Mille et Un Livres

Blog de littératures asiatiques

26 novembre 2008

Conversations sous les toits / Francine Hérail & Nathalie Kouame

Conversations_sous_les_toitsCe livre regroupe les entretiens qu'ont eu deux historiennes françaises spécialistes de l'histoire du Japon. Là, à la lecture de cette première phrase, vous vous dites que ce livre n'est pas forcément pour vous. Détrompez-vous ! Si vous vous intéressez au Japon, à son histoire ou si vous avez envie de découvrir le parcours d'une historienne hors du commun, ce livre peut vous faire passer un bon moment.

Francine Hérail, aujourd'hui septuagénaire, a été l'une des premières japonologues françaises. Elle s'est spécialisée dans l'histoire de l'antiquité japonaise (8è - 12è siècle). Rien ne la prédisposait à une telle carrière. Lorsqu'elle passe le bac à la fin des années 40, elle s'intéresse déjà à l'Extrême-Orient. Mais à l'époque, les Langues O ne proposaient pas beaucoup de débouchés. Par conséquent, il lui fut conseiller de tenter l'agrégation d'histoire. Ce qu'elle fit mais parallèlement, elle entame des études japonaises (langue...). Au début des années 60, elle part pour le Japon où elle restera trois ans.

Ces entretiens ont été réalisés par une de ses élèves, Nathalie Kouame. Cette dernière s'est spécialisée dans l'histoire moderne japonaise (16è - 19è). Ces entretiens retracent le parcours de F. Hérail mais permettent aussi à l'historienne de parler de son rapport au Japon, de sa passion, de la période historique dont elle est la spécialiste. C'est clair, riche, passionnant. Je trouve que ce livre est accessible à tous (le seul préalable : un intérêt soit pour le Japon soit pour la matière "histoire").

Publié par Picquier (2008)

Lors de ces entretiens, a été évoquée une question intéressante : pourquoi porter un intérêt au Japon ? J'en profite donc pour vous signaler un ouvrage d'Anne Garrigue (toujours aux Editions Picquier) : "L'Asie en nous". Il s'agit d'un essai très intéressant consacré à des Français tombés dans la "marmite Asie" (surtout l'Extrême-Orient et l'Asie du Sud-Est).

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02 novembre 2008

Le Moghol blanc / William Dalrymple

Le_Moghol_blancEn 1779, James Kirkpatrick revient en Inde où il est né. Il est britannique, employé de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Vingt ans plus tard, il devient Lord Résident à Hyderabad, état princier musulman du coeur de l'Inde. Et lors d'un mariage, il rencontre une jeune princesse, Khair un-Nissa. Elle est très jeune (environ 14 ans), il a vingt ans de plus. Ils vont se marier, avoir deux enfants. Et à 19 ans, Khair un-Nissa se retrouve veuve. Elle mourra huit ans plus tard.

La quatrième de couverture présente ce livre comme étant "une envoûtante et brûlante saga mêlant passion, séduction et trahison sur fonds d'intrigues de harem et passionnage". Mais il faut redescendre sur terre : ce livre n'est pas un roman et encore moins une saga, au sens où on pourrait l'entendre.

L'auteur, William Dalrymple, est non seulement écrivain mais aussi historien. Et cet épais livre est le résultat de recherches qui l'ont fait voyager entre la Grande-Bretagne et l'Inde à la poursuite des archives (dont certaines ont malheureusement disparues). Il a écrit un livre sur un état princier, celui d'Hyderabad, qui n'a fait l'objet d'aucune étude en anglais. Et cette histoire de mariage indo-britannique est une bonne façon de faire connaissance avec les enjeux de l'époque.

Cette époque est un peu la fin d'une époque. Plusieurs pays européens se battaient pour affirmer leur puissance sur le territoire indien mais c'est la Grande-Bretagne qui s'affirme de plus en plus. Dès l'arrivée des Européens sur le sol indien ( aux alentours du 16ème siècle), une minorité d'entre eux a assimilé la culture indienne, jusqu'à y fonder une famille et se convertir à l'Islam (il y a eu peu de conversions à l'hindouisme, notamment parce qu'on est hindou par la naissance). Ce sont les Moghols blancs. James Achille Kirkpatrick fut l'un d'entre eux. Ce fut aussi l'un des derniers car les Britanniques qui viendront ensuite en Inde prendront beaucoup plus de distance avec la culture locale et créeront une Inde à leur image.

