28 août 2008
Birmanie : les visages de la dictature
La Birmanie a fait la une de l'actualité à l'automne dernier avec la révolte des moines, dite "Révolte Safran". Six mois plus tard est paru un magnifique ouvrage qui montre l'envers du décors de ce pays soumis à un joug dictatorial : "Birmanie : rêves sous surveillance".
Entre 2003 et 2007, Manon Ott et Grégory Cohen se sont rendus six fois dans le pays. Les deux photographes et documentaristes en sont revenus avec des photos et des récits qui témoignent de l'envers du décor de la dictature. En quatre chapitres, les auteurs montrent la propagande officielle, parle de la résistance intérieure, des minorités qui depuis des décennies font la guérilla au pouvoir central et des réfugiés installés dans des camps en Thaïlande.
Les photos en noir et blanc sont superbes, les visages pleins d'expression... Les témoignages sont précieux car difficiles à obtenir dans un pays où les journalistes sont accompagnés par un guide (qui doit rédiger des rapports sur leur activité) et où l'un des messages de la propagande est de "s'opposer à ceux qui s'appuient sur des éléments étrangers, qui se comportent comme des voyous et qui ont des idées négatives", c'est-à-dire ceux qui osent dire à des étrangers la réalité du pays. Parmi les témoignages, ceux d'un moine, d'un ouvrier, d'un pasteur, d'un écrivain, d'un ancien prisonnier politique... En plus des photos et des récits, il y a aussi des doubles pages de collage (le livre est au format italien) qui représentent les révoltes de 2007 et 1988, le combat d'Aung San Suu Kyi, la corruption (la Birmanie est l'un des pays les plus corrompus au monde), la censure, les prisonniers politiques...
C'est un livre qu'il faut absolument voir et lire. Les auteurs ont fait un excellent travail.
Le livre est parrainé par Amnesty International, Info Birmanie, RSF et la FIDH.
Pour terminer mon billet, je vous livre une phrase d'Aung San Suu Kyi, une seule phrase car elle vaut mieux que de longs discours. Cette phrase résume, à mon sens, la raison d'existence d'un tel livre et pourquoi il faut le lire :
"Faites savoir au monde que nous sommes prisonniers dans notre propre pays."
Publié par Autrement (2008)
27 mai 2008
Aung San Suu Kyi : Le jasmin ou la lune / Thierry Falise
Que de bonnes lectures en ce mois de mai ! La dernière est l'une de mes préférés (ex-aequo avec Transgression). Thierry Falise, grand reporter belge basé à Bangkok, a eu l'occasion de rencontrer Aung San Suu Kyi. Il nous livre aujourd'hui une très intéressante biographie du Pix Nobel de la Paix 1991.
Aung San Suu Kyi naît en 1945 dans une Birmanie qui n'est pas encore indépendante. Sa mère est une ancienne infirmière, son père, un général. Ce général Aung San est une figure de l'histoire birmane. Il est le père de la Birmanie indépendante mais il ne l'a jamais vu car il a été assassiné six mois avant la déclaration d'indépendance. Aung San Suu Kyi et ses deux frères sont donc élevés par leur mère, une femme qui deviendra la première ambassadrice du pays à l'étranger plus précisément en Inde où sa fille passera la fin de son adolescence. Ensuite, ce sont les études en Grande-Bretagne. Des études pendant lesquelles elle rencontre Michael Aris, un spécialiste du monde himalayen. Le couple se marie, a deux fils. Une vie normale loin des tumultes de l'histoire birmane. Jusqu'en 1988...
Cette année va changer à jamais le cours de la vie d'Aung San Suu Kyi. Sa mère, rentrée en Birmanie après son poste en Inde, est souffrante. Cette même année, les Birmans se révoltent, le pouvoir réprime les manifestations et fait couler le sang. Quelques mois plus tard, la junte promet des élections et Aung San Suu Kyi se lance dans la bataille. Son parti remporte les élections en 1990 (alors qu'Aung San Suu Kyi est assignée à résidence) mais le pouvoir ne l'accepte pas...
C'est donc un excellent livre qui après avoir retracé la jeunesse de cette femme d'exception, nous raconte son combat pour la démocratie. Ce livre permet aussi de découvrir l'envers du décor de la junte militaire au pouvoir : des dirigeants qui se fient à l'astrologie pour prendre des décisions (déplacer la capitale, emprisonner les opposants parce qu'une date à venir serait néfaste pour la junte...), la répression...
Publié par J'ai Lu (2008)
Dernières nouvelles : Aung San Suu Kyi est assignée à résidence depuis 2003. Aujourd'hui même, la dictature a prolongé cette assignation d'une année. C'est sa troisième période d'assignation à résidence après les périodes 1989-1995 et 2000-2002.
