18 juillet 2009
Arabesques / Anton Shammas
Une semaine que j'ai fini la lecture de ce livre, une semaine que je me demande comment je vais pouvoir vous le présenter. Et je n'ai toujours pas trouvé de réponse mais je me lance quand même !
Ce roman... Non ce n'est pas un roman. Cette autobiographie... Mais je ne suis pas sure que ce livre en est vraiment une !
Ce livre est une chronique, sur plusieurs générations, de Palestiniens catholiques. Il y a deux lieux, le Proche-Orient et les Etats-Unis, et plusieurs époques. Les plus anciens ont connu un territoire sans véritable frontière. C'était le temps des Ottomans puis des protectorats français et anglais, lorsque les membres d'une famille voyageaient en Palestine, Syrie et Liban, voire même beaucoup plus loin pour les plus téméraires. C'était le temps où un homme pouvait prendre pour épouse une jeune femme venue de Beyrouth. Et puis, les Etats se sont créés. Et ces Palestiniens ont dû vivre avec de nouvelles règles. Plus tard, encore, certains ont choisi un certain exil...
Le sujet était intéressant mais la construction du récit m'a fait perdre le fil. Plusieurs histoires sont imbriquées les unes dans les autres et quelquefois, j'ai eu des difficultés à remettre les protagonistes à leur place.
Je n'ai pas détesté mais je reste indécise face à ce livre.
Anton Shammas, né en 1950, est Palestinien mais a écrit ce livre en hébreu.
Publié par Babel (2009)
12 juin 2009
Une princesse se souvient / Gayatri Devi
D'un palais de maharajah au parlement indien, la vie de Gayatri Devi racontée par elle-même.
Gayatri Devi naît au printemps 1919 à Londres. Elle est la fille du maharajah de Cooch Behar, Etat princier situé dans le nord-est de l'Inde au pied de l'Himalaya (pour mieux situer, au sud de la célèbre ville de Darjeeling). De son enfance dorée, elle a gardé la nostalgie. Son enfance est marquée par la forte présence et personnalité de sa mère. Cette dernière, veuve très tôt, se retrouve régente car son fils aîné n'a que sept ans. Indira dite Ma a une histoire hors du commun : elle a en effet rompu des fiançailles (arrangées) pour faire un mariage d'amour. Un scandale dans les années 1910. Sa fille, Gayatri, a l'enfance qui sied à une princesse : bonne éducation, nombreux voyages à travers l'Inde et à l'étranger. Elle rencontre celui qui deviendra son mari à l'âge de douze ans. Elle est subjuguée par ce jeune homme sportif (grand joueur de polo) et maharajah de Jaipur (Rajasthan).
Quelques années plus tard, Gayatri Devi épouse le maharajah. Elle devient sa troisième épouse. C'est une autre vie qui commence pour elle. La famille de Jaipur est beaucoup plus conservatrice que celle de Cooch Behar. Les femmes de la famille observe la purdah c'est-à-dire qu'elles vivent à l'écart du monde, sans jamais pouvoir se montrer. Gayatri va trouver sa place au sein de cette famille et les choses vont peu à peu changer.
La vie personnelle de Gayatri Devi cotoie la grande Histoire. Son mari a combattu pendant la seconde guerre mondiale. Elle a vécu l'indépendance de l'Inde et la fin du règne des familles princières. Dans les années 60, elle s'engage en politique et est élue député. Elle a aussi mené tout au long de sa vie des actions concrètes comme la création d'une école de filles.
Edit du 29/07/09 : Gayatri Devi est décédée le 29/07 à Jaipur (Rajasthan) à l'âge de 90 ans.
Publié par Kailash (1999)
Pour compléter cette lecture :
- Maharanis / Lucy Moore (excellent livre qui parle aussi de Gayatri et de sa mère, Indira)
- Une vie de maharajah... / Douchan Gersi
28 septembre 2008
Nehru : L'invention de l'Inde / Shashi Tharoor
En 1889, à Allahabad, dans le nord de l'Inde, naît un petit garçon. Son nom : Jahawarlal Nehru. Sa famille, des brahmanes (la plus haute caste) est originaire du Cachemire mais a quitté cette région dès le 18ème siècle. Son père est avocat. Le jeune garçon (seul fils de la famille, il a deux soeurs) reçoit une éducation à l'anglaise. Il part faire ses études supérieures de sciences à Cambridge avant d'entreprendre des études de droit à Londres. Devenir avocat n'est pas un choix personnel, il s'agit de satisfaire les volontés paternelles. Dès son retour en Inde, ses parents lui font épouser une jeune fille de dix ans sa cadette, Kamala. Le couple a une fille qui connaîtra un destin particulier : Indira.
