Mille et Un Livres

Un voyage en Asie grâce aux livres ou comment voyager sans bouger de son fauteuil !

24 novembre 2009

Une femme à Berlin

Une_femme___Berlin

Berlin en 1945 est un champ de ruines. Au milieu de ces ruines tentent de survivre des hommes, des femmes et des enfants. Parmi eux, une femme, la trentaine, issue d'une famille bourgeoise, journaliste. D'avril à juin 1945, elle a tenu un journal. Cette femme a souhaité rester anonyme et à la lecture de ses textes, on comprend mieux les raisons de son choix. Ses écrits ont choqué les lecteurs allemands des années cinquante.

Son témoignage est brut, sans fioritures, sans occultation des évènements et des faits les plus douloureux. Il y a les bombardements américains, la faim, la vie dans une cave, la peur. Aux bombardements succèdent la présence de l'armée soviétique. Ces soldats s'emparent de la ville et de ses femmes. Cette anonyme n'a pas souhaité taire les viols de masse dont elle a elle-même été victime.

Ce témoignage apporte un éclairage sur la façon dont les civils allemands ont vécu la fin de la guerre. Ce qui surprend dans ce récit est l'absence d'abattement de l'auteur. Elle manifeste une grande force de résistance.

Des extraits (la pagination correspond à l'édition 2006) :

"Petit à petit, nous nous mettons d'ailleurs à parler des viols avec humour, mais un humour noir." (p.127)
"Je suis bien adaptée à ce bas monde, je ne suis pas une petite nature." (p. 176)
"Ceux auxquels le sort a infligé un excès de souffrances, comme nous aujourd'hui, ne peuvent s'en sortir qu'en se blindant." (p. 176)

Publié par Gallimard (2006) & Folio (2008) / Traduit par Françoise Wuilmart

Lecture complémentaire

Hans Fallada a écrit un roman intéressant sur la vie des Allemands pendant la guerre. Dans "Seul dans Berlin", il raconte la vie dans un immeuble berlinois.

11 novembre 2009

Résistance

La_Rose_Blanche

En ce 11 novembre, j'ai choisi de parler d'un livre qui évoque non pas la Première Guerre mondiale mais la Seconde, plus précisément la résistance allemande. On l'oublie souvent mais des Allemands se sont opposés au nazisme. Parmi les plus connus, Hans et Sophie Scholl.

Leur soeur, Inge Scholl, a écrit un court récit sur leur vie et leur engagement. Nés dans une famille bavaroise, le frère et la soeur participent aux jeunesses hitlériennes. Et puis, peu à peu, les doutes se font jour, notamment chez Hans qui de rentre de moins en moins dans le moule. Après le lycée, Hans intègre la fac de médecine et participent aussi à des campagnes militaires, notamment à la campagne de France.

En 1942, Hans devient un des piliers du groupe de résistants "La Rose Blanche", bientôt rejoint par Sophie qui a découvert ses activités clandestines.

Le groupe diffuse des tracts, dont les textes sont reproduits à la fin du récit. Le 18 février 1943, Hans et Sophie en diffusent à l'université lorsqu'ils sont pris au piège par le concierge. Arrêtés, interrogés, ils sont jugés, condamnés à mort et exécutés le 22 février 1943.

Le récit a pour sous-titre "Six Allemands contre le nazisme". Et il ne faut pas oublier les quatre autres résistants, trois étudiants et un professeur d'université, eux-aussi exécutés : Christoph probst (exécuté le même jour), Alexander Schmorell, Willi Graf et Kurt Huber.

Publié par Les Editions de Minuit (2006) / Traduit par Jacques Delpeyrou

Dans ma LAL, figure un autre livre sur Hans et Sophie Scholl : "Lettres et carnets" (Ed. Tallandier, 2008)

Sur la résistance allemande, j'ai lu il y a quelques années "La Résistance des coeurs" de Nathan Stolzfus (Phébus, 2002). Ce livre rappelle le courage de femmes allemandes non-juives qui se sont battues pour sauver leur mari juif.

19 août 2009

La Harpe de Birmanie / Michio Takeyama

La_Harpe_de_Birmanie

Birmanie, été 1945. La guerre est sur le point de se terminer. Les soldats japonais, occupants en déroute de la colonie britannique, sont traqués par l'armée britannique. Certains de ses soldats font partie d'une compagnie où le chant tient une place prépondérante, c'est "la compagnie qui chante". Ces soldats traqués sont finalement faits prisonnier. Mais un soldat manque à l'appel. Il s'agit du caporal Mizushima, le harpiste de la compagnie, parti aider les soldats d'une autre compagnie en déroute dans la jungle. Sa disparition est un mystère.

