09 novembre 2009
La Femme qui court dans la montagne / Yûko Tsushima
Dans le Japon d'il y a trente ans, le parcours difficile d'une jeune mère célibataire.
Takiko, enceinte suite à une relation sans lendemain, incarne désormais le déshonneur pour ses parents. Elle vit sa grossesse en solitaire entre une mère qui souhaite qu'elle avorte et un père distant, buveur et violent. Après la naissance de son petit garçon, Akira, la jeune mère est reléguée dans un coin de la maison. Elle apparaît comme une femme forte. Tout au long des moments difficiles, elle trouve cette force en pensant à la région natale de sa mère, une région montagneuse dont les souvenirs lui apportent une paix intérieure.
Et justement, Takiko fait tomber les montagnes. Elle se débrouille seule, trouve un travail puis en change, met son fils à la crèche, ne fait pas cas du regard des autres.
C'est un bon roman qui nous montre un Japon, d'une époque passée, méconnu.
Pour beaucoup de ses romans, Yûko Tsushima (née en 1947) s'est inspirée de sa propre vie. Etre mère célibataire, elle l'a vécue. Et cette expérience a inspiré ce roman mais aussi "L'Enfant de fortune" (Editions des femmes, 1985). Un autre thème qui revient dans plusieurs romans est celui du deuil, le deuil d'un enfant, une épreuve que l'auteur a malheureusement due affronter. En 1985, elle a perdu son fils âgé de huit ans. Un an après, est paru "Poursuivie par la lumière de la nuit" (paru en France en 1997 aux Editions des femmes). Ce roman a une suite : "Vous, rêves nombreux, toi, la lumière !" (Picquier, 1997).
Ces ouvrages datent un peu mais si vous les trouvez, ne passez pas à côté de leur lecture. Deux de ses romans sont parus plus récemment en France (2007 & 2009) mais je ne les ai pas lus.
A noter : Yûko Tsushima est la fille du célèbre écrivain Osamu Dazai.
Publié par Albin Michel (1995) / Traduit par Liana Rosi
22 octobre 2009
Si on allait à Beyrouth...
... à la rencontre des femmes de cette ville. C'est ce que l'on peut faire en lisant le dernier opus de la série des Pintades.
Vous ne connaissez pas les Pintades ? Ce sont des femmes, jeunes et moins jeunes, fans de mode ou hyperactives, de classe moyenne ou aisée, qui vivent dans de grandes villes du monde. Le premier livre rendait visite à celles de New York. Puis ce fut au tour des Londoniennes, des Téhéranaises et des Parisiennes de se dévoiler.
Dans Une vie de pintade à Beyrouth, c'est une journaliste française beyrouthine d'adoption, Muriel Rozelier, qui nous présente les femmes de sa ville.
Que dire sur le contenu du livre ? Je partais avec une certaine image en tête de ce que peut être une femme au Liban. Une femme qui fait attention à son apparence, plutôt volubile. Et c'est sur cette première image que commence la découverte de la condition féminine dans la capitale libanaise. L'apparence y est très importante.
Mais ce livre n'est pas fait que de sujets superficiels. Les questions du mariage et du divorce, de la maternité ont une grande place dans ce livre. Des tabous sont aussi levés.
Ce livre est une galerie de portraits qui donnent une image très diversifiée de la condition de la femme, des portraits de femmes battantes, courageuses mais aussi traditionnelles, superficielles. Même si le communautarisme est très présent, j'ai vu peu de différences entre les femmes, peut-être parce que ces femmes appartiennent aux classes moyennes et aisées.
Ce livre est aussi un guide. Il fourmille d'adresses (restaurants, boutiques, boîtes, plages...) si jamais vous êtes tentée par une virée au pays des cèdres.
Publié par Calmann-Lévy (2009)
24 septembre 2009
Inde, la révolution par les femmes / Dominique Hoeltgen
Nous avons tous en tête des images sur la situation des femmes en Inde : problème de dot, petites filles manquantes sans oublier le glamour des actrices de Bollywood. Mais notre connaissance reste le plus souvent superficielle, limitée aux informations apportées par les médias.
Le livre de Dominique Hoeltgen, journaliste, correspondante pour "L'Expansion" en Inde depuis cinq ans, dresse un état des lieux de la condition des femmes dans ce pays. Ce livre est une galerie de portraits de femmes de toutes conditions qui ont choisi de se faire une place dans une société dirigée par les hommes : femmes rouleuses de bidi (cigarettes) s'organisant en syndicat, femmes à la tête de succursales de banques étrangères, femmes du monde des arts ou politique, femmes luttant contre les violences faites à leurs semblables... En dix chapitres clairs et bien fournis, l'auteur aborde tous les sujets : le monde du travail, le mariage, les foeticides...
