22 août 2009
Le Rêve du village des Ding / Yan Lianke
Le village des Ding était un village chinois comme tant d'autres au Henan. Jusqu'au jour où un drôle de commerce se met en place. Dix ans après, le village se meurt du sida.
Celui qui raconte l'histoire du village est un jeune garçon de douze ans. Ce jeune garçon est mort, non pas du sida mais empoisonné. Une histoire de vengeance. Le jeune garçon est le fils du collecteur de sang, le fils de celui qui a incité les paysans à vendre leur sang pour s'enrichir. Beaucoup ont désormais une belle et grande maison mais une maison vide.
En effet, de plus en plus d'habitants meurent de ce qu'ils appellent la fièvre. Le village se déchire : les malades sont mis à l'écart dans l'école, le chef du village perd son pouvoir, l'ancien collecteur de sang, toujours aussi cupide, se lance dans le commerce de cercueils.
"Le Rêve du village des Ding" est un bon roman, interdit en Chine car cette fiction met en lumière une tragédie bien réelle. Au début des années 90, les responsables de santé du Henan ont incité les paysans à vendre leur sang. Pendant plusieurs années, les autorités ont étouffé le scandale laissant l'épidémie se développer. Le journaliste Pierre Haski, ancien correspondant de Libération en Chine, a écrit un livre sur ce scandale : "Le Sang de la Chine" (Grasset, 2005).
Publié par Picquier (2009)
31 mai 2009
Tiananmen, vingt ans après
Dans quelques jours, la Chine (ou du moins, ses autorités) ne fêtera pas un triste anniversaire. Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l'armée a ordre d'évacuer les jeunes Chinois, étudiants ou ouviers, qui occupent la célèbre place Tiananmen à Pékin depuis la mi-avril. Ce fut un bain de sang.
Cet anniversaire est l'occasion de vous livrer quelques pistes de lecture :
La Démence du sage / Ha Jin (Seuil, 2004)
Un professeur d'université est victime d'une attaque d'apoplexie. Sur son lit d'hôpital, veillé par le fiancé de sa fille, il divague. Mais nous sommes au printemps 1989, à Pékin, les étudiants commencent à manifester...
Beijing Coma / Ma Jian (Flammarion, 2008)
4 juin 1989. Dai Wei, étudiant, est blessé par une balle tirée par un soldat. Il est plongé dans le coma, un coma qui va durer dix ans. Pendant cette décennie, Dai Wei va vivre avec ses souvenirs.
A lire : l'article intéressant de Bertrand Mialaret sur Rue89
Les Amants de Tiananman / Diane Wei Liang (L'Aube, 2006)
Le 4 juin 1989, la vie de Wei, jeune étudiante, bascule. Elle trouve refuge aux Etats-Unis. Quelques années plus tard, elle est de retour en Chine.
28 mars 2009
Une jeunesse chinoise...
Avant d'entamer la lecture de "Une si jolie robe", premier roman d'une Chinoise installée aux Etats-Unis, Fan Wu, un seul conseil : ne pas lire la 4ème de couverture qui, à mon avis, ne reflète pas l'exacte réalité du roman.
Ce roman nous entraîne dans le milieu estudiantin de la ville de Canton (sud de la Chine) au début des années 90. Ming est une jeune fille nouvellement entrée à l'université. Elle a grandi dans une ferme, ses parents y avaient été envoyés pendant la Révolution culturelle. Malgré cela, la famille est restée une famille d'intellectuels. Ming a donc grandi entre livres et musique. Lorsqu'elle entre à l'université, c'est une jeune fille timide qui va bientôt tomber sous l'emprise d'une étudiante plus âgée, Yan. Yan est tout le contraire de Ming. Plus extravertie, débrouillarde, issue d'une minorité, les Miao. Entre les deux, débute une amitié très forte.
En plus de cette histoire d'amitié, ce roman est l'occasion de découvrir la vie des étudiants, plutôt des étudiantes, chinois du début des années 90. Les étudiantes apparaîssent assez naïves (c'est assez effarant de se rendre compte de leur peu de connaissance dans le domaine de la sexualité et en même temps, ce n'est pas étonnant vu que ce sujet est tabou), plus préoccupées par leur vie personnelle que par leurs études (ou est-ce l'auteur qui a axé le roman sur cet aspect ?).
Sur la forme, ce roman de près de 300 pages n'est pas découpé en chapitres. Tout est écrit d'une traite. Je ne le savais pas avant d'en commencer la lecture et tant mieux, car ce genre de mise en forme me faisant fuir, je serais passée à côté d'un bon moment de lecture.
