Mille et Un Livres

Un voyage en Asie grâce aux livres ou comment voyager sans bouger de son fauteuil !

01 septembre 2009

La Vaine attente / Nadeem Aslam

La_Vaine_attente

Dans un village afghan au nom prédestiné Usha (qui signifie "larme") vit un vieil homme esseulé. Dans une maison autrefois pleine de vie, de parfum, de poésie et de culture, il ne reste que cet homme, Marcus, ancien médecin et anglais d'origine.

Sa solitude est troublée par l'arrivée d'une femme, Lara, originaire de Russie. Elle est à la recherche de son frère, soldat de l'armée soviétique, disparu en Aghanistan dans les années 80.

Cette présence féminine fait ressurgir le passé de Marcus, du village et l'histoire d'un pays meurtri. La période d'occupation soviétique a vu disparaître Zameen, la fille de Marcus et de son épouse afghane, Qatrina. La période des taliban a vu Marcus perdre sa main et surtout son épouse.

D'autres personnes rôdent aussi dans la région : David, ancien agent de la CIA et Casa, apprenti terroriste. Tous sont des victimes directes ou indirectes des soubresauts qu'a connus cette région poudrière.

Ce roman est le roman de l'attente : attendre pour connaître enfin la vérité sur ce qui est arrivé à des êtres chers, attendre pour que revienne un petit-fils jamais connu. Ce roman est une fiction mais une fiction qui met en lumière une région meurtrie, l'Aghanistan mais aussi la région de Peshawar au Pakistan qui a vu affluer les réfugiés afghans ces trois dernières décennies.

Un très bon roman, prenant.

Nadeem Aslam est né en 1966 au Pakistan et vit aujourd'hui à Londres. Il est l'auteur d'un autre bon roman, "La Cité des amants perdus".

Publié par Seuil (2009) / Traduit par Claude Demanuelli

N.B. : A partir d'aujourd'hui, j'ai décidé d'indiquer le nom du traducteur car sans son travail, je ne pourrais pas lire tous ces romans qui me passionnent.

06 novembre 2008

Syngué sabour / Atiq Rahimi

Syngue_SabourSyngué sabour, c'est le nom donné à une pierre, à laquelle un individu peut confier ses tourments. Pour la narratrice, cette pierre est son mari, alité dans une chambre impersonnelle d'hôpital. Elle se confie à lui tout au long du récit et s'est ainsi qu'on apprend son histoire. Une triste histoire.

Lorsqu'elle s'est mariée, cet homme était un inconnu, de plus absent. Il préférait la guerre à la vie de famille. Et c'est pourquoi, elle n'a connu son mari qu'au bout de trois ans de mariage. Elle lui confie toutes ses rancoeurs à propos de cette vie subie et non choisie.

Cette histoire se passe dans un pays musulman en guerre. Le pays n'est pas nommé mais on peut supposer qu'il s'agit du pays d'origine de l'auteur, l'Afghanistan.

Le style est simple et en même temps très puissant. Je trouve qu'il est très proche de celui de Les Mille maisons du rêve et de la terreur alors que ces deux romans ont une différence majeure : Les Mille maisons du rêve et de la terreur est traduit du persan alors que Syngué sabour a été écrit directement en français.

Ce roman a reçu le Prix Goncourt 2008.

Publié par P.O.L (2008)

Au début du roman, l'auteur a indiqué avoir écrit ce roman à la mémoire d'une poétesse N.A. Il s'agit sans doute de Nadia Anjuman. Elle écrivait des poèmes sur la condition féminine. Elle avait 25 ans lorsqu'elle est morte battue à mort le 4 novembre 2005. Son assassin ? Son propre mari. Ce dernier n'a jamais reconnu le meurtre, juste les coups. La police a classé l'affaire en suicide.
Ses poèmes auraient été traduits en français mais je n'en ai pas trouvé trace.

01 octobre 2008

La Plaine de Caïn / Spôjmaï Zariâb

La_Plaine_de_Ca_nSpôjmaï Zariâb, novelliste afghane, a écrit les nouvelles qui composent ce recueil dans les années 80 lorsque son pays était occupé par l'armée soviétique. A cette époque, elle vivait là-bas (elle vit en exil en France depuis 1991) et certaines des nouvelles y ont été publiées. Avec ces informations lues dans la préface, je m'attendais à lire un recueil du même acabit que Perdus dans la fuite d'Assef Soltanzadeh.