Même si les thèmes abordés sont parfois très sombres, les femmes que nous rencontrons à travers ce livre sont des battantes, des femmes énergiques qui déplacent des montagnes, à l'image de cette actrice qui a lutté pendant vingt ans pour des sans-logis d'un parc de Mumbai.
Un livre à lire absolument !
Publié par Picquier (2009)
L'éditeur a classé ce livre dans sa bibliothèque idéale.
Quelques idées de lectures complémentaires :
Quand les femmes auront disparu de Bénédicte Manier qui évoque l'élimination des femmes en Inde et dans d'autres pays d'Asie.
Maï, une femme effacée, roman de Geetanjali Shree
Une vie moins ordinaire de Baby Halder, femme au parcours extraordinaire : domestique, elle a un jour pour patron un professeur à la retraite qui va l'encourager à lire et écrire.
15 février 2009
"... Que naître fille sur cette terre était un crime."
Cette phrase est tiré d'un roman d'Amrita Pritam, "Pinjar, le squelette".
En 1935, la jeune Pouro, hindoue, est victime d'un conflit opposant sa famille à une autre famille de leur village. Quelques jours avant son mariage, la jeune adolescente est enlevée par un homme de la famille ennemie, une famille musulmane. Il en fait sa femme. C'est un acte de vengeance. Pouro est très malheureuse suite à cette union forcée. Sur sa route, elle croise d'autres malheureuses comme une petite fille exploitée par sa tante ou une femme violée qui mourra ensuite en couches.
Les années passent. Pouro est devenue mère de famille. Et puis survient la Partition (création de l'Inde et du Pakistan en 1947). Cet évènement entraîne un gigantesque mouvement de population : Des hindous et des sikhs gagnent l'Inde, des musulmans font le chemin inverse. Tout cela se fait dans le sang, les larmes et l'horreur. Des femmes disparaissent, enlevées, violées, tuées. Parmi elles, Lajo. Lajo, la soeur de l'homme que Pouro devait épouser. Elle a été enlevée par un musulman d'un village voisin. Pouro et son mari lui viennent alors en aide...
Ce court roman (170 p.) est un condensé de ce que les femmes peuvent subir. Contrairement à ses personnages, Amrita Pritam, l'auteur, a eu une vie plutôt privilégiée. Née en 1919 dans une ville devenue pakistanaise en 1947, elle est élevée par son père, un lettré qui l'initie à la poésie. Mariée à 16 ans, elle demandera le divorce une vingtaine d'années plus tard. "Pinjar", publiée en 1950, trois ans après son arrivée en Inde suite à la Partition, a été son premier roman et est une de ses oeuvres les plus importantes. En plus d'être romancière, elle fut aussi poète et essayiste. Elle est décédée à Delhi en 2005.
Publié par Kailash (2003)
En complément :
Je vous conseille la lecture d'un livre d'Urvashi Butalia : "Les Voix de la Partition Inde-Pakistan" (j'en avais parlé dans ce billet).
L'auteur a mené un long travail sur les victimes de la Partition. A travers ce livre, elle donne la parole à ceux, surtout des femmes, qui ne s'étaient jamais exprimés sur les drames vécus.
La Partition a entraîné la mort d'environ un million de personnes. Pendant cette période, on estime que 75000 femmes ont été enlévées et violées par des hommes d'une religion différente de leur, voire même par des hommes de même religion.
21 décembre 2008
Maï, une femme effacée / Geetanjali Shree
Le roman s'ouvre sur une histoire de problème dorsal. Maï souffre du dos parce qu'elle est toujours courbée. Ce mal de dos apparaît très vite être un symbole de la vie de cette femme : elle se plie en quatre pour les autres en s'oubliant elle-même. Le deuxième symbole de la condition de cette femme est son pardah (voile) qui la coupe du monde extérieur. La vie de cette femme, qui est aussi belle-fille et mère, se déroule entre les quatre murs de la vaste propriété famiale.
La vie dans cette famille indienne provinciale et aisée est racontée par Sounaina, la fille de Maï. A travers le récit d'histoires du quotidien, on découvre une famille conservatrice. Maï est d'abord aux services d'un beau-père autoritaire et tout-puissant et d'une belle-mère à la langue de vipère. Elle doit aussi s'occuper d'un mari qui travaille à l'extérieur et qui cache bien son jeu, un mari qui prendra les rênes de la demeure familiale à la mort de ses parents. Et puis il y a les deux enfants, Sounaina et son frère, Soubodh.