Ce n'est donc pas un roman. On découvre les intrigues de la cour (l'histoire du mariage de Khair un-Nissa est intéressant parce qu'il fait découvrir le poids des femmes malgré leur enferment dans la zenana), les intrigues politiques, les relations avec les Européens, la vie de ces derniers... Les extraits de documents d'époque sont très nombreux. Il y a aussi beaucoup de notes. L'auteur a vraiment voulu expliquer l'histoire, les rôles de chacun... Et finalement, l'histoire d'amour vient assez tardivement. Mais c'est un livre très intéressant. Il m'a permis de découvrir une époque et des faits que je ne connaissais pas du tout.

Publié par Noir sur blanc (2005) et Payot (2008)

Un autre avis : celui d'Agnès (Mon biblioblog)

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28 octobre 2008

Comprendre, connaître l'Inde

Cette année, j'ai complété ma bibliothèque en achetant deux livres très pratiques (parce que je me pose parfois des questions en lisant un roman ou l'actualité).

Petite_histoire_de_l_IndePetite histoire de l'Inde d'Alexandre Astier (Eyrolles - 2007)
L'auteur, spécialiste de l'histoire et des religions indiennes, résume l'histoire de ce pays-continent en moins de 200 pages et 10 chapitres regroupés en trois parties :
- L'Inde ancienne (les origines, les religions...)
- L'Inde et l'Islam (les Moghols...)
- L'Inde et l'Occident (la colonisation, l'indépendance...)
C'est clair, concis, accessible au plus grand nombre.

Atlas_de_l_IndeAtlas de l'Inde : Une fulgurante ascension de Philippe Cadène (Autrement - 2008)
En 5 chapitres, l'auteur, professeur de géographie du développement à Paris VII, présente l'Inde d'aujourd'hui :
- La civilisation indienne
- Population et lieux de pouvoir
- Les espaces ruraux
- Activités économiques et développement urbain
- L'Inde et le monde
Chaque chapitre est illustré de cartes et graphiques réalisés par Guillaume Balavoine.

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16 juillet 2008

Un hors-série consacré à l'Inde

Le_Point"Le Point" vient de faire paraître un hors-série "L'Esprit des civilisations" consacré à l'Inde. Près de 140 pages pour découvir ou redécouvrir ce grand pays.

Ce hors-série comprend 4 parties :
- Histoire
- Religion et philosophie (toutes les religions sont évoquées)
- Société (caste, alimentation, capitalisme...)
- Art et science (musique, danse, mathématiques...)

Parmi les articles, il y a un entretien avec Shashi Tharoor, romancier ("Le Grand roman indien", "L'Emeute", "Show business", "Le Sourire à cinq dollars") et essayiste (son dernier livre est une biographie de Nehru, publié en France, cette année, par les éditions du Seuil).

Ce hors-série est bien construit. Il comprend des annexes intéressantes : chronologie, cartes, panthéon hindou, extraits de textes anciens, bibliographie.

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14 juillet 2008

Au Pays du Soleil Levant

Voici mes lectures japonaises des quinze derniers jours :

Histoire_de_ma_m_reHistoire de ma mère / Yasushi Inoue

Dans ce court récit, Yasushi Inoue revient sur les quinze dernières années de sa mère. Peu à peu, le présent quitte l'esprit de cette femme octogénaire. Ses enfants et ses petits-enfants assistent au développement de la sénélité, sans toujours savoir comment réagir. La vieille femme n'a plus quatre-vingt ans mais trente ans, dix ans. Elle n'est plus une grand-mère mais la mère d'un nourisson.
C'est un récit touchant, universel et actuel.