Nehru abandonne assez vite la profession d'avocat pour consacrer de plus en plus de temps à la politique. C'est un acolyte de Gandhi. Ses actions politiques lui valent de passer dix années en prison entre 1920 et 1945. Cela ne l'a jamais freiné et lorsque l'Inde devient indépendante en 1947, il devient Premier ministre et le restera jusqu'à sa mort en 1964.
Dans sa jeunesse, Nehru apparaît comme un jeune homme effacé, qui ne marque pas l'esprit des autres. C'est un timide qui va devoir prendre sur lui. Nehru était agnostique et pendant le combat pour l'indépendance, il est influencé par les théories du nationalisme athé prôné par le britannique Russell (p.66). C'était un homme qui s'opposait au communautarisme, déjà bien présent à l'époque. La famille de Nehru est d'ailleurs restée laïque et aujourd'hui encore, elle mélange les religions et les origines (pour information ou rappel : Indira a épousé un Parsi ; et les fils d'Indira ont épousé l'un une Sikhe et l'autre une Italienne).
Le dernier chapitre est consacré à l'héritage laissé par Nehru. Finalement, cet héritage a été malmené par l'évolution du pays (p.228). Sa propre fille, Indira Gandhi, devient Premier ministre en 1966 et au milieu des années 70, décrètera l'Etat d'urgence, suspendant ainsi des institutions démocratiques que son père s'est toujours efforcé de maintenir. La fin de la biographie résume bien ce qui est arrivé à l'héritage de Nehru. Shashi Tharoor évoque les objets que Nehru conservait dans son bureau et il conclut le livre par ces mots : "L'époque de Nehru est certes passée mais le devenir de ces objets est hautement symbolique de l'étiolement de son héritage. Ils ont tous deux fini dans un musée ; ses successeurs n'ont gardé que le bureau" (p.257).
Shashi Tharoor est connu comme écrivain (auteur, entre autres, de "L'Emeute" et de "Le Grand roman indien") mais il est aussi diplomate et fut d'ailleurs secrétaire adjoint à l'ONU. Pour écrire cette biographie, il a utilisé des sources déjà exploitées et des livres publiés antérieurement. Donc, c'est un livre qui n'apporte rien de nouveau sauf qu'il rend accessible au plus grand nombre l'histoire et le parcours de ce grand homme.
Publié par Seuil (2008)
P.S. : Lors de la lecture, j'ai écouté un concert diffusé en direct sur le site d'Arte : "24h de raga en direct" . Il s'agit d'une suite de musique, chant et danse de l'Inde du Sud et de l'Inde du Nord. Cela a commencé hier à 18h et se termine ce soir à 18h.
27 mai 2008
Aung San Suu Kyi : Le jasmin ou la lune / Thierry Falise
Que de bonnes lectures en ce mois de mai ! La dernière est l'une de mes préférés (ex-aequo avec Transgression). Thierry Falise, grand reporter belge basé à Bangkok, a eu l'occasion de rencontrer Aung San Suu Kyi. Il nous livre aujourd'hui une très intéressante biographie du Pix Nobel de la Paix 1991.
Aung San Suu Kyi naît en 1945 dans une Birmanie qui n'est pas encore indépendante. Sa mère est une ancienne infirmière, son père, un général. Ce général Aung San est une figure de l'histoire birmane. Il est le père de la Birmanie indépendante mais il ne l'a jamais vu car il a été assassiné six mois avant la déclaration d'indépendance. Aung San Suu Kyi et ses deux frères sont donc élevés par leur mère, une femme qui deviendra la première ambassadrice du pays à l'étranger plus précisément en Inde où sa fille passera la fin de son adolescence. Ensuite, ce sont les études en Grande-Bretagne. Des études pendant lesquelles elle rencontre Michael Aris, un spécialiste du monde himalayen. Le couple se marie, a deux fils. Une vie normale loin des tumultes de l'histoire birmane. Jusqu'en 1988...