Ces derniers vont prendre conscience en grandissant de la condition dans laquelle vit leur mère. Sounaina et Soubodh se détache peu à peu des traditions et de l'autorité familiales : études à l'étranger, relations amoureuses avec des personnes étrangères à leur milieu... Ils voudraient que leur mère puisse aussi vivre sa vie. Mais Maï ne réagit pas à leurs diverses propositions pour changer de vie et se prendre en main.
Peut-on aider une personne si celle-ci ne le veut pas ? Vouloir qu'une personne aie une vie différente ne revient-il pas à imposer à l'autre une façon de vivre et donc à la priver de la liberté de choisir ? Voilà les questions posées par ce roman, questions dont les réponses ne sont pas évidentes, contrairement à ce que pouvait croire Sounaina.
Sur l'auteur : Geetanjali Shree est née en 1957 . Elle a grandi dans l'Uttar Pradesh et vit aujourd'hui à New Delhi. Elle est l'auteur de trois romans et de recueils de nouvelles. C'est la première fois qu'une de ses oeuvres est publiée en français.
A noter : Ce roman est traduit de l'hindi, ce qui diffère de la majorité des romans indiens publiés en français qui sont, eux, traduits de l'anglais.
Publié par Infolio (2008)
06 novembre 2008
Syngué sabour / Atiq Rahimi
Syngué sabour, c'est le nom donné à une pierre, à laquelle un individu peut confier ses tourments. Pour la narratrice, cette pierre est son mari, alité dans une chambre impersonnelle d'hôpital. Elle se confie à lui tout au long du récit et s'est ainsi qu'on apprend son histoire. Une triste histoire.
Lorsqu'elle s'est mariée, cet homme était un inconnu, de plus absent. Il préférait la guerre à la vie de famille. Et c'est pourquoi, elle n'a connu son mari qu'au bout de trois ans de mariage. Elle lui confie toutes ses rancoeurs à propos de cette vie subie et non choisie.
Cette histoire se passe dans un pays musulman en guerre. Le pays n'est pas nommé mais on peut supposer qu'il s'agit du pays d'origine de l'auteur, l'Afghanistan.
Le style est simple et en même temps très puissant. Je trouve qu'il est très proche de celui de Les Mille maisons du rêve et de la terreur alors que ces deux romans ont une différence majeure : Les Mille maisons du rêve et de la terreur est traduit du persan alors que Syngué sabour a été écrit directement en français.
Ce roman a reçu le Prix Goncourt 2008.
Publié par P.O.L (2008)
Au début du roman, l'auteur a indiqué avoir écrit ce roman à la mémoire d'une poétesse N.A. Il s'agit sans doute de Nadia Anjuman. Elle écrivait des poèmes sur la condition féminine. Elle avait 25 ans lorsqu'elle est morte battue à mort le 4 novembre 2005. Son assassin ? Son propre mari. Ce dernier n'a jamais reconnu le meurtre, juste les coups. La police a classé l'affaire en suicide.
Ses poèmes auraient été traduits en français mais je n'en ai pas trouvé trace.
08 octobre 2008
La Muette / Chahdortt Djavann
J'ai longtemps hésité à lire ce roman. Je le voyais dans les rayons des librairies mais restais hésitante. Et puis, il se trouve que la bibliothèque municipale l'a acquis. Alors, je me suis laissée tenter et je n'ai pas été déçue.
Le roman se présente comme un manuscrit écrit par une jeune Iranienne de 15 ans. Malgré son jeune âge, elle est emprisonnée et attend son exécution. Dans ce manuscrit, la jeune Fatemeh raconte son histoire. Elle très proche de sa tante muette suite à un traumatisme. Cette dernière se sent libre, trop libre aux yeux de certains : elle se présente devant les hommes sans foulard, elle flirte. L'amour va la perdre et elle va entraîner sa jeune nièce dans sa chute.
Un roman court, sans artifice pour dénoncer la condition des femmes et les horreurs d'un régime.
C'est une histoire triste, très triste mais si réelle en même temps. Cela m'a fait penser à l'histoire d'une jeune fille, dont j'ai oublié le prénom, et qui a été pendue avant ses seize ans. Elle avait été condamnée pour relations illégitimes (je ne me souviens plus du terme exact convenant à son soi-disant crime) alors qu'elle avait été abusée.
Publié par Flammarion (2008)
02 août 2008
Burqa ! / Simona Bassano di Tufillo, Jamila Mujahed
Ce que j'aime, lorsque je vais à la bibliothèque municipale, c'est faire des découvertes. Ma dernière découverte est ce livre classé au rayon "bandes dessinées" même s'il ne ressemble pas à une BD. C'est un livre qui a le format et l'épaisseur (48 p.) d'un album pour jeunes enfants.
