15 février 2009
"... Que naître fille sur cette terre était un crime."
Cette phrase est tiré d'un roman d'Amrita Pritam, "Pinjar, le squelette".
En 1935, la jeune Pouro, hindoue, est victime d'un conflit opposant sa famille à une autre famille de leur village. Quelques jours avant son mariage, la jeune adolescente est enlevée par un homme de la famille ennemie, une famille musulmane. Il en fait sa femme. C'est un acte de vengeance. Pouro est très malheureuse suite à cette union forcée. Sur sa route, elle croise d'autres malheureuses comme une petite fille exploitée par sa tante ou une femme violée qui mourra ensuite en couches.
Les années passent. Pouro est devenue mère de famille. Et puis survient la Partition (création de l'Inde et du Pakistan en 1947). Cet évènement entraîne un gigantesque mouvement de population : Des hindous et des sikhs gagnent l'Inde, des musulmans font le chemin inverse. Tout cela se fait dans le sang, les larmes et l'horreur. Des femmes disparaissent, enlevées, violées, tuées. Parmi elles, Lajo. Lajo, la soeur de l'homme que Pouro devait épouser. Elle a été enlevée par un musulman d'un village voisin. Pouro et son mari lui viennent alors en aide...
Ce court roman (170 p.) est un condensé de ce que les femmes peuvent subir. Contrairement à ses personnages, Amrita Pritam, l'auteur, a eu une vie plutôt privilégiée. Née en 1919 dans une ville devenue pakistanaise en 1947, elle est élevée par son père, un lettré qui l'initie à la poésie. Mariée à 16 ans, elle demandera le divorce une vingtaine d'années plus tard. "Pinjar", publiée en 1950, trois ans après son arrivée en Inde suite à la Partition, a été son premier roman et est une de ses oeuvres les plus importantes. En plus d'être romancière, elle fut aussi poète et essayiste. Elle est décédée à Delhi en 2005.
Publié par Kailash (2003)
En complément :
Je vous conseille la lecture d'un livre d'Urvashi Butalia : "Les Voix de la Partition Inde-Pakistan" (j'en avais parlé dans ce billet).
L'auteur a mené un long travail sur les victimes de la Partition. A travers ce livre, elle donne la parole à ceux, surtout des femmes, qui ne s'étaient jamais exprimés sur les drames vécus.
La Partition a entraîné la mort d'environ un million de personnes. Pendant cette période, on estime que 75000 femmes ont été enlévées et violées par des hommes d'une religion différente de leur, voire même par des hommes de même religion.
16 août 2008
Toba Tek Singh / Saadat Hasan Manto
Je lis beaucoup mais je manque souvent de temps pour écrire les billets. Par conséquent, je ne fais pas d'article pour chaque livre lu et lorsque j'en fais un, cela peut être longtemps après avoir refermé le livre. Et c'est le cas pour ce recueil de nouvelles du Pakistanais Saadat Hasan Manto : j'ai refermé le livre il y a déjà trois bonnes semaines.
Avant de parler de son recueil de nouvelles, je vais présenter l’auteur, car la vie de l’auteur a influencé son œuvre. Saadat Hasan Manto a eut une vie à l’image des soubresauts de l’histoire qu’a connu cette région dans la première moitié du 20ème siècle. Il naît en 1912 dans une localité du Pendjab qui restera indienne en 1947. Il passe son enfance à Amritsar, toujours au Pendjab. Sa famille est plutôt aisée et cultivée : son père a une solide culture ourdou et arabo-persane qu’il transmet à son fils. Mais Saadad Hasan Manto a sans doute aussi hérité de la culture arabo-persane de sa mère, dont la famille était originaire de Kaboul. Du côté paternel, on revendique des origines cachemiries (une petite anecdote : l’Inde a aussi connu un autre cachemiri ourdouphone très célèbre, il s’agit de Nehru). Jeune adulte, il sera initié aux littératures française et russe ; il est d’ailleurs le traducteur en ourdou de « Les Derniers jours d’un condamné à mort » de Victor Hugo (traduction effectuée à partir de l’anglais). Saadat Hasan Manto n’a jamais eu un emploi stable de toute sa vie. Il a été journaliste, novelliste et scénariste. En 1947, survient la Partition qui sépare le Sous-continent indien en deux nations : l’Inde et le Pakistan. Manto étant musulman, il part pour le Pakistan où sa femme et le reste de la famille l’ont déjà précédé. Il s’installe à Lahore (Pendjab pakistanais) mais Manto ne pourra jamais y être scénariste, il survivra en écrivant des nouvelles. Son installation au Pakistan a marqué le début de la fin. Manto a sombré dans l’alcoolisme et il meurt prématurément à l’aube de ses 43 ans en janvier 1955. Né dans les Indes britanniques, il est mort Pakistanais.