Cette année va changer à jamais le cours de la vie d'Aung San Suu Kyi. Sa mère, rentrée en Birmanie après son poste en Inde, est souffrante. Cette même année, les Birmans se révoltent, le pouvoir réprime les manifestations et fait couler le sang. Quelques mois plus tard, la junte promet des élections et Aung San Suu Kyi se lance dans la bataille. Son parti remporte les élections en 1990 (alors qu'Aung San Suu Kyi est assignée à résidence) mais le pouvoir ne l'accepte pas...
C'est donc un excellent livre qui après avoir retracé la jeunesse de cette femme d'exception, nous raconte son combat pour la démocratie. Ce livre permet aussi de découvrir l'envers du décor de la junte militaire au pouvoir : des dirigeants qui se fient à l'astrologie pour prendre des décisions (déplacer la capitale, emprisonner les opposants parce qu'une date à venir serait néfaste pour la junte...), la répression...
Publié par J'ai Lu (2008)
Dernières nouvelles : Aung San Suu Kyi est assignée à résidence depuis 2003. Aujourd'hui même, la dictature a prolongé cette assignation d'une année. C'est sa troisième période d'assignation à résidence après les périodes 1989-1995 et 2000-2002.
30 avril 2008
La Vie en gris et rose / Takeshi Kitano
Takeshi Kitano est célèbre au Japon pour ses émissions de divertissement. En dehors de son pays, il est surtout connu pour ses films. C'est aussi un auteur de livres dans lesquels il se livre.
Après "Asakusa kid" (publié par Le Serpent à plumes en 2001) dans lequel il évoquait son entrée dans l'âge adulte et ses premiers boulots, c'est au tour des éditions Picquier de publier un livre du cinéaste. Cette fois, il racontre sa jeunesse.
Mais vous ne vous attendez pas à une autobiographie linéaire. Ce livre est plutôt un ensemble d'anecdotes. Pour les raconter, il retrouve l'enfant qu'il était et parle comme s'il parlait au lecteur. Une mère autoritaire battue par son mari, un père alcoolique qui a exercé plusieurs boulots dont celui de peintre en bâtiment (d'où le titre), un frère à l'université... Kitano raconte aussi ses jeux (base-ball, toupie...), l'amitié, la découverte de la mer...
C'est un petit livre (128 p.) sympathique et plein de nostalgie.
Publié par Picquier (2008)
21 mars 2008
Fille de l'Orient / Benazir Bhutto
Le 27 décembre 2007, la vie de Benazir Bhutto a pris fin de façon tragique lors d'un attentat à Rawalpindi (Pakistan). Elle était en pleine campagne électorale pour les législatives prévue en janvier 2008.
Benazir Bhutto avait déjà été Premier ministre de son pays par deux fois. Lors de sa première accession à cette haute fonction en 1988, elle avait publié son autobiographie. "Fille de l'Orient" est cette autobiographie enrichie des presque deux décennies qui ont suivi cette première parution.
La plupart d'entre nous la connaissons en tant que Premier ministre mais elle a suivi un chemin sinueux avant d'y arriver. Elle naît en 1953 dans une grande famille du Sind (province du sud du Pakistan). La famille est propriétaire terrienne et très engagée politiquement : le grand-père de Benazir fut Premier ministre d'un état princier dont le territoire est aujourd'hui en Inde. Son père, Zulfiqar Ali Bhutto, fut lui-aussi Premier ministre du Pakistan dans les années 70, ce qui valut à Bénazir, alors étudiante à Harvard puis Oxford, de cotoyer des personnalités comme Indira Ghandi. Mais en 1977, son père est destitué par un coup d'Etat militaire. Et deux ans plus tard, il est pendu. Pendant ce temps, Benazir mais aussi sa mère, Nusrat, sont régulièrement emprisonnées. Cela n'empêche nullement Benazir de participer à l'opposition à la dictature militaire. En 1984, elle est libérée et part en exil en Grande-Bretagne où elle continue à lutter contre la dictature...
