Mille et Un Livres

Un voyage en Asie grâce aux livres ou comment voyager sans bouger de son fauteuil !

13 novembre 2009

Hélène Berr, une vie confisquée

Je ne vais pas vous parler du Journal qui a bouleversé nombre de ses lecteurs mais d'une exposition, organisée par le Mémorial de la Shoah, autour des écrits de cette jeune femme, disparue en 1945 à Bergen-Belsen à seulement 24 ans.

Son journal s'ouvrait sur le récit d'une journée de printemps, journée de bonheur car elle obtenait un livre dédicacé par Paul Valéry. Cet ouvrage est l'un des objets de l'exposition. Autres objets : des cahiers de classe, une carte postale écrite par Hélène Berr, l'étoile jaune portée par son père. Mais l'essentiel de l'exposition concerne son journal : des extraits ont été reproduits, quelques uns sont à écouter (des extrais lus par sa nièce, Mariette Job, et par l'actrice Elsa Zylberstein) et des feuillets du manuscrit sont visibles, on peut les lire, voir son écriture fine. Il y a aussi des photos d''Hélène, de sa famille, des témoignages vidéo de personnes qui ont connu ou croisé la jeune femme.

L'exposition ne s'arrête pas là. Les organisateurs ont aussi mis en relief le contexte historique. Ils l'ont fait de façon simple mais marquante. Pas de longs textes mais des documents qui rendent ces faits si lointains plus proches : des instructions, des ordonnances allemandes qui réglementent strictement la vie quotidienne des Juifs. Et puis, il y a ces documents touchant parce que l'on connaît la suite de l'histoire : ces instructions donnés aux forces de l'ordre pour cette rafle qui prendra le nom de rafle du Vel d'Hiv et puis cette liste de nom, la liste du convoi 70 du 27 mars 1944 qui comprend les noms d'Hélène Berr et de ses parents.

Mémorial de la Shoah, Paris, jusqu'au 31 mars 2010

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06 octobre 2009

En enfer

Sonderkommado

Il est des livres difficiles à livre mais indispensables. Tel est le cas de Sonderkommando, le témoignage de Shlomo Venezia, l'un des rares survivants de ces commandos spéciaux composés de juifs chargés des tâches les plus ingrates au coeur des crématoires d'Auschwitz-Birkenau.

Shlomo Venezia est né au sein de la communauté juive de Salonique (Grèce). Sa famille, dont les ancêtres ont vécu en Italie (d'où le nom de famille et la citoyenneté italienne), n'est pas spécialement pratiquante et vit à cheval entre le quartier juif et la ville grecque. Shlomo connaît une enfance marquée par la disparition de son père et la montée du fascisme au sein de la communauté italienne de la ville.

Puis viennent la guerre, les rafles et les déportations. Shlomo se retrouve pris en piège en mars 1944. Quelques jours plus tard, il est déporté à Auschwitz. Et contre une double ration de nourriture, il va se porter volontaire pour un travail. Shlomo se retrouve dans le sonderkommando. S'en suit une description de ce que ce jeune homme a vu et vécu. Il ne raconte que ce qu'il a vu, ce qu'il a fait : comment ces juifs aidaient les victimes à se déshabiller avant l'entrée dans la chambre à gaz, la récupération des dents en or et des cheveux...

Ce livre est organisé comme un dialogue avec Béatrice Prasquier. Shlomo Venezia est un témoin aux mots simples pour décrire l'une des plus grandes horreurs de l'histoire récente. Il est l'un des rares rescapés des sonderkommando car ces hommes étaient éliminés au bout de quelques mois de travail, témoins gênants de la politique d'extermination mise en place par les nazis.

Publié par Albin Michel (2007) et Le Livre de Poche (octobre 2009)

01 août 2009

Le Temps des prodiges / Aharon Appelfeld

Le_Temps_des_prodiges

En 1938, le monde change sous les yeux de Bruno, douze ans, rejeton d'une famille juive autrichienne. D'abord, un voyage en train est interrompu par un contrôle pendant lequel les non-chrétiens doivent se signaler. Le garçon et sa famille assistent ensuite à l'arrivée d'une vague de réfugiés juifs. Puis, le père, écrivain, est la cible de violentes attaques sur son oeuvre, des attaques antisémites... Deux décennies après la fin de la guerre, Bruno, désormais installé à Jérusalem, revient dans sa ville natale. Tous ont été témoin des évènements, aucun n'avait réagi et aucun ne se repent de son inaction d'alors.