Son vécu, les évènements historiques et tragiques dont il a été le témoin ont marqués son œuvre. Dans le recueil « Toba Tek Singh », les histoires évoquent les massacres perpétrés par l’armée coloniale (dont Manto a été le jeune témoin à Amritsar, la ville de son enfance) mais le grand sujet est la Partition. Dans la majorité de ses nouvelles, Manto évoque les relations entre les différentes communautés religieuses dans le Raj des années 40 et au moment de la Partition. Cette partition s’est accompagnée de massacres que Manto relate avec force et réalisme. L’auteur n’a aucun parti pris. Il relate ces évènements dont il a été le témoin mais aussi la victime puisqu’il a dû quitter la ville où il avait construit sa vie pour l’inconnu. Le recueil doit son nom à une nouvelle éponyme. Dans cette nouvelle, les autorités des deux nouveaux pays décident d’échanger leurs fous restés du mauvais côté de la frontière au moment de la Partition. C’est sans doute une façon de dire que le monde était devenu fou.
Donc, ce recueil est excellent, par l’écriture, par les thèmes abordés. Saadat Hasan Manto est aujourd’hui l’auteur ourdouphone le plus lu des deux côtés de la frontière indo-pakistanaise. Il réussit à rassembler deux pays (Bollywood y arrive aussi très bien) qui n’arrivent pas à s’accorder côté diplomatique.
Précision : Le recueil de Saadat Hasan Manto est directement traduit de l'Ourdou, ce qui est peu courant. L'Ourdou, qui s'appelait aussi Hindoustani avant 1947, est une langue très proche de l'Hindi (en général, les Ourdouphones peuvent comprendre l'Hindi et vice-versa) et est généralement considérée comme la langue des musulmans du Nord du Sous-Continent indien. Cette langue est langue nationale et officielle du Pakistan. L'Ourdou est toujours parlé en Inde mais n'a pas le statut de langue officielle de l'Union Indienne. Par contre, cette langue est langue officielle dans quatre Etats du pays : Andhra Pradesh, Delhi, Jammu-et-Cachemire, Uttar Pradesh.
Publié par Buchet Chastel (2008)
28 janvier 2008
Mister Candy / Bapsi Sidhwa
Lahore, années 40. Lenny est une petite fille d'une famille parsie (articles de Wikipedia : en français et en anglais) . Victime de la polio, elle en garde des séquelles. Mais cela ne l'empêche nullement d'être une fillette curieuse, énergique. Elle adore son ayah, une hindoue. Elle adore ce monde cosmopolite dans lequel elle vit. Mais l'Histoire est en marche. C'est la fin d'une époque (les Indes britanniques). Un nouveau pays est en train de naître dans la douleur : le Pakistan.
Au fil du récit, le ton change. L'insouciance du début laisse peu à peu la place aux évènements tragiques : la fuite des populations (hindous et sikhs vers l'Inde, musulmans vers le Pakistan), les massacres, les enlèvements et viols des femmes... La famille de Lenny vit ses évènements de près. La famille n'est pas directement menacée (les Parsis forment une petite communauté qui n'a pas pris partie pour un camp ou un autre) mais elle aide les victimes.
