09 août 2009
Les Matins de Jénine / Susan Abulhawa
Voilà un roman qui raconte, à travers l'histoire d'une famille, la tragédie qu'a connu le peuple palestinien depuis 1948 et l'évènement qu'il appelé "al-nakba" ( la catastrophe, faisant référence à la création de l'Etat d'Israël).
1948, c'est l'année où Ein Hod, village planté au milieu des plantations d'oliviers, est vidé de ses habitants palestiniens. Parmi eux, un jeune couple, Dalia et Hassan, et leurs jeunes fils, Youssef et Ismaïl. Ce dernier, encore bébé, disparaît dans la cohue. En réalité, il a été enlevé par un soldat car lui et sa femme ne peuvent pas avoir d'enfant. Ismaïl devient David.
Le personnage central de ce roman n'est pas David mais Amal ("espoirs" en arabe), la jeune soeur d'Ismaïl et Youssef, née quelques années après dans un camp de réfugiés à Jénine. La vie d'Amal est un résumé de toutes les tragédies qu'ont connues les Palestiniens depuis plus de cinquante ans.
Camp de réfugiés, guerre des six jours, être Palestinien dans le Liban du début des années 80, exil américain, voilà les grandes lignes de la vie d'Amal. C'est avec Amal qu'Ismaïl-David renouera avec ses racines palestiniennes.
"Les Matins de Jénine" est un beau roman, difficile à lâcher une fois qu'on est entré dans l'histoire. J'ai déjà lu des livres sur l'histoire de la région et les Palestiniens mais c'est la première fois qu'il s'agit d'un roman. Ce roman est une belle découverte et figure sur la liste de mes coups de coeur 2009.
Sur l'auteur : Susan Abulhawa est née en 1967 dans un camp de réfugiés. Elle a grandi au Koweit, en Jordanie, à Jérusalem-est, avant de s'installer aux Etats-Unis. Il y a une dizaine d'années, elle a abandonné son métier pour se consacrer à l'écriture et à la défense de son peuple. En 2001, elle fonde une ONG, "Playgrounds for Palestine" dont l'objectif est d'offrir des terrains de jeux. "Les Matins de Jénine" est son premier roman.
Publié par Buchet-Chastel (2008) et Pocket (2009)
18 juillet 2009
Arabesques / Anton Shammas
Une semaine que j'ai fini la lecture de ce livre, une semaine que je me demande comment je vais pouvoir vous le présenter. Et je n'ai toujours pas trouvé de réponse mais je me lance quand même !
Ce roman... Non ce n'est pas un roman. Cette autobiographie... Mais je ne suis pas sure que ce livre en est vraiment une !
Ce livre est une chronique, sur plusieurs générations, de Palestiniens catholiques. Il y a deux lieux, le Proche-Orient et les Etats-Unis, et plusieurs époques. Les plus anciens ont connu un territoire sans véritable frontière. C'était le temps des Ottomans puis des protectorats français et anglais, lorsque les membres d'une famille voyageaient en Palestine, Syrie et Liban, voire même beaucoup plus loin pour les plus téméraires. C'était le temps où un homme pouvait prendre pour épouse une jeune femme venue de Beyrouth. Et puis, les Etats se sont créés. Et ces Palestiniens ont dû vivre avec de nouvelles règles. Plus tard, encore, certains ont choisi un certain exil...
Le sujet était intéressant mais la construction du récit m'a fait perdre le fil. Plusieurs histoires sont imbriquées les unes dans les autres et quelquefois, j'ai eu des difficultés à remettre les protagonistes à leur place.
Je n'ai pas détesté mais je reste indécise face à ce livre.
Anton Shammas, né en 1950, est Palestinien mais a écrit ce livre en hébreu.
Publié par Babel (2009)
09 août 2008
Mahmoud Darwich
Le grand poète palestinien est décédé aujourd'hui aux Etats-Unis.