Aharon Appelfeld ne détaille pas les évènements de l'époque. Son style est sobre et c'est par de petites touches qu'il explique au lecteur la montée du nazisme et la route vers l'inéluctable. Ce style simple, sobre mais qui s'est faire passer l'essentiel était déjà celui du premier livre de l'auteur que j'ai lu, "Tsili", roman racontant l'histoire d'une petite fille qui tente de survivre pendant la guerre tout en cachant sa judaïté.

Aharon Appelfeld, romancier israëlien, est né en 1932 en Roumanie. Survivant de la Shoah, la vie des Juifs d'Europe avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale est au centre de son oeuvre. En 2004, il a remporté le Prix Médicis étranger pour "Histoire d'une vie", récit autobiographique.

Publié par Points (2004)

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01 mai 2009

Survivants

Le titre n'est pas annonciateur de gaité et effectivement, les livres dont il est question dans ce billet traitent d'un thème douloureux. Il s'agit de deux romans israëliens qui mettent en scène, donnent la parole à des survivants de la Shoah installés en Israël.

Jours_tranquilles

Ce thème, Lizzie Doron l'a déjà abordé dans son émouvant "Pourquoi n'es-tu pas venue avant la guerre ?" . Son second roman "Jours tranquilles" se déroule dans un quartier de Tel-Aviv. C'est dans ce quartier que se sont installés des rescapés. Ils ont dû réapprendre à vivre dans un pays neuf mais ils ne peuvent oublier ce qu'ils ont vécu "là-bas". Ce "là-bas" disparu renaît dans le roman à travers les histoires des uns et des autres, à travers les mots yiddish et les allusions aux shetl. Ce second roman est bien écrit mais il m'a moins marquée, émue que le premier.

Les_gens_insdispensables_ne_meurent_jamais

"Les Gens indispensables ne meurent jamais" m'a, lui, prise aux tripes. Ce roman d'Amir Gutfreund est une vraie réussite.
Dans un quartier de Haïfa se sont installés des rescapés. Et c'est là que vivent aussi Amir et Efi, enfants de rescapés. Pour eux, tout adulte est un grand-parent. Il y a grand-père Yosef, grand-père Lolek, grand-père Heinek... Des hommes peu bavards sur leur passé, ou alors juste des bribes de ci, de là. Insuffisant pour Amir qui, garçon puis adulte, veut toujours en savoir plus. Alors, ces grand-pères touchants finissent par parler... Et on écoute les horreurs vécues, l'enfer traversé, les souvenirs des disparus...
Ce roman est construit autour des souvenirs du passé. Les récits ne sont pas linéaires à l'image de la mémoire humaine. Plus que les souvenirs, ce roman aborde aussi des questions délicates comme la justice et le pardon, les relations avec les Allemands d'aujourd'hui. 
Ce roman d'Amir Gutfreund est le premier traduit en français. Il a remporté un vif succès en Israël. Etant donné que le narrateur a le même prénom que l'auteur, lui-même enfant de survivants, je me suis demandée si ce roman était autobiographique. Après des recherches sur le web (voir ici l'interview de l'auteur dans Bibliobs), il s'avère que c'est un roman dans lequel ont été insérés quelques souvenirs familiaux. Ce roman a obtenu le Prix Sapir (équivalent israëlien du Goncourt). 

Le roman de Lizzie Doron a été publié par les Editions Héloïse d'Ormesson (2009).
Le roman d'Amir Gutfreund a été publié par Folio (2009).

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26 avril 2009

Le Journal de Ruth Maier

Le_Journal_de_Ruth_Maier

En 1995, à la mort de Gunvor Hofmo, poétesse norvégienne, Jan Erik Vold a récupéré les carnets de Ruth Maier. Il a entreprit d'archiver et de classer les divers documents. De ce travail est né ce livre qui reproduit une partie du journal de Ruth Maier mais aussi ses dessins, photos, poèmes.

Qui était Ruth Maier ?

