01 août 2009
Le Temps des prodiges / Aharon Appelfeld
En 1938, le monde change sous les yeux de Bruno, douze ans, rejeton d'une famille juive autrichienne. D'abord, un voyage en train est interrompu par un contrôle pendant lequel les non-chrétiens doivent se signaler. Le garçon et sa famille assistent ensuite à l'arrivée d'une vague de réfugiés juifs. Puis, le père, écrivain, est la cible de violentes attaques sur son oeuvre, des attaques antisémites... Deux décennies après la fin de la guerre, Bruno, désormais installé à Jérusalem, revient dans sa ville natale. Tous ont été témoin des évènements, aucun n'avait réagi et aucun ne se repent de son inaction d'alors.
Aharon Appelfeld ne détaille pas les évènements de l'époque. Son style est sobre et c'est par de petites touches qu'il explique au lecteur la montée du nazisme et la route vers l'inéluctable. Ce style simple, sobre mais qui s'est faire passer l'essentiel était déjà celui du premier livre de l'auteur que j'ai lu, "Tsili", roman racontant l'histoire d'une petite fille qui tente de survivre pendant la guerre tout en cachant sa judaïté.
Aharon Appelfeld, romancier israëlien, est né en 1932 en Roumanie. Survivant de la Shoah, la vie des Juifs d'Europe avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale est au centre de son oeuvre. En 2004, il a remporté le Prix Médicis étranger pour "Histoire d'une vie", récit autobiographique.
Publié par Points (2004)
01 mai 2009
Survivants
Le titre n'est pas annonciateur de gaité et effectivement, les livres dont il est question dans ce billet traitent d'un thème douloureux. Il s'agit de deux romans israëliens qui mettent en scène, donnent la parole à des survivants de la Shoah installés en Israël.
Ce thème, Lizzie Doron l'a déjà abordé dans son émouvant "Pourquoi n'es-tu pas venue avant la guerre ?" . Son second roman "Jours tranquilles" se déroule dans un quartier de Tel-Aviv. C'est dans ce quartier que se sont installés des rescapés. Ils ont dû réapprendre à vivre dans un pays neuf mais ils ne peuvent oublier ce qu'ils ont vécu "là-bas". Ce "là-bas" disparu renaît dans le roman à travers les histoires des uns et des autres, à travers les mots yiddish et les allusions aux shetl. Ce second roman est bien écrit mais il m'a moins marquée, émue que le premier.
"Les Gens indispensables ne meurent jamais" m'a, lui, prise aux tripes. Ce roman d'Amir Gutfreund est une vraie réussite.
Dans un quartier de Haïfa se sont installés des rescapés. Et c'est là que vivent aussi Amir et Efi, enfants de rescapés. Pour eux, tout adulte est un grand-parent. Il y a grand-père Yosef, grand-père Lolek, grand-père Heinek... Des hommes peu bavards sur leur passé, ou alors juste des bribes de ci, de là. Insuffisant pour Amir qui, garçon puis adulte, veut toujours en savoir plus. Alors, ces grand-pères touchants finissent par parler... Et on écoute les horreurs vécues, l'enfer traversé, les souvenirs des disparus...
Ce roman est construit autour des souvenirs du passé. Les récits ne sont pas linéaires à l'image de la mémoire humaine. Plus que les souvenirs, ce roman aborde aussi des questions délicates comme la justice et le pardon, les relations avec les Allemands d'aujourd'hui.
Ce roman d'Amir Gutfreund est le premier traduit en français. Il a remporté un vif succès en Israël. Etant donné que le narrateur a le même prénom que l'auteur, lui-même enfant de survivants, je me suis demandée si ce roman était autobiographique. Après des recherches sur le web (voir ici l'interview de l'auteur dans Bibliobs), il s'avère que c'est un roman dans lequel ont été insérés quelques souvenirs familiaux. Ce roman a obtenu le Prix Sapir (équivalent israëlien du Goncourt).
Le roman de Lizzie Doron a été publié par les Editions Héloïse d'Ormesson (2009).
Le roman d'Amir Gutfreund a été publié par Folio (2009).