Un bon roman à découvrir.
Publié par Picquier (2008)
16 décembre 2008
Le calme avant la tempête...
Tout commence un 1er janvier. Nous sommes en 1937 à Nankin, capitale de la République de Chine. Le Japon menace d'envahir le pays dans son entier mais la vie se déroule paisiblement dans cette ville chinoise. Pour les familles de la haute société, ce 1er janvier est jour de mariage. La jeune Yuyuan épouse Yu Kerun, un officier de l'armée de l'air. Tout leur sourit donc. Mais...
Ce jour-là, parmi les invités, il y a un homme, Ding Wenyu. Professeur d'université de son état, polyglotte (il a vécu la plus grande partie de sa vie loin de la Chine), c'est un dandy et libertin. Lors de ce mariage, il s'éprend de la mariée. Cela va devenir pour lui une véritable obsession. Il va tout faire pour la revoir et la séduire : s'inviter chez les parents de la jeune femme, lui écrire d'innombrables lettres... Pourtant, Ding Wenyu est lui-aussi marié. Mais son mariage n'a jamais été une réussite. Lui et sa femme, Peitao, n'ont jamais été sur la même longueur d'onde et elle est vite retournée dans la demeure paternelle à Shanghaï.
De son côté, Yuyuan ne connaît pas la vie de couple qu'elle avait imaginée. Elle se retrouve avec son mari chez le frère de ce dernier. Ne supportant plus cette vie, elle part s'installer à la caserne (elle aussi est militaire).
Au fil du récit, on découvre aussi que Ding Wenyu est très différent des autres. Il prend ses libertés avec les convenances, il agit à sa guise (souvent au grand désarroi de son père). On découvre aussi que les deux couples, Wenyu - Peitao d'un côté, Yuyuan - Kerun de l'autre, ne sont pas du tout assortis. Tout les sépare. Ils se sont mariés plus pour respecter les convenances sociales que par véritable amour.
Dans Nankin 1937, une histoire d'amour, l''histoire monte en puissance parallèlement à l'accélération de l'Histoire du pays. Plus la guerre se rapproche, plus les relations entre les protagonistes sont explosives. C'est un peu une tragédie.
L'auteur, Ye Zhaoyan, est né à Suzhou en 1957. Il a grandi à Nankin. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages mais ce roman est le premier de ces livres que j'ai l'occasion de lire.
Publié par Seuil (2008)
01 novembre 2008
Et le gagnant est...
Le 23 octobre dernier, l'hebdomadaire "Courrier International" a décerné pour la première fois un prix littéraire, le Prix Courrier International du meilleur livre étranger (j'en avais parlé ici).
Ce prix a été attribué au roman du Chinois Yu Hua, "Brothers". Ce roman, publié chez Actes Sud, raconte l'histoire de deux demi-frères de la Révolution culturelle à aujourd'hui.
Pour en savoir plus :
- présentation du livre sur le site des éditions Actes Sud
- article de Bertrand Mialaret sur le site Rue89
- et bien sûr, un article paru sur le site de "Courrier International" (article paru à l'origine dans un quotidien chinois)
16 septembre 2008
Des yeux gris clair / Wang Meng
Début août, à l'occasion des Jeux Olympiques, j'ai publié un billet sur la littérature chinoise. Dans ce billet, je listais un certain nombre de titres de romans que je trouvais intéressants de par les sujets abordés. Parmi ces livres, il y avait "Des yeux gris clair".
Ce court roman emmène le lecteur dans le far-west chinois, à savoir le Xinjiang. Cette région est majoritairement peuplé par un peuple turcophone et musulman, les Ouighours.
L'histoire se déroule pendant la Révolution culturelle. Le personnage principal est un menuisier du nom de Maerke. La particularité de cet homme est de clamer des citations du président Mao. Cela lui permet d'impressionner ses interlocuteurs ou bien de se sortir d'un mauvais pas. Maerke est marié à une femme qui a connu un triste passé, Aliya. Autre personnage : le chinois Lao Wang (littéralement "vieux Wang") et c'est grâce à ce Wang qu'on fait la connaissance de Maerke et des Ouighours.
L'auteur, Wang Meng, connaît bien le XInjiang et les Ouighours. Né à Pékin en 1934, il a connu une vie mouvementée : membre du parti (avec des moments d'exclusion), écrivain, ministre de la culture, il a surtout passé seize ans en exil dans le Xinjiang (avant, pendant et après la Révolution culturelle). Cet exil lui a permis de connaître le peuple Ouighour et sa culture, une connaissance qu'il fait partager au lecteur dans différents livres.
Un bon petit roman dépaysant.