Elle naît en 1920 à Vienne en Autriche dans une famille bourgeoise et juive. Elle écrit dès l'âge de douze ans, perd son père à treize ans et assiste à la montée du nazisme en Allemagne puis en Autriche. Elle fête ses dix-huit ans le jour même de la tristement célèbre Nuit de cristal. L'année suivante, alors que sa soeur cadette est déjà partie en Grande-Bretagne, elle trouve refuge en Norvège. Le but est de rejoindre la Grande-Bretagne. Malheureusement, elle n'y parviendra pas. Même si les Allemands occupent la Norvège dès 1940, les Juifs ne seront pas inquiétés avant 1942. En mars 1942, les Juifs doivent répondre à un questionnaire. En octobre, a lieu la première rafle qui ne concernent que les hommes. La seconde rafle se produit le 26 novembre 1942 et cette fois, les femmes et les enfants ne sont pas épargnés. Ruth est victime de cette seconde rafle. Déportée à Auschwitz, elle meurt dès son arrivée.

Le journal

Il y a quelques mois, j'ai lu le Journal d'Hélène Berr. Je n'ai donc pas pu m'empêcher de comparer ces deux journaux. Le Journal de Ruth Maier couvre une plus large période de la vie de l'auteur. En effet, Jan Erik Vold nous propose des écrits s'étalant de 1933 à 1942. Ruth Maier ne s'est pas contentée d'écrire son journal, elle écrivait aussi des poèmes, elle dessinait. Et une partie de ses oeuvres sont reproduites avec le journal. Des lettres échangées avec sa famille réfugiée en Grande-Bretagne ont aussi été insérées dans l'ouvrage.
Ruth vit une période historique particulière mais j'ai trouvé que son journal ne la reflètait que très peu. Ses écrits parlent surtout d'elle, de ses ambitions, de ses doutes, de sa quête éternelle de l'amour.
Ce livre est publié par une maison d'édition peu connue et je me suis demandée si elle n'avait pas décidé de surfer sur le succès des livres précédents identiques. Et puis, finalement, j'ai trouvé ce livre intéressant. Même deux semaines après avoir fini la lecture de ce livre, je reste marquée par le destin de cette jeune Autrichienne.

En guise de conclusion

A dix-sept ans, Ruth Maier écrivait qu'elle voulait être célèbre. Son nom est aujourd'hui publié mais malheureusement associé à une tragédie.

Publié par K & B (2009)

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06 octobre 2008

Dans les pas des Disparus

Il y a quelques mois la blogosphère littéraire a vu fleurir les billets sur un livre qui a secoué plus d'un lecteur : Les Disparus de Daniel Mendelsohn.

Ce livre comprend des photographies en noir et blanc, la plupart d'entre elles sont l'oeuvre de Matt Mendelsohn, le frère de Daniel et photographe à "USA Today". Ces photos sont actuellement exposées au Mémorial de la Shoah : Dans les pas des Disparus.

N'ayant pas pu inviter Daniel Mendelsohn lors de la parution de son livre l'an dernier et profitant de l'exposition autour des photos, le Mémorial de la Shoah organisait hier dimanche une rencontre avec Daniel et Matt Mendelsohn.

Cet évènement a attiré un public nombreux. Tellement nombreux qu'en plus de l'auditorium (complet depuis un mois), deux autres salles ont accueilli du public pour une retransmission vidéo de la rencontre. J'étais une chanceuse puisque j'étais dans l'auditorium avec Daniel et Matt Mendelsohn en chair et en os.

La rencontre, qui a duré une heure et quart, a été bien animée avec des questions posées par l'animateur mais aussi de nombreuses questions du public.

J'ai essayé de vous retranscrire les éléments les plus intéressants. Les éléments en gras sont mes créations, j'ai voulu rassembler dans un même paragraphe des propos tenus à des moments différents mais se complétant. Pour des raisons pratiques, j'ai décidé de nommer les invités par leur seul prénom, n'y voyez aucune familiarité. J'espère ne pas avoir dénaturé les propos des deux invités.

Un livre sur la Shoah ?
Avant d'être un livre sur la Shoah, ce livre raconte une histoire de famille. Daniel voulait écrire l'histoire de ce grand-oncle, seul membre de la famille dont l'histoire était inconnue. Et avant d'être un livre, cette histoire était une idée d'article pour le New York Times. Pour cet article, Daniel a eut besoin d'un photographe et il a fait appel à son frère.
Au départ, Daniel ne savait pas ce qu'il allait trouver. Il voulait juste en savoir plus sur la vie de membres de sa famille. En fait, ce livre raconte d'abord la vie d'avant...