Mais Spôjmaï Zariâb a écrit des nouvelles très différentes. Certaines histoires m'ont parue impersonnelles dans le sens où elles pourraient se dérouler dans n'importe quel pays en guerre. Certaines dévoilent derrière la métaphore la réalité de l'Aghanistan des années 80. Ainsi, "Les Signatures" décrivent la tyrannie bureaucratique et "Les Bottes du délire", l'invasion soviétique. La nouvelle la plus émouvante est "Le Caftan noir". Elle diffère des autres parce que les personnages ont un prénom, cela les rend en quelque sorte plus proches. C'est une histoire très triste (violence paternelle, conjugale ; deuil) mais toutes les nouvelles de ce recueil dévoilent une grande tristesse, une solitude. Elles sont très dures, beaucoup plus que les nouvelles composant le recueil Dessine-moi un coq, ce recueil abordait pourtant des sujets graves.

Publié par les éditions de l'Aube (poche) (2001)

En mars 2001, Le Courrier de l'Unesco a publié une interview de l'auteur : "Spôjmaï Zariâb, la littérature contre le cauchemar afghan".

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02 août 2008

Burqa ! / Simona Bassano di Tufillo, Jamila Mujahed

BurqaCe que j'aime, lorsque je vais à la bibliothèque municipale, c'est faire des découvertes. Ma dernière découverte est ce livre classé au rayon "bandes dessinées" même s'il ne ressemble pas à une BD. C'est un livre qui a le format et l'épaisseur (48 p.) d'un album pour jeunes enfants.

Le sujet est la burqa ou plutôt comment vivre avec. Le livre se compose de deux parties. Sur la page de gauche, le texte "Ma vie à Kaboul" de Jamila Mujahed. Sur la page de droite, les illustrations de l'italienne Simona Bassano di Tufillo.

"Ma vie à Kaboul" est autobiographique. L'auteur explique l'histoire de la burqa et cela met à mal certaines idées reçues. Les talibans sont arrivés sur un terrain qui avait déjà été préparé par les Moudjahidin, qui, par certaines de leurs actions, avaient imposé peu à peu le port de la burqa. L'auteur parle aussi de ce qu'a représenté pour elle cette obligation de porter ce vêtement lorsque les talibans ont pris le pouvoir.

Les illustrations sont à la fois humoristiques et acides. Elles montrent l'absurdité des situations lorsque les femmes sont obligées de porter la burqa.

Ce livre a reçu le parrainage d'Amnesty International.

Publié par Les Editions de La Martinière (2008)

Jamila Mujahed est journaliste et défenseur des droits de la femme. Elle préside une ONG, "The Voice of Aghan Women's Association and Radio". Elle est la fondatrice du premier magazine féminin afghan, "Malalaî", un magazine qui a vu le jour après la chute des talibans. Elle a reçu de nombreux prix dont le prix Johann Philipp Palm "Pour la liberté de la presse et d'opinion" (voir l'article de Qantara.de)

Simona Bassano di Tufillo est une artiste italienne engagée.

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30 juillet 2008

Les mille maisons du rêve et de la terreur / Atiq Rahimi

Atiq_RahimiDois-je vous révéler l'histoire au risque de gâcher la lecture de ce roman ? Non, je préfère que vous découvriez toute la saveur du texte par vous-même alors je vais en dire le minimum. Le personnage principal est un jeune homme prénommé Farhad. Il est emprisonné. L'action se passe en 1979, année de l'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques.
J'espère ne pas en avoir trop dit. Au début du roman, on ne sait rien (et la quatrième de couverture est plutôt muette). Et on se retrouve perdu, mais pas dans un mauvais sens. Perdu car, comme le personnage, tout apparaît comme dans un rêve ou à travers une nappe de brouillard. Que se passe t-il ? Qu'arrive t-il au personnage ? Et puis tout apparaît de plus en plus clairement.
Le style est simple. L'auteur fait de nombreuses références à la culture persane. C'est un court roman (200 pages), peu dense : on pourrait dire que l'écriture correspond à l'histoire qui est dévoilée peu à peu. On est pris dans le roman, dans l'histoire du personnage, ses malheurs.

Très beau roman.