Mizushima, bouleversé parce qu'il a découvert dans la jungle, s'est en fait attribué une mission : celle de rassembler les restes des soldats japonais tombés au combat et de leur rendre hommage. Cette mission représente désormais toute sa vie et pour cela, il renonce à rentrer au Japon.

"La Harpe de Birmanie" est un beau roman empli d'humanité alors que l'histoire se déroule à la fin d'une période pendant laquelle les hommes ont montré toute l'étendue de cruauté dont ils étaient capables. Ce roman figurait sur ma LAL depuis de nombreux mois et je n'ai pas été déçue par cette lecture.

Ce roman, inspiré de faits réels, a été publié en 1947 et a aussi été adapté au cinéma par Kon Ichikawa en 1956.

Publié par Le Serpent à plumes (2006)

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06 juin 2009

Le Professeur de piano / Janice Y.K. Lee

Le_Professeur_de_pianoHong Kong, début des années 50. Claire, jeune Anglaise, débarque dans la colonie britannique pour rejoindre son mari, tout juste épousé. Elle trouve un emploi de professeur de piano au sein d'une famille chinoise. L'une des particularités de cette famille est d'avoir pour chauffeur particulier un Anglais, William. L'explication de cette situation particulière est à chercher dans le passé, un passé proche.

En 1941, la guerre gronde mais rien ne vient troubler la quiétude de la colonie. William vient d'arriver et peu de temps après, il rencontre une jeune et jolie Eurasienne, Trudy. Cette femme l'introduit dans la bonne société hongkongaise. Mais la guerre finit pas gagner Hong Kong. Les Japonais occupent le territoire et les Occidentaux originaires de nations ennemies du Japon sont internés...

Un roman passionnant qui m'a happée. L'ambiance du Hong Kong des années 40 et 50 est bien retranscripte. L'histoire des personnages est très intéressante, l'histoire du Hong Kong des années 40 est aussi rendue de façon intéressante.

Un premier roman à découvrir.

Un autre avis : celui de Cuné.

Publié par Plon (2009)

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17 mai 2008

Une prochaine parution à noter absolument

En juin, normalememt le 5, les éditions 10/18 publieront un roman que je vous conseille de lire. Son titre : Quand l'empereur était un dieu. Ce roman de l'Américaine Julie Otsuka aborde un sujet très peu connu en France : l'internement, dans des camps aux Etats-Unis,  pendant la Seconde guerre mondiale des individus d'origine japonaise, dont une partie avait la citoyenneté américaine. Pour écrire cette histoire, l'auteur s'est inspirée de la propre histoire de ses grands-parents.
Printemps 1942, dans une ville de Californie, des affichettes fleurissent un peu partout. Elles invitent les habitants d'origine japonaise à évacuer les lieux. Et une femme se prépare à le faire. Le lecteur la suit dans ces dernières journées d'une vie normale. Puis c'est le départ vers l'inconnu en train, un train dont les vitres ont les rideaux tirés lorsqu'il traverse des zones habitées. Enfin, c'est l'arrivée dans le camp d'internement au milieu de nulle part. Un lieu où il faut recréer un semblant de vie avec le minimum d'effets et surtout sans liberté.
C'est un roman prenant, poignant. Et 4 ans après l'avoir lu, je me souviens très bien des images qui avaient accompagnées ma lecture.
Le nombre de Japonais internés aurait été de 110000 (je ne suis pas sure de mes sources). Et ce n'est qu'en 1988 que le Congrès américain a présenté ses excuses et offert une compensation financière aux survivants. Les Nippo-Américains ont leur musée à Los Angeles et dans ses collections, se trouvent les oeuvres de plusieurs internés .

Otsuka

01 mars 2008

Se taire est impossible / Jorge Semprun, Elie Wiesel

Se_taire_est_impossibleEn 1995, à l'occasion du cinquantenaire de la libération des camps de concentration, Arte diffusait une série d'émissions sur le sujet. Le 1er mars 1995, elle diffusait "L'Entretien entre Elie Wiesel et Jorge Semprun". Tous les deux ont connu l'expérience des camps, le premier parce qu'il était Juif, le second parce qu'il était résistant. Ce court ouvrage est une transcription de l'échange entre ces deux grandes figures qui s'étaient croisées à Buchenwald en 1945 sans se connaître. Au cours de leur discussion, ils ont parlé de leur vécu, à la fois semblable et différent, et abordé des thèmes essentiels comme la transmission de ces évènements aux jeunes générations, la non-réaction de beaucoup de pays pendant la guerre alors que certains savaient ce qui se passait, le parallèle avec l'histoire récente... C'est une discussion riche et donc difficile à résumer. Si je ne devais retenir qu'une chose, ce serait cette phrase d'Elie Wiesel : "Se taire est interdit, parler est impossible".