Une histoire de frères
Le livre raconte l'histoire de leur grand-oncle, frère de leur grand-père maternel. La relation entre les deux hommes était parfois tendue. Et c'est cette tension que Daniel a voulu transcrire en insérant des extraits bibliques dans le livre.
Le long travail de recherche qui a donné naissance à ce livre est aussi le travail de deux frères, deux frères que cette recherche a rapprochés.

Les photos
Daniel a effectué seul son premier voyage en Ukraine (Edit du 13/10 : En fait, non. Voir la précision apportée en commentaire). De retour chez lui, il a senti qu'il était nécessaire que des photos soient prises. En effet, son livre est aussi un livre sur les preuves et il voulait que le lecteur ait ces preuves et les déchiffrent (d'où l'absence de légendes pour accompagner les photos).
Du côté de Matt, le travail est devenu de plus en plus difficile. Au fil de l'avancée des recherches, il avait du mal à conserver son objectivité journalistique.
Une petite remarque de Matt (dite avec humour) : il aurait préféré que le livre soit moins épais et les photos plus grandes.

La transmission
Daniel se considère comme un vaisseau de transmission. Il fait partie de la dernière génération à connaître les survivants. Pour lui, il faut, si possible, écrire ce que c'était de connaître ces personnes.
De son côté, Matt a rappelé que, lors des rencontres, il a fallu travailler vite car les témoins étaient âgés.

Pourquoi cette recherche maintenant ?
Les deux frères ont commencé leur longue enquête il y a dix ans environ. Cela aurait été impossible plus tôt car il y avait le Rideau de fer. Mais s'ils avaient commencé plus tôt, ils auraient peut-être rencontré plus de personnes.

Les rencontres (pendant et après l'enquête)
Pendant l'enquête, Daniel et son frère ont été amenés à rencontrer nombre de témoins dans sept pays différents. Daniel essayait toujours de leur plaire afin d'obtenir leur témoignage. Matt était, quant à lui, plus exigeant pour obtenir les photos qu'il souhaitait (et il réussissait !).
Daniel est toujours en contact avec certains témoins. Et la parution du livre lui a fait rencontrer d'autres personnes, comme des descendants des Juifs de Bolechow ou ceux des bourreaux de l'époque.

Impact des recherches sur leur judaïté
Daniel étant non-croyant, cela n'a rien changé. Il a quand même le sentiment de faire partie d'une judaïté globale (concept plus intellectuel que religieux).
Pour Matt, cette recherche l'a rapproché d'une partie de la famille. Il a aussi pris conscience de faire partie d'un ensemble plus large que la famille.

Les différentes éditions du livre
Ce livre est donc paru aux Etats-Unis, en France, en Espagne, en Israël... Dans quelques jours, il sort en Pologne. Une traduction allemande vient de commencer.
Pour Daniel, une bonne traduction fait partie du succès du livre (et il a pu vérifier l'édition française puisqu'il est francophone).
A une personne du public qui demandait si une traduction russe ou ukrainienne était prévue, Daniel a répondu que ce n'était pas le cas et que cela n'arriverait jamais. Pour lui, il est impossible d'imaginer que des Ukrainiens puissent vouloir lire ce livre car ils se voient uniquement en victimes et qu'ils ne sont pas prêts pour affronter la vérité.

Cette rencontre a passé trop vite. Cétait une rencontre intéressante avec deux personnes semblant très sympathiques, à l'écoute du public et acceptant de débattre.

12 septembre 2008

Journal / Hélène Berr

JournalAprès les journaux d'Anne Frank et Etty Hillesum, voici celui de Hélène Berr.

Hélène a 21 ans en 1942. Elle vit dans le 7ème arrondissement de Paris au sein d'une famille bourgeoise et heureuse. Hélène est une jeune femme passionnée de littérature et de musique. Elle joue du violon et est bibliothécaire bénévole au sein de la bibliothèque de l'Institut d'anglais de la Sorbonne. Brillante étudiante angliciste, elle se destinait à l'agrégation mais étant juive, ce concours lui ait interdit d'accès en vertu des lois anti-juives du régime de Vichy. Alors, elle s'est lancée dans la préparation d'une thèse sur Keats.