21 novembre 2008
Yasmine / Eli Amir
Avec ce roman, je termine la lecture des livres achetés lors du dernier Salon du Livre de Paris. Pour commencer, un conseil : ne lisez pas la quatrième de couverture. Je trouve qu'elle s'avance un peu trop sur l'histoire d'amour entre un Israëlien et une Palestinienne. En fait, j'ai trouvé que l'histoire entre les deux protagonistes principaux du roman était un peu plus ambiguë.
Cela se passe en 1967. La Guerre des Six jours vient de se terminer et l'Etat d'Israël a annexé de nouveaux territoires dont la partie Est de Jérusalem. Nouri, Israëlien proche de la trentaine, travaille dans un ministère. Au lendemain de cette guerre éclair, il est nommé conseiller aux affaires arabes du ministre et, à ce titre, chargé d'ouvrir un bureau à Jérusalem-Est. Ce nouveau poste lui donne l'occasion de rencontrer de nombreux Palestiniens parmi lesquelles une jeune veuve chrétienne, Yasmine. Cette dernière est de retour chez elle après cinq années passées à Paris. Les premiers contacts entre Nouri et Yasmine sont plutôt froids. Yasmine voit dans les Israëliens des envahisseurs dont elle souhaite le départ rapide. Nouri, lui, est tombé sous le charme. Il faut dire que son histoire le rend proche de la culture arabe. Il est né en Irak, est arrivé en Israël à l'adolescence, sa langue maternelle est l'arabe.
Autour de ces deux personnages gravite tout un ensemble de personnes Il y a Abou George, père de Yasmine, journaliste engagé et aussi restaurateur, bref un notable. Il y a Kobi, frère de Nouri et agent du Mossad. Il y a aussi Michèle, juive française ou encore Ghadid, Palestinienne séparée de son mari par la nouvelle frontière.
Un roman très intéressant parce qu'il ne se limite pas à une seule vision et à travers les différents personnages, on peut se rendre compte que les divisions ne sont pas forcément là où on pourrait le penser.
Sur l'auteur : Eli Amir est né en 1937 à Bagdad (Irak) et est arrivé en Israël à l'âge de quatorze ans. Il est l'auteur de plusieurs romans mais "Yasmine" est le premier traduit en français.
Publié par Libella / Maren Sell (2008)
17 mai 2008
Textile / Orly Castel-Bloom
Les Gruber forment une famille bourgeoise de la banlieue nord de Tel-Aviv. Mandy, la mère, est chef d'entreprise dans le secteur textile ; Irad, le père, est un savant qui fait de fréquents voyages aux Etats-Unis. Le couple a deux enfants, de l'argent, un superbe appartement. Tout va bien.... en apparence.
Depuis un an, Mandy passe son temps à se faire faire de la chirurgie esthétique. Superficielle Mandy ? Non. Etre sous les effets d'anesthésiants lui permet d'oublier que son fils, Da'el, fait son service militaire en temps que tireur d'élite dans l'infanterie. Le père aussi fuit, il fuit une banlieue et un appartement qu'il déteste. Lirit, la fille du couple, a aussi fui. Elle vit dans une ferme bio bien loin de Tel-Aviv avec un homme qui a le double de son âge. Elle est partie après avoir été quittée par son précédent petit ami, un jeune homme que la mère de Lirit a payé pour qu'il quitte sa fille.
Lorsque j'ai débuté la lecture de ce roman, je pensais avoir à faire avec une famille bourgeoise, superficielle et matérialiste. Et j'ai découvert des personnages angoissés, perdus dans un monde où ils ne trouvent pas leur place. C'est finalement un roman assez triste.
Publié par Actes Sud (2008)
04 mai 2008
Chaque maison a besoin d'un balcon / Rina Frank
C'est un roman largement autobiographique dans lequel l'auteur raconte deux périodes de sa vie : son enfance et les premières années de sa vie d'adulte.
Son enfance, elle l'a passée à Haïfa, ville située sur la côte nord d'Israël. La fillette est née au début des années 50, un an après l'arrivée de ses parents dans ce nouveau pays. Ils venaient de Roumanie et à la maison, la famille mangeait et parlait roumain. Malgré la pauvreté et les difficultés, on sent une grande tendresse au sein de cette famille.
Au début de l'âge adulte, la petite fille devenue une belle jeune femme fait des études, trouve un travail et aussi l'amour en la personne d'un jeune Espagnol issu d'une richissime famille juive de Barcelone. Mais le conte de fées ne durera pas...