Publié par P.O.L (2002)

Sur l'auteur : Atiq Rahimi est un écrivain et cinéaste afghan, francophone (il a fait sa scolarité au lycée franco-afghan de Kaboul), exilé en France depuis 1984. Il est né en 1962 dans une famille francophile. Il écrit depuis sa jeunesse mais il a fait des études de cinéma.
Pour l'anecdote (et parce que je parle souvent de littérature indienne) : il travaille actuellement à l'adaptation d'une nouvelle de l'écrivain bengali Tagore.
(Sources : Livres Hebdo)

En 2002, le magazine d'information du Ministère des Affaires étrangères, Label France, avait réalisé un portait croisé de deux écrivains afghans, Atiq Rahimi et Spôjmai Zariâb (dont j'ai présenté un recueil de nouvelles sur ce blog). Pour lire ce portrait croisé, c'est ici.

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06 avril 2008

Burqas, foulards et minijupes / Anne Lancelot

Burqas__foulards_et_minijupesAnne Lancelot, chef de mission pour des ONG, a vécu huit ans en Afghanistan. Pendant ces années, elle a travaillé pour cinq ONG ou agences des Nations Unies. C'est au cours de son travail qu'elle a fait la connaissance de plusieurs femmes afghanes. En 2006 et 2007, elle a mené des entretiens avec certaines d'entre elles pour leur faire parler de leur vie. Un exercice délicat dont ce livre est le résultat.
Elles sont quatorze à s'être exprimées. Elles ont de 22 à 50 ans et sont mariées, célibataires, divorcées ou veuves. Toutes, sauf un, ont une occupation scolaire ou professionnelle. Comme le rappelle Anne Lancelot dans sa préface, ces femmes sont atypiques : leurs études, leur travail, leurs choix de vie les distinguent de la majorité des femmes afghanes. C'est un livre intéressant. Alors venez écouter Farida, Hanna, Rahima et les autres raconter les guerres, le temps des minijupes, l'exil, le mariage...

Publié par Calmann-Levy (2008)

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29 mars 2008

Plus de place pour enterrer nos morts / Feryal Ali Gauhar

Plus_de_place_pourLe titre indique à lui seul que ce roman n’aborde pas un sujet facile. Et c’est vrai. Il faut être soi-même dans un bon moment pour en débuter la lecture.
Septembre 2002. Afghanistan. Un soldat américain est capturé par des rebelles et emprisonné dans un asile d’aliénés. Comment en est-il arrivé là ? C’est un ancien bibliothécaire, il a aussi travaillé comme ambulancier et il rêvait de reprendre ses études universitaires. Mais l’annonce de la mort de Carlos, mari de sa sœur, bouleverse sa vie. Pour trouver, pour sa sœur, une raison qui l’aide à comprendre la mort de Carlos, il s’engage dans l’armée. Et puis il est capturé lors d’une patrouille de reconnaissance.
Les rebelles le déposent dans un asile laissant aux internés la charge de sa surveillance. Pour l’asile, imaginez un ensemble de bâtiments en pierre disposés autour d’une cour
. L’ensemble est en partie en ruines et perdu au milieu de nulle part. Les « habitants » du lieu ne sont pas tous des fous, ce sont plutôt des estropiés de la vie. Au fil du récit, on se prend à s’attacher aux personnages dont les histoires particulières, toujours tristes, sont dévoilées au fur et à mesure du récit.
Le roman débute comme un journal intime et puis ce style est abandonné. Le changement de style correspond au changement intérieur du narrateur, le soldat américain. Au début, il est vraiment
extérieur au lieu, il observe les autres. Puis il est progressivement intégré à cette communauté. Et finalement, on peut se demander si le plus fou n’est pas celui qui vient de l’extérieur.
J’ai beaucoup aimé ce roman. Le sujet est certes difficile mais je crois que cette lecture en vaut la peine.

Sur l’auteur : Feryal Ali Gauhar est née dans un milieu aisé à Lahore (Pakistan) en 1959. Elle est diplômée en sciences politiques. Elle a été mannequin, réalisatrice de publicité et de documentaires, actrice, ambassadrice itinérante du FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population). C’est une femme engagée. Elle a été emprisonnée durant deux semaines pour avoir manifesté contre la dernière dictature militaire de son pays et anime actuellement une émission politique. Son premier roman, un best-seller non traduit en français, traitait de la marginalisation dans le quartier des prostituées à Lahore et de l’exploitation de la misère par les fondamentalistes.

