Mille et Un Livres

Blog de littératures asiatiques

15 mai 2009

Au Cambodge

Tourments_et_merveilles_en_pays_kmer

C'est dans ce pays à la riche mais aussi mouvementée histoire que nous emmène Dane Cuypers, journaliste et écrivain, grâce à son livre "Tourments et merveilles en pays khmer". Il y a quelques années, le hasard a voulu qu'elle interviewe l'ancien curé de la cathédrale de Phnom Penh. Par la suite, elle s'est rendue dans ce pays. Coup de foudre. Elle y est retournée, y a fait des rencontres, a pu admirer les trésors de l'architecture khmère et découvrir aussi la facette moins reluisante de l'ancien Pays du sourire. Tout cela, elle le raconte dans son livre.

Le récit suit un peu la chronologie historique cambodgienne. Le lecteur découvre d'abord l'ancienne et splendide cité d'Angkor et son plus célèbre temple, Angkor Vat. Entre les lignes, nous pouvons deviner la beauté du lieu, celle des apsaras, ces danseuses qui ornent les bas-reliefs sculptés des monuments. Les chapitres qui suivent sont les plus émouvants du livre. L'auteur revient sur la période douloureuse des Khmers rouges et rapporte le récit d'une survivante aujourd'hui installée en France. Les pages sur le Cambodge d'aujourd'hui, sa jeunesse, son envie de vivre clôt ce périple cambodgien.

Dane Cuypers ne s'est pas contentée d'écrire un simple récit de voyage. Elle y mêle aussi beaucoup de références culturelles, littéraires : il y est fait référence à Malraux, Pierre Loti, à l'Ecole Française d'Extrême-Orient.

C'est un bon livre. Je suis juste peinée que les annexes comportent des erreurs. C'est dommage pour le livre d'une journaliste.

Publié par Actes Sud (2009)

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07 janvier 2009

Cambodge, 7 janvier 1979

Il y a trente ans jour pour jour, les troupes vietnamiennes entraient dans Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Cette arrivée mettait fin à trois ans, huit mois et 20 jours d'un régime de terreur, celui des Khmers rouges. Le procès des responsables Khmers rouges est actuellement en cours au Cambodge mais le premier d'entre eux, Pol Pot, ne sera jamais jugé : il est mort en 1998.

De nombreux livres sur cette période ont été publiés depuis trente ans. Je ne vais citer que ceux publiés le plus récemment (et que j'ai lus).

Il y a, à ma connaissance, peu d'ouvrages de fiction sur le sujet. On peut citer les bandes dessinées de Sera comme "L'Eau et la terre" (Delcourt, 2005).

Les témoignages de rescapés sont très nombreux, parmi lesquels :
- "D'abord, ils ont tué mon père" (Plon, 2002) : Loung Ung avait cinq ans lorsque les Khmers Rouges ont pris le pouvoir. Issue d'un milieu aisé, la petite fille va voir la famille se disloquer, elle-même, pour survivre, va devenir enfant-soldat.
- "J'ai cru aux Khmers rouges" (Buchet Chastel, 2003) : C'est un témoignage particulier que livre Ong Thong Hoeung. En juillet 1976, il quitte Paris où il est étudiant pour rentrer au pays. Il espère pouvoir participer à ce qu'il pense être la reconstruction d'un pays libéré. La réalité sera très différente.
- "Soma, l'enfant de l'Angkar" (Ed. du Rocher, 2006) : Ung Daravichet Chai, installée en France, rentre au Cambodge en 1973 pour accoucher. Elle confie ensuite l'enfant à des tantes. Elle espère vite revenir mais les Khmers rouges arrivent au pouvoir. Elle sera coupée de sa fille pendant quatre ans. C'est l'histoire de sa fille, Soma, qu'elle raconte.
- "Jeunesse brisée" (Actes Sud, 2008) que j'ai présenté il y a quelques mois (voir ici).

Il y a à Phnom Penh un lieu symbole de ce régime : Tuol Sleng. A l'époque, ce lieu avait pour nom S-21. Cet ancien lycée avait été transformé en prison secrète, en lieu de mort. On estime qu'entre 14000 et 20000 personnes sont entrées à S-21, seules 7 ont survécu.
Dans "S-21 ou le crime impuni des Khmers rouges" (Autrement, 2002), David Chandler, professeur à l'Université Monash (Melbourne, Australie), livre son analyse des archives de S-21. Il a aussi rencontré les rares survivants et d'anciens employés de la prison.
Rithy Panh, rescapé de la période, a écrit sur S-21 : "La Machine khmère rouge : Monti Santésok S-21" (Flammarion, 2003). Il a aussi réalisé des films : "S-21 : la machine de mort khmère rouge" (2002), un film dans lequel il a organisé une confrontation entre survivants et bourreaux ; et "Bophana, une tragédie cambodgienne" (1996) sur une victime de S-21.

Je termine ce billet en citant un livre de François Bizot, membre de l'Ecole française d'Extrême-Orient : "Le Portail" (Folio, 2002). Il n'a pas vécu la période khmère rouge mais a croisé les Khmers rouges sur sa route. En 1971, il est fait prisonnier par les Khmers rouges. Il le restera trois mois et durant cette détention, il cotoiera Douch. Ce nom, ou plutôt surnom, ne vous dit peut-être rien. Douch sera jugé, dans les mois qui viennent, pour crime contre l'humanité : c'est lui qui dirigeait S-21. C'est cette expérience de prisonnier que François Bizot raconte dans "Le Portail".

En complément
En août 2007, France Culture a consacré une série d'émissions au Cambodge. Une bibliographie est disponible sur leur site : ici.