Publié par Stock (2005)

Au_bout_de_l__ventailAu bout de l'éventail / Jocelyne Godard

Japon, An 1000. Yasumi, dix-huit ans et orpheline de mère, est chassée du domaine de son oncle maternel par sa tante. Elle prend alors la route de Kyoto, où réside son père qui n'a pas voulu d'elle.
Le chemin est long et semé d'embûches pour cette jeune fille cultivée. Embauchée par un médecin, elle doit lui faire face pour éviter qu'il n'abuse d'elle. En chemin, elle trouve aussi refuge dans un temple mais les brigands guettent.
Arrivée à Kyoto, elle n'est pas au bout de ses peines car c'est là que tout commence. Elle souhaite être acceptée par sa famille paternelle et réhabiliter le nom de son grand-père maternel. Rejetée par sa famille, elle trouve de l'aide auprès d'une vieille Chinoise, propriétaire d'une maison de thé. Grâce à elle, Yasumi trouvera sa place dans la cité impériale.
Courtisanes, waka (style poétique), intrigues politiques, influence chinoise... : ce roman, facile à lire, offre un condensé du Japon du XIème siècle.

Publié par Picquier (2008) 

Dans ce roman, il est fait allusion à deux grandes dames du Japon de l'époque : Murasaki Shikibu et Izumi Shikibu.
Pour avoir un aperçu plus vaste de ce que pouvait être la vie de ceux qui gravitaient dans les hautes sphères de la société, je vous conseille la lecture de Journaux des dames de cour du Japon ancien. Ce livre, paru aux éditions Picquier en 1998, offre aux lecteurs les journaux de Murasaki Shikibu, Izumi Shikibu et Sarashina.

AyaAya, conseillère culinaire / Ishikawa Saburô 

Aya est une jeune femme dynamique, tenace et qui a pour métier, celui de conseillère culinaire. En quoi cela consiste-t-il ? Aya est chargée de redresser des établissements en leur proposant son aide sur la décoration, les menus... Elle doit tout faire pour faire revenir le client. Quelquefois, elle peut être chargée de faire "couler" un concurrent.
Elle est confrontée à toute sorte de cas et parfois elle se trouve mêlée à ce qui ne relève plus de la restauration. Elle doit ainsi aider une restauratrice atteinte d'un cancer à transmettre le goût de sa cuisine alors même que le cancer à tué son sens du goût ; aider un restaurant italien à faire face à la concurrence... Pour cela, elle aider par son assistant, Ippei, qui lui a un caractère moins trempé. Un sacré mélange !
Ce manga ne se contente pas de raconter des histoires, il propose aussi des recettes de cuisine (avec photos en noir et blanc) et ce, dans chaque tome.

5 tomes (série terminée) publiés par Doki Doki (2007 & 2008)


Histoire_JaponLe Japon : des samouraïs aux mangas

Je n'ai pas encore lu ce numéro spécial de la revue "L'Histoire" (juillet-août 2008) mais il avait tout à fait sa place dans ce billet.
Dans ce numéro est offert un condensé de l'histoire nippone : la civilisation Jômon (du Xè au Ier millénaire avant notre ère), l'influence chinoise, la fermeture du pays (du XVIIè au XIXè siècle), la révolution Meiji...

