pocket (2008) / Traduit par Laura Contartese
08 décembre 2009
"On a de la chance de vivre aujourd'hui"
Ce n'est pas un constat. Il s'agit du titre du dernier livre de Kate Atkinson. Ce n'est pas un roman mais un recueil de huit nouvelles.
Il y a un homme pris au piège par la famille de sa dulcinée, une jeune actrice qui vit une histoire d'amour avec un jeune prince, des femmes confrontées à l'application d'une "charia chrétienne"; Dieu qui se désole de la façon dont les hommes ont transformé Sa création...
L'ensemble est loufoque. Les histoires sont courtes, un peu trop dans certains cas (j'aurais aimé un plus long développement pour "Affaires de coeur" et "La Guerre contre les femmes"). C'est un recueil que se lit, se dévore vite. Les 150 pages ont été avalées en une soirée.
Cuné l'a lu et apprécié.
Publié par les Editions de Fallois (2009) / Traduit par Isabelle Caron
24 novembre 2009
Une femme à Berlin
Berlin en 1945 est un champ de ruines. Au milieu de ces ruines tentent de survivre des hommes, des femmes et des enfants. Parmi eux, une femme, la trentaine, issue d'une famille bourgeoise, journaliste. D'avril à juin 1945, elle a tenu un journal. Cette femme a souhaité rester anonyme et à la lecture de ses textes, on comprend mieux les raisons de son choix. Ses écrits ont choqué les lecteurs allemands des années cinquante.
Son témoignage est brut, sans fioritures, sans occultation des évènements et des faits les plus douloureux. Il y a les bombardements américains, la faim, la vie dans une cave, la peur. Aux bombardements succèdent la présence de l'armée soviétique. Ces soldats s'emparent de la ville et de ses femmes. Cette anonyme n'a pas souhaité taire les viols de masse dont elle a elle-même été victime.
Ce témoignage apporte un éclairage sur la façon dont les civils allemands ont vécu la fin de la guerre. Ce qui surprend dans ce récit est l'absence d'abattement de l'auteur. Elle manifeste une grande force de résistance.
Des extraits (la pagination correspond à l'édition 2006) :
"Petit à petit, nous nous mettons d'ailleurs à parler des viols avec humour, mais un humour noir." (p.127)
"Je suis bien adaptée à ce bas monde, je ne suis pas une petite nature." (p. 176)
"Ceux auxquels le sort a infligé un excès de souffrances, comme nous aujourd'hui, ne peuvent s'en sortir qu'en se blindant." (p. 176)
Publié par Gallimard (2006) & Folio (2008) / Traduit par Françoise Wuilmart
Lecture complémentaire
Hans Fallada a écrit un roman intéressant sur la vie des Allemands pendant la guerre. Dans "Seul dans Berlin", il raconte la vie dans un immeuble berlinois.
11 novembre 2009
Résistance
En ce 11 novembre, j'ai choisi de parler d'un livre qui évoque non pas la Première Guerre mondiale mais la Seconde, plus précisément la résistance allemande. On l'oublie souvent mais des Allemands se sont opposés au nazisme. Parmi les plus connus, Hans et Sophie Scholl.
Leur soeur, Inge Scholl, a écrit un court récit sur leur vie et leur engagement. Nés dans une famille bavaroise, le frère et la soeur participent aux jeunesses hitlériennes. Et puis, peu à peu, les doutes se font jour, notamment chez Hans qui de rentre de moins en moins dans le moule. Après le lycée, Hans intègre la fac de médecine et participent aussi à des campagnes militaires, notamment à la campagne de France.
En 1942, Hans devient un des piliers du groupe de résistants "La Rose Blanche", bientôt rejoint par Sophie qui a découvert ses activités clandestines.
Le groupe diffuse des tracts, dont les textes sont reproduits à la fin du récit. Le 18 février 1943, Hans et Sophie en diffusent à l'université lorsqu'ils sont pris au piège par le concierge. Arrêtés, interrogés, ils sont jugés, condamnés à mort et exécutés le 22 février 1943.
Le récit a pour sous-titre "Six Allemands contre le nazisme". Et il ne faut pas oublier les quatre autres résistants, trois étudiants et un professeur d'université, eux-aussi exécutés : Christoph probst (exécuté le même jour), Alexander Schmorell, Willi Graf et Kurt Huber.
Publié par Les Editions de Minuit (2006) / Traduit par Jacques Delpeyrou
Dans ma LAL, figure un autre livre sur Hans et Sophie Scholl : "Lettres et carnets" (Ed. Tallandier, 2008)
Sur la résistance allemande, j'ai lu il y a quelques années "La Résistance des coeurs" de Nathan Stolzfus (Phébus, 2002). Ce livre rappelle le courage de femmes allemandes non-juives qui se sont battues pour sauver leur mari juif.
08 novembre 2009
Un amour vintage / Isabel Wolff
J'ai fait connaissance avec les romans d'Isabel Wolff il y a quelques années. Il s'agissait de romans du genre "chick lit" (terme que je ne trouve pas péjoratif) comme "Les Tribulations de Tiffany Trott" ou "Les Mésaventures de Minty Malone".
Avec ce nouveau roman, l'auteur semble avoir voulu quitter ce genre parfois décrié. Le résultat est plutôt mitigé.
Revenons au roman. Phoebe, la trentaine, ouvre une boutique de vêtements vintage dans la banlieue londonienne après avoir été pendant des années commissaire-priseur spécialisée dans le vintage. La jeune femme s'abrutit dans le travail pour surmonter la mort de sa meilleure amie, Emma, survenue quelques mois plus tôt. Cette mort a, de plus, mit fin à la relation que Phoebe entretenait avec Guy avec lequel elle avait des projets de mariage.