C'est un livre dense et intéressant. Il permet de découvrir la face sombre de la dictature militaire de Zia ul-Haq (1977-1988), le traitement affligé aux opposants. La dernière partie du livre consacrée aux années 90 & 2000 est une intéressante réflexion sur les évènements et les actions qui ont mené à la situation que l'on connaît aujourd'hui avec une forte présence de l'extrêmisme musulman dans certaines parties du globe. Mais, car il y a un "mais", ce livre sont les mémoires de Benazir Bhutto donc il ne contient qu'une version des faits, celle de l'auteur. Et comme avec tous les ouvrages d'histoire, il faut savoir prendre du recul et faire preuve d'esprit critique. Quelques éléments m'ont gênée au cours de ma lecture, ce sont les descriptions sur le soutien du peuple au "Parti du Peuple Pakistanais" (le parti de Benazir Bhutto fondé par son propre père). Comme dans tous les pays du monde, les Pakistanais ne pensent pas tous la même chose et les descriptions de liesse populaire m'ont laissée perplexe. Autres informations à prendre avec du recul : ses réalisations. Le dernier chapitre comporte une liste des réalisations de Benazir Bhutto selon elle-même. Et une a retenu mon attention, celle concernant la lutte contre la polio. Elle affirme que les réalisations menées au cours de ces mandats ont abouti à l'éradication de cette maladie ; mais, à l'heure actuelle, le Pakistan est l'un des six pays (avec ses voisins, l'Inde et l'Afghanistan) où cette maladie sévit de façon endémique et où les campagnes de vaccination sont parfois difficiles à mener en raison de l'opposition de certains mollahs.
Publié par les Editions Héloïse d'Ormesson (2008)
17 janvier 2008
Enfance, au féminin / Taslima Nasreen
Taslima Nasreen, médecin et écrivain bangladaise, est connue pour ses prises de position dénonçant l'oppression dont sont victimes les femmes et les minorités religieuses de son pays. Elle a notamment dénoncé cet état de fait dans son premier roman, "Lajja". Ses idées ont déclenché les foudres des radicaux et du gouvernement de son pays. Depuis, elle vit en exil. Et c'est au début de cet exil qu'elle a entrepris l'écriture de son autobiographie.
"Enfance, au féminin" est le premier volet de son autobiographie. C'est un livre très intéressant car elle y raconte les évènements qui ont forgé sa personnalité. Ces évènements concernent les 13 premières années de sa vie, jusqu'au moment où elle devient une femme, ce qui, au Bangladesh, l'oblige à modifier son comportement.
Elle est née en 1962 dans une famille de 4 enfants, elle est l'ainée des deux filles. Son père est médecin. On ne peut pas trouver plus opposés que ses parents. Son père veut que ses enfants étudient. Après l'échec des deux fils, les espoirs mais aussi la pression du père va se reporter sur les deux filles. Sa mère est l'exacte opposée. Trompée par son mari, elle se réfugie dans la religion, jusqu'à tomber sous l'emprise d'un religieux très rétrograde. Pour elle, les études ne servent à rien, seule compte la religion.
Très tôt, Taslima se pose des questions et en pose à sa mère, qui la traite d'impie. Au programme scolaire, elle préfère des lectures plus littéraires. C'est une petite fille curieuse, observatrice, ouverte sur le monde. Son récit permet de découvrir la société, la culture, les traditions et l'histoire (la naissance du pays en 1971 est bien présente dans ce récit) d'un pays plutôt méconnu.
Publié par Le Livre de Poche (2002)
Les deux autres volets de son autobiographie sont : Vent en rafales ; Rumeurs de haine.
Un autre avis sur ce livre : celui d'Agnès (Mon biblioblog)
11 août 2007
Iranienne et libre / Shirin Ebadi
Prix Nobel de la Paix en 2003, Shirin Ebadi se bat depuis des années pour les droits de l'homme et de la femme dans son pays, l'Iran. Elle nous livre ici le récit de sa vie et de son combat. Juge dans les années 70, elle est mise au placard au lendemain de la Révolution islamique. Bien qu'elle n'ait jamais cessé de faire valoir le droit, il lui faudra attendre 1992 pour pouvoir de nouveau officiellement exercer une fonction juridique. En effet, cette année-là, le régime accorde aux femmes le droit d'exercer le métier d'avocat. Une fois sa licence d'exercice en poche, Shirin Ebadi ouvre son cabinet et prend en charge des affaires concernant les enfants, les femmes mais aussi les dissidents du régime. Elle a connu la prison et les menaces sur sa vie mais n'a jamais, pour autant, renoncer à son métier et à ses idéaux.
Publié par La Découverte (2007)