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29 juin 2008

Jeunesse brisée / Sathavy Kim

Jeunesse_bris_eSathavy Kim est une étudiante en droit de 21 ans lorsque les Khmers Rouges prennent le contrôle du Cambodge le 17 avril 1975. Sa vie bascule ce jour-là. La population de Phnom Penh, la capitale où vit la jeune femme, est vidée de ses habitants, soit disant pour trois jours mais Sathavy ne reverra pas la ville avant 1979. Entre les deux dates, 3 ans 8 mois et 20 jours d'horreur : travail forcé, exécutions, famine, maladies...

Sathavy raconte son expérience personnelle. Séparée des siens, elle fait partie d'un groupe de jeunes gens célibataires envoyés d'un chantier à l'autre. Elle replace son histoire dans le contexte général. Et c'est là, l'un des points intéressants de ce livre. Elle explique ce qu'était la vie avant le régimes des Khmers Rouges (par exemple, le mariage) et ce qu'est devenue la société après leur prise de pouvoir. Elle explique aussi l'organisation politique du pays, le destin des minorités comme les Chams...

Après la fin du régime des Khmers Rouges, Sathavy est restée au Cambodge (c'est une nouveauté pour moi de lire les témoignages de personnes qui ne se sont pas exilées par la suite car ce sont dans la grande majorité des exilés qui ont raconté l'horreur vécue). Elle est devenue juge. Mais la blessure était toujours là. Même deux décennies après la fin de l'horreur, même lors d'un séjour aux Etats-Unis, elle était poursuivie par les cauchemars. Encouragée par des amis, elle a écrit ce livre. Elle est retournée sur les lieux du cauchemar, les photos sont dans cet ouvrage accompagnées de photos de l'époque (c'est un autre point intéressant). L'écriture fut un moyen de passer de la blessure ouverte à la mémoire.

C'est un livre poignant mais nécessaire pour ne pas oublier.

Publié par Actes Sud (2008)

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03 février 2008

Le Cambodge en enfer

De 1975 à 1979, le Cambodge a connu la pire période de son histoire récente : le génocide perpétré par les Khmers rouges a conduit vers la mort 2 millions de personnes.
Sera, franco-cambodgien, de son vrai nom Phoussera Ing, est né au Cambodge en 1961. Il est présent à Phnom Penh lorsque les Khmers rouges prennent le pouvoir le 17 avril 1975. Réfugié à l'ambassade de France, il est expulsé vers la Thaïlance à la fin du mois d'avril 1975. Il a raconté cette période de l'histoire de son pays natal en bande dessinée.

L_Eau_et_la_terreL'Eau et la Terre : Cambodge 1975-1979
Lorsque les Khmers rouges prennent le pouvoir, ils décident d'évacuer les villes en faisant croire aux habitants que cela ne durera que quelques jours.  Peu à peu, les ex-citadins perdent les maigres biens qu'ils avaient emportés. Tout est interdit (les vêtements de couleur, les fêtes, la musique...). Les exécutions commencent. Le pays se ferme, il n'y a plus aucun contact avec l'extérieur.
Ce premier volume met en scène des destins croisés : un jeune Khmer rouge, des ex-citadins qui trouvent refuge dans une maison en face d'une prison de Santebal (la sécurité intérieure), des Chams (musulmans ; 36% d'entre eux ont disparu pendant cette période selon Ben Kiernan, chercheur australien et directeur du Cambodian Genocide Program de l'Université de Yale )...

lendemains_de_cendreLendemains de cendres : Cambodge 1979-1993
Ce second volume évoque deux périodes : 1978-1979 et 1993.
Fin 1978, le régime est sur le déclin, les Vietnamiens menacent d'envahir le pays. Les exécutions continuent, il y a des purges au sein même des Khmers rouges. Puis, en décembre 1978, l'armée vietnamienne envahit le pays. A nouveau, la population est déplacée dans la plus grande confusion. Le régime chute début janvier 1979. Les survivants vont chercher à fuir leur pays. La Thaïlande accueille des milliers de réfugiés, des camps sont organisés.
En 1993, Sera retrouve son pays dix-huit ans après l'avoir quitté. 1993 est aussi l'année de fermeture des camps de réfugiés en Thaïlande. Le Cambodge est placé sous la protection de l'Apronuc (Autorité provisoire des Nations Unies pour le Cambodge).

Ce sont deux bandes dessinées marquantes. Le dessin est très réaliste, proche de la photographie. Sera a inséré beaucoup de textes khmers anciens et de slogans khmers rouges. Il y a aussi des cartes montrant les déplacements de population, l'emplacement des prisons et charniers, la localisation des camps de réfugiés...

Publiés par Delcourt (2005 & 2007)

A l'occasion de la sortie du premier volume, Sera avait accordé une interview au site Auracan (site d'actualité BD) : à lire ici.

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25 août 2007

Le Silence de l'innocence / Somaly Mam

SomalySomaly Mam a mal commencé dans la vie. Orpheline, elle est violée à 12 ans, mariée de force à 15, vendue à un bordel à 17. Malgré tout, elle a trouvé la force de s'en sortir. Et en 1994, elle a décidé de venir en aide aux jeunes Cambodgiennes contraintes à la prostitution. L'Afesip voit le jour.
Dans ce livre, Somaly Mam raconte sa vie, présente les actions menées par son association. Et elle donne une réalité à la prostitution au Cambodge : les enfants vendus, parfois dès l'âge de sept ans, par leur famille ; la violence des clients et des proxénètes ; la corruption qui permet à ces derniers d'échapper à la justice... Malgré les menaces, Somaly Mam et les employés de l'Afesip continuent leurs actions et les ont même étendues aux pays voisins.

Publié par les Editions Anne Carrière (2005) ; et Le Livre de poche (2007)

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