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15 juin 2008

Maharanis / Lucy Moore

MaharanisQuand on entend ce mot "maharani", on pense à l'Inde éternelle, celle des palais et des fastes. Mais derrière ce titre, se cachaient aussi des femmes de caractère qui ont su s'adapter à leur époque et à ses changements.
Ce livre n'est pas un roman ni une vision romancée de destins de maharanis. C'est une vraie leçon d'histoire à travers le destin de ces quatre "grandes dames" que furent Chimnabai, sa fille Indira, sa petit-fille Ayesha, sans oublier la belle-mère d'Indira, Sunity Devi. Des destins qu'on pourrait résumer en une expression : "du purdah à la vie politique".
Chimnabai, maharani de Baroda (dont le territoire est aujourd'hui situé dans l'état indien du Gujarat) est née dans la seconde moitié du 19ème siècle. Elle fut mariée à l'âge de 14 ans à un homme qui voulait une épouse éduquée. Alors, elle le fut et développa une vie loin du carcan de la zenana (partie réservée aux femmes dans les palais) et du purdah (système de ségrégation des femmes qui devaient rester invisibles aux yeux des hommes). Chimnabai fut une ardente défenseur de l'égalité des droits pour les femmes. Elle fut plusieurs fois présidente d'une association de femmes et présida, en 1927, la Conférence panindienne des femmes. Lors de ses activités, elle croisa Sunity Devi, maharani de Cooch Behar (qui se trouve dans le nord-est de l'Inde). Sunity était une femme éduquée dans une famille d'intellectuels. Elle croisa plusieurs personnalités comme Tagore, le célèbre écrivain et poète bengali, prix Nobel de littérature en 1913. Par le plus grand hasard, Sunity Devi deviendra la belle-mère d'Indira, la fille de Chimnabai.
Indira fut une rebelle. A 19 ans, elle tomba amoureuse d'un fils du maharajah de Cooch Behar et de Sunity Devi, Jitendra. Mais Indira était promise à un autre, un maharajah en titre. Le mariage prévu n'aura pas lieu. Indira prépare sa fuite avec Jitendra. Le couple se marie à Londres puis regagne le Cooch Behar. Jitendra n'était qu'un fils cadet mais parfois le destin vous rattrape : il devient maharajah et Indira, maharani. Veuve très tôt, Indira ne se comporte pas comme devrait le faire une veuve hindoue. Beaucoup de rumeurs ont d'ailleurs circulé sur sa vie amoureuse.
Indira eut plusieurs enfants dont Ayesha (de son vrai prénom, Gayatri), née en 1919. Adolescente, Ayesha tombe amoureuse du maharajah de Jaipur (aujourd'hui au Rajasthan). Quelques années plus tard, elle l'épouse et devient la troisième épouse d'un homme pour qui la fidélité n'était pas une qualité. Après les oeuvres de bienfaisance, Ayesha se lance en politique au début des années 60 en adhérant à un parti opposé au parti du Congrès (le parti de Nehru et de sa fille, Indira).

C'est un excellent livre riche en informations. Il nous fait découvrir le destin de femmes d'exception sans oublier la grande Histoire, car, entre la naissance de Chimnabai et la vie politique d'Ayesha, le sous-continent indien a connu nombre de bouleversements.
Les Etats princiers ont dû s'adapter aux Indes britanniques et aux exigences d'une administration qui voulait les contrôler et empêcher les princes de quitter leur territoire. Dans le même temps, l'éducation des maharajah et de leurs descendants s'est occidentalisée (études en Grande-Bretagne, en Suisse, y compris pour les filles). Cette occidentalisation poussée entraîna un problème identitaire chez les jeunes générations qui ne reconnaissaient plus leur pays au retour de leurs études en Europe.
Après la première guerre mondiale, le nationalisme est monté, y compris chez les maharanis. L'Inde indépendante naît en août 1948 et la vie change pour les familles princières qui perdent Etat, pouvoir et revenus. Certains membres de ces familles s'adaptent très bien aux changements, ce fut le cas d'Ayesha de Jaipur.

NB : La très belle photo de couverture est celle de la maharani Indira de Cooch Behar en 1938.

NB 1 : La maharani de Jaipur, Ayesha, est toujours en vie et a écrit ses mémoires. C'est la maison d'édition Kailash qui les a publiés en France.

NB 2 : J'ai retenu deux anecdotes. La première concerne les infanticides de bébés filles. Pour endormir les bébés, certaines familles utilisaient de l'opium qui, utilisé à forte dose, pouvait les tuer. La seconde concerne le mariage. En Inde, il y a pour habitude de consulter l'astrologue avant tout mariage hindou. Les horoscopes des deux futurs époux sont analysés. J'ai toujours cru que cela servait à vérifier la compatibilité des deux personnes. Mais, dans cet ouvrage, il est écrit que cela servait à vérifier que la femme allait mourir avant son mari, ce qui est mieux que l'inverse. Si quelqu'un a plus d'informations sur le sujet...

Publié par Payot (2008)

Posté par Naina94 à 20:44 - Inde - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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