Son journal s'ouvre sur une journée d'avril 1942 où elle récupère un livre de Paul Valéry. Les premières semaines relatées dans le journal respirent la joie de vivre : les études (elle truffe son journal d'expressions anglaises), les amis, les journées à Aubergenville. Puis tout se gâte. Il y a d'abord, en juin 1942, l'obligation de porter l'étoile jaune, "l'insigne" comme elle l'appelle. Elle tente de résister mais se soumet finalement à la loi. Elle raconte la première sortie, les regards des autres qui se révèlent parfois bienveillants et, dans le métro, la brutalité d'un contrôleur qui lui ordonne de se rendre dans le dernier wagon, seul wagon autorisé pour les Juifs. La seconde épreuve sera plus cruelle : son père, vice président-directeur général d'une grande entreprise de l'industrie chimique, est arrêté et interné à Drancy. Il sera finalement libéré contre le versement d'une rançon par son entreprise. En juillet 1942, Hélène s'engage en tant qu'assistance sociale bénévole auprès de l'UGIF (Union Générale des Israélites de France) qui sert d'interface avec l'occupant allemand. Enflent alors les rumeurs de rafles et à la date du 15 juillet 1942 (p.104), elle écrit ceci : "Quelque chose se prépare, quelque chose qui sera une tragédie, la tragédie peut-être". Dans les derniers mois de cette année 1942, l'écriture de la jeune femme a changé. Elle ne relate que le strict minimum des faits dont elle a été acteur ou témoin. Elle ne livre plus ses réflexions. Quelque chose s'est brisée...

Hélène reprend son journal plusieurs mois plus tard. Un message en août 1943 puis un second en octobre... Dans ce message d'octobre, elle explique longuement pourquoi elle écrit ce journal. Elle n'écrit pas en pensant que d'autres le liront, elle écrit pour raconter.

"Et toujours j'essaie de faire ce pénible effort de raconter."
"Il faudrait donc que j'écrive pour pouvoir montrer aux hommes ce qu'a été cette époque."

(Extraits des pages 169 & 171)

Dès 1942, Hélène Berr et son entourage connaissent la réalité des rafles, des internements, du départ vers l'Est (Hélène parle de déportés). Mais, en 1943, cette réalité devient plus présente, plus pesante dans son journal. Hélène livre de longues réflexions sur la peur. La jeune femme n'avait peur que d'une chose : celle de ne pas connaître d'avenir, notamment avec son ami Jean, qui a fui Paris à la fin de 1942. Mais elle accepte ce qui pourrait arriver, à savoir l'arrestation et la déportation.

En mars 1944, Hélène et ses parents sont arrêtés à leur domicile. Ils sont déportés à Auschwitz le jour des 23 ans de la jeune femme. Hélène survivra un an. Elle meurt quelques jours avant la libération du camp de Bergen Belsen en avril 1945. Elle venait d'avoir 24 ans.

Comment ne pas être ému par la lecture de ce journal ? Comment ne pas être frappé par l'extraordinaire lucidité de la jeune femme face au destin qui l'attendait ?

"Mais ce n'est pas de la peur, car je n'ai pas peur de ce qui pourrait m'arriver" (p.182)

Ce journal a pu être conservé car Hélène Berr l'avait confié à la cuisinière de la famille. Il est aujourd'hui conservé au Mémorial de la Shoah (Paris).

Le livre se termine par un texte de sa nièce, Mariette Job. Ce texte a pour titre "Un vie confisquée". Hélène Berr a vu sa vie lui être confisquée comme des millions d'autres victimes des horreurs de l'Histoire.

Publié par Tallandier (2008)