Publié par Bleu de Chine (2002)
07 août 2008
En ces temps de Jeux Olympiques...
...un peu de littérature chinoise.
Ce billet, un peu long, est divisé en trois parties :
- mes dernières lectures chinoises, pour une plongée dans l'atmosphère chinoise
- les romans interdits, pour ne pas oublier la censure pratiquée par le régime chinois, l'interdiction étant le degré le plus haut de la censure
- une liste de romans pour révéler la richesse de cette littérature.
La Mare / Ha Jin
Ha Jin vit aux Etats-Unis depuis une vingtaine d'années. Bien que ne vivant plus en Chine, ces romans, sauf le dernier (déjà traduit en français ?) ont pour cadre son pays natal. Le premier roman que j'ai lu de cet auteur fut La Démence du sage (Seuil) qui se déroule lors du printemps 1989 et qui met en scène un homme âgé qui dévoile sa facette révoltée. Je classe Ha Jin dans les auteurs chinois même si, pour la Chine, les auteurs chinois sont ceux qui vivent dans le pays et sont acceptés par le régime (c'étaient les seuls auteurs présents au Salon du Livre 2004 dont l'invité était la Chine. C'est ce qui différencie la Chine de l'Inde, puisque, parmi les auteurs indiens, on compte aussi ceux qui vivent hors de leur pays d'origine).
L'histoire de "La Mare" se déroule à la fin des années 70. L'ère Mao a pris fin. Dans une usine, où, comme dans toute unité de travail du pays, les dirigeants décident de la vie de leurs employés, les ouvriers attendent la liste de ceux qui se verront attribuer un logement. Bin est de cela. Avec sa femme et leur petite fille, ils vivent dans une seule pièce. Ayant une ancienneté de six ans, Bin espère se voir attribuer un logement. Mais il ne figure pas sur la liste des heureux bénéficiaires. La mayonnaise lui monte au nez et il n'hésite pas alors à avertir un journal des magouilles des dirigeants de l'usine. Ses propos sont publiés et finissent placarder dans l'usine, à la manière des dazibao qui fleurissaient sur le Mur de la Démocratie à Pékin à la fin des années 70. Bin ne se verra pas attribuer de logement. Il va continuer à écrire ce qu'il pense. Pour se venger, ses patrons l'empêcheront de travailler ailleurs, de reprendre ses études... Dans la Chine décrite dans le roman, pour obtenir ce qu'on veut, il faut se taire.
Pa Pa Pa / Han Shaogong
L'auteur, né en 1953, trouve son inspiration dans la mythologie chinoise, le folklore...
C'est une autre Chine que celle véhiculée par les médias qui est décrite dans ce court roman. Ici, c'est la Chine rurale, c'est la Chine des villages de montagne et celle des minorités ethniques. On ignore à quelle époque se situe ce récit. Le personnage principal est un gamin handicapé, élevé par une mère seule. C'est toute la vie du village qui se déroule sous ses yeux, des petits faits sans conséquence aux querelles de clochers, sur des airs de chansons et sur fonds de croyances locales.
Ces Jeux Olympiques sont donc l'occasion de lire de la littérature chinoise mais il ne faut surtout pas oublier que le pays utilise la censure et que les autorités peuvent interdire un roman jugé subversif, corrosif. Je n'ai pu recenser que quatre romans interdits :
- Le Rêve du village des Ding / Yan Lianke (Picquier, 2007)
- Servir le peuple / Yan Lianke (Picquier, 2006)
- Shanghai Baby / Weihui (Picquier, 2003) (suivez le lien pour accéder à mon billet)
- Les Bonbons chinois / Mian Mian (Editions de l'Olivier, 2001 ; Points, 2002)
La Littérature est aussi une façon d'appréhender un pays dans tous ses aspects. Bleu de Chine est un éditeur qui ne publie que des livres sur la Chine. A partir de leur site (vous remarquerez que la maison d'édition émet des revendications à l'occasion de ces JO), j'ai fait une petite liste de romans, parus depuis 2002, qui parlent de différents sujets : migrants ruraux, minorités ethniques (Hui, Ouighour), jeunesse. J'ai choisi ces romans parce qu'ils abordent des sujets pas toujours évoqués dans les autres romans, que leurs auteurs et leur oeuvres sont peu médiatisés, à l'inverse d'auteurs comme Chi Li, Mo Yan ou Yu Hua. Je n'ai pas lu ces romans, à l'exception de deux d'entre eux :
- Le Malaise / Laoniu
- Du thé d'hiver pour Pékin / Liu Xinglong (lu)
- La Cendrillon du canal / Liu Xinwu
- Le Chagrin des pauvres /Shi Shuqing et Li Jinxiang
- Les Cinq yuans /Shi Shuqing (lu)
- Celle qui dansait /Wang Meng
- Contes de l'ouest lointain, nouvelles du Xinjiang / Wang Meng
- Des yeux gris clair / Wang Meng
Quelques liens :
06 mai 2008
Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants / Xiaolu Guo
Lorsqu'on lit le titre, on peut se dire que ce roman parle d'amour et un peu plus. Il y a bien une histoire entre un homme et une femme (je ne sais pas si on peut la qualifier d'histoire d'amour, au sens où on l'entends habituellement en littérature). Mais le sujet du roman est la vie d'une jeune Chinoise venue à Londres apprendre l'anglais pendant une année.