Ces deux périodes de sa vie s'entremêlent au fil des chapitres. Même si l'histoire se déroule en Israël, les thèmes abordés sont universels : l'enfance, l'amour, les différences sociales...
Publié par Michel Lafon (2008)
19 mars 2008
Pourquoi n'es-tu pas venue avant la guerre ? / Lizzie Doron
Il m'arrive souvent (trop souvent même !) de ne pas trouver mes mots pour parler d'un livre qui m'a plu voire ému comme ce fut le cas avec le livre que je vais vous présenter dans cette note.
Le plus simple est de commencer par évoquer la genêse de ce livre. Ce n'est pas un roman mais un récit. Lizzie Doron a, un jour, été confrontée aux questions de sa fille sur leurs origines familiales. C'est pour elle que cette maman israëlienne a initialement écrit ces histoires sur la vie de sa mère, Héléna.
C'est un recueil d'anecdotes de la vie d'une rescapée de la Shoah, une femme qui est restée hantée, jusqu'à la fin de sa vie, par cette tragédie. Toutes les histoires ne reflètent qu'une seule chose, une immense douleur enfouie au plus profond de cette femme et qui ressort lors d'évènements parfois totalement anodins. Chaque chapitre est une histoire, chaque histoire fait revivre cette douleur et montre les conséquences d'une des plus grandes, si ce n'est la plus grande, tragédie du 20ème siècle : la recherche de survivants de la famille, la réunion autour d'un thé des amies que Lizzie (appelée Elisabeth dans le récit) appelle par leur numéro, les cadeaux de la Bat Mitsva que Lizzie ne gardera pas car ils sont "made in Germany"... L'histoire qui m'a le plus émue est celle intitulée "Liberté" : Lizzie n'était pas douée pour le dessin alors c'est Héléna, sa mère, qui dessinait à sa place. Et pour représenter la liberté, elle a dessiné un oiseau qui essaie de s'enfuir d'un camp de concentration.
Avant de commencer à écrire cette note, je pensais y insérer des courts extraits mais je n'ai pas pu choisir. Le mieux est que vous lisiez ce livre.
Publié par les Editions Héloïse d'Ormesson (2008)
05 mars 2008
La Fille du rabbin / Reva Mann
Début février, une critique dans "Le Figaro littéraire" retint mon attention. D'habitude, je ne me fie pas aux critiques pour le choix de mes lectures. Mais celle-là a retenu mon attention. Je notai donc le titre. Bien m'en a pris !
Ce n'est pas un roman mais un récit, le récit d'une quête personnelle. Reva Mann est fille d'un rabbin londonien et petite-fille d'un des grands rabbins d'Israël. Elle grandit donc dans un milieu religieux strict mais pas rigide. Adolescente et jeune adulte, elle pousse les limites trop loin : vie sexuelle débridée, expérience de la drogue. Le jour où elle présente un goy à ses parents, ces derniers la mettent à la porte. Après un an de vie en couple, elle décide de se repentir de toutes ses mauvaises conduites passées et part pour Israël. Elle va y étudier dans une yeshiva pour devenir une parfaite épouse et mère juive. Elle fait d'ailleurs appel à la marieuse de l'école pour trouver un mari. Elle rencontre Simcha, Juif Américain issu d'un milieu non-religieux et devenu juif orthodoxe. Le couple se marie, a trois enfants. La vie quotidienne se déroule selon les règles religieuses. Reva décrit les différentes règles auxquelles sont soumises les épouses (vêtements, cacher les cheveux, niddah, mikvé...). Mais au fil des années, Reva ne se sent plus à l'aise dans ce milieu trop rigide. Elle veut conserver la pratique du judaïsme mais elle veut trouver sa façon de pratiquer sans être soumise à des règles trop rigides pour elle.
C'est un récit intéressant. Suivre l'auteur sur le chemin de sa quête spirituelle permet de découvrir le judaïsme orthodoxe. La description de la vie quotidienne m'a faite penser au roman "La Répudiée" d'Eliette Abécassis (et au film "Kadosh" d'Amos Gitaï). Le cheminement spirituel de l'auteur et de Simcha m'a rappelée le cheminement vécu par les personnages principaux du roman de Tova Mirvis, "Le Monde extérieur".