Publié par Picquier (2008)

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01 février 2008

Le Goût de l'Afghanistan

Le_go_t_de_l_AfghanistanOn ne connaît de l'Afghanistan que l'actualité récente brûlante et les images véhiculés par les médias. Mais ce pays a une longue histoire et une grande culture. Pour les découvrir, ce petit livre peut être un premier pas. Il présente une trentaine de textes réunis par Sophie Royer et François Trassard, des textes d'écrivains-voyageurs comme Ella Maillart, de romanciers comme Spôjmaï Zariâb, d'un poète afghan, d'historiens... Des textes rendent compte de la richesse historique et culturelle du pays, d'autres évoquent des sujets plus contemporains comme l'occupation soviétique ou le régime des taliban.
J'ai trouvé ce livre très intéressant pour le côté "découverte d'un pays" mais aussi pour la découverte d'auteurs dont je vois souvent les livres en librairie mais qui ne me tentent jamais comme les récits d'Ella Maillart. J'ai aussi apprécié de relire les textes de Spôjmaï Zariâb ("Dessine-moi un coq") et Asne Seierstad ("Le Libraire de Kaboul"). Après un premier contact positif avec cette collection "Le Goût de...", je me laisserais peut-être tenter par un autre de ces titres (il y a beaucoup de choix, près de 10 titres rien que pour le continent asiatique).

Publié par Mercure de France (2007)

Pour continuer la découverte de ce pays : "Courrier international" a publié dans son édition du 17 janvier dernier un reportage du "Frankfurter Allgemeine Zeitung" intitulé "Surprenante Kaboul". Grâce à cet article, on peut découvrir la face cachée de la capitale afghane. Pour le lire, l'entrée est ici.

Posté par Naina94 à 22:29 - Afghanistan - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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08 décembre 2007

Les Cerfs-volants de Kaboul / Khaled Hosseini

HosseiniDans les années 60 & 70, à Kaboul, Amir et Hassan sont les meilleurs amis. Pourtant, tout pourrait les opposer : Amir est le fils d'un notable pachtoun et Hassan, le fils du domestique hazara. Ils ont une passion : les cerfs-volants. Mais un jour, Amir ne vient pas en aide à Hassan...
Les évènements politiques vont transformer le pays et pousser Amir et son père à la fuite, d'abord au Pakistan puis aux Etats-Unis. Amir y mène une vie sans histoire avec son épouse, elle-aussi d'origine afghane. Jusqu'à un appel venant du Pakistan... Amir va retrouver son pays aux mains des Talibans et repartir sur les traces de son passé...
Ce roman a reçu beaucoup de critiques positives. J'ai moi-aussi adoré ce roman. C'est bouleversant, captivant... Khaled Hosseini est un excellent écrivain. Vivement un prochain roman !

Ce roman a fait l'objet d'une adaptation cinématrographique. Le film doit sortir dans les salles américaines dans les prochains jours.

Publié par 10/18 (2006)

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25 novembre 2007

Mille soleils splendides / Khaled Hosseini

Mille_soleils_splendidesCe roman croise les destins de deux femmes, deux générations différentes mais unies dans le malheur. Mariam naît à la fin des années 50. A  la mort de sa mère, elle est contrainte d'épouser un homme de 30 ans son aîné, elle a alors 15 ans. Vont suivre des années de souffrance  : plusieurs fausses couches, la violence de son mari... En 1992, les évènements rendent orphelins une petit voisine de 14 ans, Laila. Rachid, le mari de Mariam, va faire d'elle sa seconde épouse. Il va d'abord la traiter comme une reine, suscitant l'exaspération et la colère de Mariam. Et puis Laila donne naissance à une petite fille. Elle va à son tour connaître les violences de ce mari tyrannique...
C'est une histoire bouleversante. Les deux femmes sont attachantes. Leur destin est lié à celui de leur pays puisque les lois, les comportements envers les femmes changent en même temps que la politique  : une liberté (relative, selon les familles) pendant l'occupation soviétique avant la terreur sous le régime des Talibans.
L'histoire est tellement prenante que le roman se lit d'une traite. Je vous le conseille.

Publié par Belfond (2007)

Posté par Naina94 à 11:05 - Afghanistan - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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