Et ce n'est pas toujours facile. Il y a d'abord la langue difficile à maîtriser et l'écriture se calque sur ces difficultés de langage. Et puis il y a les différences culturelles (au sens le plus large possible). La jeune Z. (son prénom etant trop difficile à retenir, elle se présente sous la seule initiale de Z.) rencontre un quadra solitaire et suite à un malentendu, le premier d'une longue série, elle s'installe chez lui. Et la cohabitation n'est pas de tout repos. Par exemple, elle adore la viande alors qu'il est végétarien. Elle se pose et pose beaucoup de questions alors que lui est plus introverti ; une situation, entre autres, qui l'amène à s'interroger sur l'invidualisme omniprésent dans la société britannique...
C'est un excellent roman. Je m'y attendais pas du tout. Une très bonne surprise. C'est frais, le style est agréable, original.
Publié par Buchet Chastel (2008)
09 mars 2008
English / Wang Gang
L’histoire se déroule en Chine pendant la Révolution culturelle (la période n’est pas explicitement nommée), plus précisément à Urumqi, dans le Xinjiang. Dans ce far west chinois où vivent les Ouïghours, des Chinois Han sont venus s’installer au fil des siècles, les derniers pour être « rééduqués ». Parmi eux, la famille Liu : deux intellectuels (architectes de profession) originaires de Nankin, et leur fils Liu Ai, un adolescent.
Ai est un jeune garçon qui, au début du roman, voit partir sa professeur d’ouïghour, Hajitaï, dont tous les garçons étaient amoureux. C’est un jeune Shanghaïen qui va prendre sa place et leur enseigner l’anglais. Ce nouveau professeur leur fait découvrir un nouveau monde : il se comporte différemment des hommes de Urumqi, en gentleman. Quant à la langue anglaise, elle ne passionne au début que les filles, parmi lesquelles Huang Xusheng. Ai deviendra lui aussi un amoureux de la langue anglaise, jusqu’à convoiter le dictionnaire du professeur, seul dictionnaire anglais d’Urumqi.
C’est un roman sur l’adolescence et aussi sur une période particulière de l’histoire chinoise. Aux premiers émois amoureux et autres affaires de moeurs, se mêlent des affaires plus politiques. Le père de Liu Ai est un jour battu parce qu’il n’a pas représenté correctement (aux dires des autorités) le visage du président Mao. Huang Xusheng doit, elle, faire face au fait que son père est un ancien du Guomindang.
C’est un roman plaisant à lire. Mais un état de fatigue ne m’a pas permis de me plonger à fond dans cette lecture. Je vous le conseille quand même.
Un autre avis : celui d’Essel.
Publié par Picquier (2008)
09 février 2008
Shanghai Baby / Weihui
Ni Ke, alias Coco (Coco Chanel est une des ses idoles) a une vingtaine d'années. Après des études de littérature, elle a entamé une carrière de journaliste, vite abandonnée pour un emploi d'hotesse de bar. Elle a déjà écrit un premier roman et elle décide de laisser tomber son travail au bar pour se consacrer à l'écriture d'un deuxième. C'est un travail long et difficile et son entourage ne l'aide pas toujours. Elle a un petit ami peintre et drogué, un amant allemand, des amis artistes. C'est le Shanghai des années 90, une ville qui accueille alors de plus en plus d'étrangers. Mais la ville dépeinte dans le roman n'est la ville que d'une infime partie de la population, celle d'une jeunesse désoeuvrée.
Voilà pour un bref résumé de l'histoire. J'ai terminé le roman sans savoir si je l'ai aimé ou pas. C'est une étrange impression. Peut-être faut-il lire ce roman pour savoir quels sont les tabous de la société chinoise et surtout du pouvoir en place : en 1999, à sa publication, le livre a été interdit.
Publié par Picquier (2003)