Donc, j'ai bien aimé ce récit, même adoré. J'ai eu du mal à quitter l'histoire de Reva Mann à la fin du livre.
Publié par JC Lattès (2008)
14 février 2008
Salon du livre de Paris 2008 : c'est dans un mois !
Du 14 au 19 mars 2008 se déroulera le Salon du livre de Paris. Après la littérature indienne en 2007, le salon mettra à l'honneur la littérature israëlienne.
39 auteurs israëliens écrivant en hébreu et traduits en français seront présents. Parmi eux, il y aura :
Aharon Appelfeld, dont l'un des livres, "Histoire d'une vie" est sur ma LAL
Orly Castel-Bloom dont j'ai lu Parcelles humaines
Shifra Horn, auteur de "Quatre mères " et de Ode à la joie
Sayed Kashua, auteur arabe israëlien : j'ai eu du mal à accrocher à son premier roman "Les Arabes dansent aussi" mais j'ai adoré le suivant "Et il y eut un matin"
Etgar Keret, auteur de Crise d'asthme
Alona Kimhi : son roman "Suzanne la pleureuse" est sur ma LAL
Amos Oz, auteur de "Une histoire d'amour et de ténèbres", inscrit sur ma LAL
Zeruya Shalev, dont le roman "Mari et femme" est aussi sur ma LAL
Avraham B. Yehoshua, auteur de Le Responsable des ressources humaines.
Les autres sont pour moi d'illustres inconnus que le Salon me donnera sans doute l'occasion de découvrir.
N.B. : La Foire du Livre de Turin, qui se tiendra en mai, accueillera également des auteurs israëliens, ce qui a suscité en Italie polémique et appel au boycott (voir cet article sur le blog de Pierre Assouline, "La République des livres"). Le Salon du Livre de Paris a échappé à cette polémique. Pour ma part, je refuse de faire des commentaires sur un tel sujet et je me limite à la littérature. Par conséquent, tous les commentaires polémique qui pourraient faire suite à cet article du blog seront systématiquement supprimés.
13 janvier 2008
Le Responsable des ressources humaines / Avraham B. Yehoshua
Une semaine après un attentat à Jérusalem, une victime reste non-identifiée. Seule une fiche de paie a été retrouvée sur elle. Un journaliste s'empare de l'affaire et met en avant l'inhumanité de l'entreprise qui l'employait. Cet article pousse le patron de cette entreprise à confier une mission à son responsable des ressources humaines : retrouver l'identité de leur employée. Ce responsable, jamais nommé, est le héros du roman. Il sort d'un divorce difficile, a une fille adolescente. Et cette mission ne l'enchante guère. Mais il va se prendre d'un intérêt pour la victime. L'atmosphère du roman change alors et le lecteur suit le responsable dans des périgrinations (inimaginables au début du roman).
A noter : Avraham B. Yehoshua sera l'un des auteurs invités du Salon du Livre 2008, dont l'invité d'honneur est Israël.
Publié par Calmann-Lévy (2005) ; et Le Livre de Poche (2007)
16 novembre 2007
Crise d'asthme / Etgar Keret
Le livre présenté est un recueil de nouvelles d'un auteur israëlien, Etgar Keret. Il est composé de 48 textes, très courts, parlant de la vie de tous les jours. Il y a un chauffeur de bus qui refuse d'attendre les retardataires afin de ne pas faire perdre de temps aux voyageurs arrivés à l'heure, une chasse aux oeufs de dinosaure, une jeune fille qui a passé du temps sur le réfrigérateur dans son enfance, le magicien dont le chapeau délivre des choses étranges... Dans ces histoires, l'auteur dévoile un style mêlant le réalisme, le fantastique, l'étrange, l'absurde. Certains textes sont aussi imprégnés d'une certaine violence. C'est parfois déroutant mais toujours intéressant. Ses textes sont apolitiques. Il n'y a que très peu de références à la situation actuelle du pays.
Etgar Keret est un écrivain, surtout auteur de nouvelles, et aussi un réalisateur. Né en 1967, il est l'un des auteurs les plus populaires de sa génération.
Publié par Actes Sud (2002); et Babel (2005)
J'ai découvert ce livre sur le blog de Cathe : son avis.