Mahmoud Darwich est né en 1941 en Galilée. En 1948, lors de la création de l'Etat d'Israël, la famille part au Liban. Elle revient ensuite en Israël et le jeune Mahmoud suit sa scolarité dans des écoles arabes israëliennes. En 1960, à seulement 19 ans, il publie son premier recueil de nouvelles. Au début des années 70, il choisit l'exil : Moscou, Le Caire, Beyrouth, Tunis, Paris. Un exil qui prend fin dans les années 90. Il s'installe alors à Ramallah en Cisjordanie. Le poète était très engagé pour la cause de son peuple, il a même fait partie pendant plusieurs années de l'OLP.
Son oeuvre se compose essentiellement de poètes dans lesquels il évoque la Palestine, l'exil... Une seule oeuvre est en prose : "Une mémoire pour l'oubli".
(Très courte biographie que j'ai écrite à partir d'éléments glanés dans des articles de presse parus ce soir et avec l'aide de Wikipedia)
Le hasard fait qu'il y a quelques semaines, j'ai lu "Une mémoire pour l'oubli" : lire ma note de lecture.
Edit du 12/08 : Je vous invite à lire l'article que consacre Yves Gonzalez-Quijano, professeur de littérature arabe moderne à l'université Lyon2, au poète disparu. C'est sur son blog Culture & Politique arabes. Je le signale car le ton de cet article est très différent de celui employé par les articles que les médias traditionnels ont publiés. Cela donne une autre vision de la vie de Mahmoud Darwich.
24 juillet 2008
Une mémoire pour l'oubli / Mahmoud Darwich
Il y a quelques temps, je suis allée voir le film israëlien Valse avec Bachir. Cet excellent film m'a donnée envie d'en savoir plus sur les évènements survenus au Liban au début des années 80. Je me suis alors souvenue d'un livre publié l'an dernier par Babel : un récit du poète palestinien Mahmoud Darwich.
Ce récit a pour sous-titre "Le temps : Beyrouth ; le lieu : un jour d'août 1982" (l'inversion est étrange mais j'ignore si c'est une erreur ou non). A cette époque, les troupes israëliennes sont aux portes de la capitale libanaise. Au début du récit, le poète ne nomme aucun des protagonistes. Tout n'est que métaphore (un exemple : l'expression "les aboiements métalliques de la mer"). Au fil du récit et donc de la journée, on suit la journée du poète mais aussi ses interrogations sur les évènements. Le tout est entrecoupé de textes plus anciens commes des récits sur les croisades.
Un beau texte qui montre toute la folie de la guerre et l'angoisse qui l'accompagne.
Publié par Babel (2007)
16 juillet 2008
Cappuccino à Ramallah / Souad Amiry
Ce récit a pour sous-titre "Journal de guerre". Et il mérite ce sous-titre tellement on a le sentiment à certains moments d'être au milieu d'une guerre. De novembre 2001 à septembre 2002, l'armée israëlienne encercle le quartier général de Yasser Arafat à Ramallah. Et la population civile se retrouve elle-aussi encerclée.
Souad Amiry est architecte et directrice du centre Riwaq qui s'occupe de préserver le patrimoine culturel palestinien. Pendant cette période, elle a tenu un journal dont des extraits constituent ce livre. C'est un récit du quotidien, de ses contraintes, parfois plein d'humour, parfois plein d'exaspération face à l'absurdité de certaines situations. Souad fait aussi référence à l'histoire de sa famille et à une époque, bien lointaine désormais, où les habitants pouvaient se déplacer de Beyrouth à Amman, en passant par Damas et Jaffa, sans aucune contrainte.
Je ne peux pas m'empêcher de vous dire pourquoi ce récit porte un tel titre. Lors de l'arrivée de l'armée israëlienne en pleine nuit, Souad a voulu un cappuccino que son mari s'est empressé d'aller faire. Mais cela a nécessité beaucoup de minutie pour ne pas se faire remarquer, la machine très bruyante étant située près de la fenêtre.
Un excellent récit découvert par hasard en fouinant les rayons d'une librairie. J'apprécie ce genre de livres qui parle d'une réalité différente de celle évoquée par les médias.
Publié par Stock (2004)