Publié par Mille-Et-Une-Nuits et Arte Editions (2007)

06 janvier 2008

Femmes de réconfort / Jung Kyung-a

Femmes_de_r_confortCe manhwa aborde un sujet difficile et tragique de l'histoire de la Seconde guerre mondiale : les esclaves sexuelles de l'armée japonaise.
Des femmes qui se sont tues pendant 50 ans ont livré leur témoignage. Le contexte est aussi expliqué : lors de l'annexion de territoires par l'armée à partir des années 30, des viols ont été commis par les soldats japonais sur les femmes des populations locales. Il y avait aussi le problème des maladies vénériennes. Pour remédier à cette situation, des bordels officiels réservés à l'armée sont mis en place. Mais où trouver des femmes ? Les prostituées japonaises refusent. Les "recruteurs" se sont alors tournés vers leur colonie, la Corée, et ont utilisé l'arnaque à l'embauche, l'enlèvement, la violence pour remplir ces bordels.
La plupart des femmes victimes étaient Coréennes. Mais d'autres Asiatiques en ont été victimes, ainsi que des Occidentales. Le Japon continue à nier les faits.
C'est un manhwa au graphisme simple mais le plus important dans ce livre est le sujet abordé. Parler des "femmes de réconfort" sous la forme d'une BD est une bonne idée car elle peut atteindre un public qui ne s'intéresse pas aux  livres d'histoire.

Publié par Au Diable Vauvert & 6 Pieds Sous Terre (2007)

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01 septembre 2007

La Seconde guerre mondiale dans les romans japonais

J'ai récemment présenté Les Feux de Shôhei Ooka. Il existe d'autres romans sur le même thème. Je vous en présente deux, dont la lecture sera plus facile que "Les Feux", tout en restituant correctement ce que peuvent être les horreurs et les conséquences d'une guerre.

La_Guerre_des_jours_lointainsLa Guerre des jours lointains / Akira Yoshimura
Takuya était soldat dans le sud de l'archipel japonais. A l'annonce de la défaite, les soldats, dont Takuya, reçoivent l'ordre d'exécuter les prisonniers de guerre. Quelques semaines plus tard, Takuya apprend qu'il est recherché, considéré comme un criminel de guerre pour l'exécution d'un soldat américain. Il décide de fuir et d'errer. Au cours de cette errance forcée, il entame une réflexion sur la guerre et la culpabilité. Pourquoi serait-il considérer comme un criminel et pas les soldats américains ayant bombardé le pays, en particulier Hiroshima et Nagasaki.
Dans ce roman, l'auteur présente deux périodes de l'histoire du Japon : les dernières semaines de la Guerre et l'immédiate après-guerre dans un pays dévasté et occupé.
Publié par Actes Sud (2004); et Babel (novembre 2007)

IllusionsIllusions / Haruo Umezaki
L'histoire de ce roman commence vingt ans après la fin de la guerre. Le narrateur, ancien soldat et fragilisé par le vécu de la guerre, décide de faire un voyage vers le passé. Il retourne sur les lieux de son passé de soldat : la guerre, les morts...
Haruo Umezaki (1915-1965) fut lui-même soldat durant cette guerre. Ses écrits sont d'ailleurs en partie autobiographiques. "Illusions" fut publié au Japon l'année de sa mort.
Publié par les Editions du Rocher (2006)

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29 août 2007

Les Feux / Shôhei Ooka

Les_feuxC'est un livre difficile à lire en raison du sujet abordé et surtout des détails apportés. Ce roman raconte en courts chapitres la "vie" d'un soldat japonais aux Philippines dans les derniers mois de la Seconde guerre mondiale. J'ai volontairement mis des guillemets au mot "vie" car peut-on parler de vie lorsqu'on est plongé dans des ténèbres.
L'histoire est celle de Tamura, soldat, qui a le choix entre rester à l'hôpital ou se suicider. "J'ai compris. Moi, soldat Tamura de première classe, je vais me rendre immédiatement à l'hôpital, et si je n'y suis pas admis, je mettrai immédiatement fin à mes jours". Cet extrait met tout de suite dans l'athmosphère du roman. Mais Tamura ne peut pas rester à l'hôpital. S'en suit une longue errance dans la jungle, dans l'horreur de la guerre et la folie des hommes. Ce roman est une longue réflexion sur la vie et la mort.
C'est un très beau roman écrit par un homme qui a lui-même connu la guerre. Shôhei Ooka (1909-1988)  fut mobilisé en juin 1944 et envoyé comme simple soldat aux Philippines. Surpris par le débarquement des Américains, il a erré pendant 40 jours avant d'être capturé et de finir la guerre dans un camp de prisonnier.

Publié par Le Livre de poche (2003)

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