Dans le cadre de son travail, Phoebe est amenée à rencontrer des particuliers se séparant de leurs trésors. Et c'est ainsi qu'elle fait la connaissance d'une septuagénaire d'origine française, Thérèse. Cette dernière se sépare, entre autres, d'un manteau bleu. Et l'histoire lié à ce manteau bleu devient une seconde histoire dans le roman. Elle nous transporte à Avignon pendant la seconde guerre mondiale.
Et là, c'est la déception. L'histoire est connue d'avance. Si l'auteur s'était limitée à raconter la vie de Phoebe, la mode du vintage, ce roman aurait été un bon roman. Certes, il aurait été question d'un roman pour la détente, pour les vacances mais ces romans ne sont pas toujours des romans à jeter directement à la poubelle.
En insérant cette histoire d'enfant cachée (je peux l'écrire car on la devine dès la première phrase de l'histoire), Isabel Wolff a peut-être voulu insérer de l'émotion. C'est loupé. Je n'ai absolument pas accroché à cette histoire. C'est du déjà lu ailleurs mais en beaucoup, beaucoup moins bien.
A lire si vous le trouvez dans votre bibliothèque municipale.
A lire si vous aimez le vintage ou/et si vous souhaitiez suivre les anecdotes de la vie d'une boutique.
Publié par JC Lattès (2009) / Traduit par Denyse Beaulieu
06 novembre 2009
Un polar qui venait du froid
Une petite ville de Finlande au bord de la mer Baltique. Un été. Une jeune femme retrouvée morte dans un jardin. Une autre jeune femme, juriste et ancienne policière.
Le scénario de "La Poisse" se met en place.
Maria, la juriste, ne peut s'empêcher de s'investir dans cette affaire qui trouble la quiétude de cet été finlandais. Armi, la victime, était une de ses connaissances, tout comme Kimmo, le petit ami de la victime. Ce petit ami est le principal suspect. Etant donné qu'il aime le cuir, le latex et les menottes, il est forcément le suspect. Maria décide de prendre sa défense mais sa position n'est pas aisée. Tout en voulant prouver l'innocence de Kimmo, elle cherche à savoir la vérité sur la mort d'Armi.
Cette affaire fait ressurgir une autre mort, un autre drame : le suicide de Sanna, la soeur de Kimmo. Très vite, c'est une double enquête que doit mener Maria. Réveiller le passé, chercher à savoir ce qui est arrivé à Sanna permettra d'avancer sur l'affaire d'Armi.
Ce roman de Leena Lehtolainen est un bon polar. Le suspense est maintenu jusqu'à la fin. "La Poisse" est le second volet des aventures du personnage de Maria Kallio. Mais ne pas avoir lu le premier volet ("Mon premier meurtre") ne porte pas préjudice à la lecture du second.
Publié par Gaïa (2006) / Traduit par Anne Colin du Terrail
06 octobre 2009
En enfer
Il est des livres difficiles à livre mais indispensables. Tel est le cas de Sonderkommando, le témoignage de Shlomo Venezia, l'un des rares survivants de ces commandos spéciaux composés de juifs chargés des tâches les plus ingrates au coeur des crématoires d'Auschwitz-Birkenau.
Shlomo Venezia est né au sein de la communauté juive de Salonique (Grèce). Sa famille, dont les ancêtres ont vécu en Italie (d'où le nom de famille et la citoyenneté italienne), n'est pas spécialement pratiquante et vit à cheval entre le quartier juif et la ville grecque. Shlomo connaît une enfance marquée par la disparition de son père et la montée du fascisme au sein de la communauté italienne de la ville.
Puis viennent la guerre, les rafles et les déportations. Shlomo se retrouve pris en piège en mars 1944. Quelques jours plus tard, il est déporté à Auschwitz. Et contre une double ration de nourriture, il va se porter volontaire pour un travail. Shlomo se retrouve dans le sonderkommando. S'en suit une description de ce que ce jeune homme a vu et vécu. Il ne raconte que ce qu'il a vu, ce qu'il a fait : comment ces juifs aidaient les victimes à se déshabiller avant l'entrée dans la chambre à gaz, la récupération des dents en or et des cheveux...
Ce livre est organisé comme un dialogue avec Béatrice Prasquier. Shlomo Venezia est un témoin aux mots simples pour décrire l'une des plus grandes horreurs de l'histoire récente. Il est l'un des rares rescapés des sonderkommando car ces hommes étaient éliminés au bout de quelques mois de travail, témoins gênants de la politique d'extermination mise en place par les nazis.
Publié par Albin Michel (2007) et Le Livre de Poche (octobre 2009)
20 juillet 2009
Le Retour à la terre
Voici la suite des aventures de Manu et Mariette, jeune couple de citadin parti s'installer à la campagne. Ils ont désormais un bébé, une petite fille prénommée Capucine. L'arrivée d'un enfant n'est pas de tout repos et les choses se compliquent pour Manu lorsque Mariette décide de reprendre le chemin de la fac. Manu se retrouve père au foyer tout en restant dessinateur et devant rendre des comptes à son éditeur.
Aux Ravenelles, la vie s'écoule paisiblement. Mais des élections municipales et la menace d'implantation d'un hypermarché secouent sa tranquillité.
Les tomes 4 & 5 ("Le Déluge" & "Les Révolutions") sont dans les mêmes style et ton que les précédents. C'est toujours aussi plaisant à lire.
D'autres tomes vont-ils être publiés ?
Publié par Dargaud (2006 & 2008)
Pour lire les précédents billets sur cette série, c'est par ici et par là.