Après La Fiancée pakistanaise, j'ai pris plaisir à retrouver la plume de Bapsi Sidhwa (qui a grandi à Lahore et qui est elle-même Parsie, elle a d'ailleurs la même façon d'évoquer sa communauté que l'écrivain indien parsi Rohinton Mistry).
Publié par Actes Sud (1997)
J'ai déjà écrit quelques notes sur les romans indiens et pakistanais évoquant cette période : vous les trouverez ici, là et encore là.
Edit du 30/01/08
A découvrir, le site de l'auteur : www.bapsisidhwa.com
29 novembre 2007
Train pour le Pakistan / Khushwant Singh
En 1947, les Britanniques quittent leur Empire des Indes. L'Inde obtient son indépendance et le Pakistan est créé. Cette séparation s'appelle la Partition et s'est accompagnée d'un gigantesque mouvement de population : des Musulmans quittent l'Inde pour le Pakistan, des Sikhs et des Hindous font le chemin inverse. Cet exode s'est fait dans la violence (meurtres, viols, enlèvements...).
La Partition est le sujet de ce roman. Mano Majra est un village du Punjab qui rassemble des familles sikhs, musulmanes et une famille hindoue. Ce sont des paysans partageant la même culture et la même langue. A l'été 1947, leur province est coupée en deux. Les villageois voient passer les trains de l'exode, trains peuplés de vivants mais aussi de cadavres. L'îlot de paix et d'harmonie entre les communautés va se transformer en îlot de haine...
Khushwant Singh est né en 1915 dans la partie du Punjab devenue pakistanaise. Sikh, il a dû fuir vers l'Inde.
Publié par Autrement (2005)
En août, j'avais écrit deux articles sur les 60 ans de l'Inde et du Pakistan, articles comprenant des titres de livres sur le même thème : à lire ici et là.
15 août 2007
L'Inde aussi fête ses 60 ans
L'Inde est devenue indépendante le 15 août 1947, tout comme son voisin. La naissance de ces deux Etats résulte d'une division de l'ex-colonie britannique appelée la Partition. Cette division a engendré un gigantesque mouvement de population (12 millions de personnes déplacées) accompagné de violences (un million de morts, des milliers de femmes victimes de violences sexuelles commises par des hommes d'autres communautés).
Parmi les ouvrages en français traitant du sujet de la Partition :
- Tamas / Bisham Sahni ( Publié par Gallimard - 2007)
- Les Voix de la Partition Inde-Pakistan / Urvashi Butalia (Publié par Actes Sud - 2002)
Dans cet ouvrage, l'auteur s'attache à décrire les violences contre les femmes lors de la Partition. Elle commence son livre en expliquant sa démarche de chercheur et l'histoire de sa famille, originaire de territoires aujourd'hui situés au Pakistan et séparée par la frontière. Par la suite, elle dévoile les récits recueillis lors de son enquête, des récits tous plus poignants les uns que les autres et mettant en avant l'horreur qui a accompagné les deux indépendances. Je vous recommande fortement la lecture de cet ouvrage.
Le "Guardian" a aussi consacré un article à la littérature indienne : à lire ici.
Deux autres articles ont été publiés sur les blogs du journal : à consulter ici et là.
Mise à jour du 16 août : Un nouvel article dans le "Guardian".
Les 60 ans du Pakistan
Le Pakistan fête cette semaine le 60ème anniversaire de son indépendance acquise le 15 août 1947. Parmi les articles publiés dans les médias, un s'intéresse à la littérature pakistanaise de langue anglaise. Il s'agit d'un article du "Guardian". Si vous souhaitez le lire, cliquez ici.
Un roman en français évoque cette période :
Mister Candy / Bapsi Sidhwa (Publié par Actes Sud - 1997)