Le sujet est la burqa ou plutôt comment vivre avec. Le livre se compose de deux parties. Sur la page de gauche, le texte "Ma vie à Kaboul" de Jamila Mujahed. Sur la page de droite, les illustrations de l'italienne Simona Bassano di Tufillo.
"Ma vie à Kaboul" est autobiographique. L'auteur explique l'histoire de la burqa et cela met à mal certaines idées reçues. Les talibans sont arrivés sur un terrain qui avait déjà été préparé par les Moudjahidin, qui, par certaines de leurs actions, avaient imposé peu à peu le port de la burqa. L'auteur parle aussi de ce qu'a représenté pour elle cette obligation de porter ce vêtement lorsque les talibans ont pris le pouvoir.
Les illustrations sont à la fois humoristiques et acides. Elles montrent l'absurdité des situations lorsque les femmes sont obligées de porter la burqa.
Ce livre a reçu le parrainage d'Amnesty International.
Publié par Les Editions de La Martinière (2008)
Jamila Mujahed est journaliste et défenseur des droits de la femme. Elle préside une ONG, "The Voice of Aghan Women's Association and Radio". Elle est la fondatrice du premier magazine féminin afghan, "Malalaî", un magazine qui a vu le jour après la chute des talibans. Elle a reçu de nombreux prix dont le prix Johann Philipp Palm "Pour la liberté de la presse et d'opinion" (voir l'article de Qantara.de)
Simona Bassano di Tufillo est une artiste italienne engagée.
25 avril 2008
Celle de l'autre rive / Mitsuyo Kakuta
Un roman japonais qui aborde le sujet de la condition féminine au Pays du Soleil Levant.
Sayoko, la trentaine, est mariée depuis cinq ans et mère d’une petite fille de trois ans. Elle devrait en bonne mère de famille nippone fréquenter les jardins publics et faire partie d’un groupe de mères au foyer. Telles sont les recommandations données aux mamans dans les livres sur la maternité. Sayoko a suivi toutes les recommandations mais elle n’est jamais parvenue à s’intégrer dans un groupe. Une tare pour une mère. Elle souhaiterait retravailler.
Elle finit par trouver un travail. Sayoko, qui occupait un poste à responsabilité avant son mariage, accepte de devenir femme de ménage. Son travail lui plaît. Elle s’intègre bien au groupe. Sa patronne, Aoi, a elle-aussi une personnalité particulière par rapport à la norme japonaise.
Et c’est la seconde histoire de cet roman : l’adolescence de Aoi. Une adolescente solitaire qui se lie d’amitié avec une autre solitaire, Nanako. Ce fut une adolescente persécutée, ce qui l’obligea à changer d’établissement. Une adolescente fugueuse aussi…
C’est un excellent roman qui aborde certaines aspects de la société japonaise : celle de la difficulté d’intégration, celle des enfants boucs-émissaires, la difficile intégration professionnelle des femmes (Sayoko se fait houspiller par sa belle-mère lorsqu’elle reprend le travail et place alors sa fille à la crèche).
Un roman que je vous conseille vivement.
Mitsuyo Kakuta est née en 1967. Elle est diplômée en littérature de la prestigieuse université tokyoïte Waseda. Ce roman lui a valu d’être distinguée par le Prix Naoki, prix qui récompense les œuvres populaires de jeunes ou d’écrivains prometteurs.
06 avril 2008
Burqas, foulards et minijupes / Anne Lancelot
Anne Lancelot, chef de mission pour des ONG, a vécu huit ans en Afghanistan. Pendant ces années, elle a travaillé pour cinq ONG ou agences des Nations Unies. C'est au cours de son travail qu'elle a fait la connaissance de plusieurs femmes afghanes. En 2006 et 2007, elle a mené des entretiens avec certaines d'entre elles pour leur faire parler de leur vie. Un exercice délicat dont ce livre est le résultat.
Elles sont quatorze à s'être exprimées. Elles ont de 22 à 50 ans et sont mariées, célibataires, divorcées ou veuves. Toutes, sauf un, ont une occupation scolaire ou professionnelle. Comme le rappelle Anne Lancelot dans sa préface, ces femmes sont atypiques : leurs études, leur travail, leurs choix de vie les distinguent de la majorité des femmes afghanes. C'est un livre intéressant. Alors venez écouter Farida, Hanna, Rahima et les autres raconter les guerres, le temps des minijupes, l'exil, le mariage...
Publié par Calmann-Levy (2008)