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19 mars 2008

Pourquoi n'es-tu pas venue avant la guerre ? / Lizzie Doron

Pourquoi_n_est_tu_pas_venueIl m'arrive souvent (trop souvent même !) de ne pas trouver mes mots pour parler d'un livre qui m'a plu voire ému comme ce fut le cas avec le livre que je vais vous présenter dans cette note.
Le plus simple est de commencer par évoquer la genêse de ce livre. Ce n'est pas un roman mais un récit. Lizzie Doron a, un jour, été confrontée aux questions de sa fille sur leurs origines familiales. C'est pour elle que cette maman israëlienne a initialement écrit ces histoires sur la vie de sa mère, Héléna.
C'est un recueil d'anecdotes de la vie d'une rescapée de la Shoah, une femme qui est restée hantée, jusqu'à la fin de sa vie, par cette tragédie. Toutes les histoires ne reflètent qu'une seule chose, une immense douleur enfouie au plus profond de cette femme et qui ressort lors d'évènements parfois totalement anodins. Chaque chapitre est une histoire, chaque histoire fait revivre cette douleur et montre les conséquences d'une des plus grandes, si ce n'est la plus grande, tragédie du 20ème siècle : la recherche de survivants de la famille, la réunion autour d'un thé des amies que Lizzie (appelée Elisabeth dans le récit) appelle par leur numéro, les cadeaux de la Bat Mitsva que Lizzie ne gardera pas car ils sont "made in Germany"... L'histoire qui m'a le plus émue est celle intitulée "Liberté" : Lizzie n'était pas douée pour le dessin alors c'est Héléna, sa mère, qui dessinait à sa place. Et pour représenter la liberté, elle a dessiné un oiseau qui essaie de s'enfuir d'un camp de concentration.
Avant de commencer à écrire cette note, je pensais y insérer des courts extraits mais je n'ai pas pu choisir. Le mieux est que vous lisiez ce livre.

Publié par les Editions Héloïse d'Ormesson (2008)

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01 mars 2008

Se taire est impossible / Jorge Semprun, Elie Wiesel

Se_taire_est_impossibleEn 1995, à l'occasion du cinquantenaire de la libération des camps de concentration, Arte diffusait une série d'émissions sur le sujet. Le 1er mars 1995, elle diffusait "L'Entretien entre Elie Wiesel et Jorge Semprun". Tous les deux ont connu l'expérience des camps, le premier parce qu'il était Juif, le second parce qu'il était résistant. Ce court ouvrage est une transcription de l'échange entre ces deux grandes figures qui s'étaient croisées à Buchenwald en 1945 sans se connaître. Au cours de leur discussion, ils ont parlé de leur vécu, à la fois semblable et différent, et abordé des thèmes essentiels comme la transmission de ces évènements aux jeunes générations, la non-réaction de beaucoup de pays pendant la guerre alors que certains savaient ce qui se passait, le parallèle avec l'histoire récente... C'est une discussion riche et donc difficile à résumer. Si je ne devais retenir qu'une chose, ce serait cette phrase d'Elie Wiesel : "Se taire est interdit, parler est impossible".

Publié par Mille-Et-Une-Nuits et Arte Editions (2007)

09 janvier 2008

Les Disparus / Daniel Mendelsohn

Les_DisparusEnfant, Daniel Mendelsohn suscitait pleurs et réactions chez de vieux Juifs qui lui répétaient :  "Il ressemble à Shmiel". Cette phrase associée aux histoires que lui racontait son grand-père maternel ont suscité chez l'auteur une curiosité. Il a voulu en savoir plus sur cet oncle (en fait, le frère de son grand-père), sa femme et leurs filles, tous disparus pendant la Shoah. Adulte, il a entrepris un long voyage dans le temps et dans l'espace pour redonner vie à ces personnes disparues depuis 60 ans. Dans ce livre, il invite le lecteur à faire le voyage avec lui.

Après avoir resituer cette quête de vérité dans sa propre histoire, Daniel Mendelsohn nous emmène voir les survivants de l'époque répartis aux quatre coins du monde : Ukraine (lieu de vie des victimes), Australie, Israël, Scandinavie. L'enquête est minutieuse, le moindre détail a son importance car il peut éclairer sur la personnalité des victimes ou sur leurs derniers moments. Cette enquête met aussi au jour des histoires de famille douloureuses comme ses lettres envoyées par Shmiel à ses frères aux Etats-Unis en 1939.

Ce livre est un pavé de 650 pages mais Daniel Mendelsohn raconte l'histoire de façon à ce que le lecteur soit aussi partie prenante. Il a reconstitué les entretiens qu'il a eu avec des rescapés de la Shoah tels qu'ils se sont déroulés (ou presque). Ces entretiens ressucitent un monde aujourd'hui disparu : celui de la culture yiddish. Le fait que certaines phrases soient retranscrites en yiddish, comme les ont prononcées les témoins, fait passer encore plus d'émotion dans le récit. Un seul bémol (petit !) : le parallèle effectué avec des extraits de textes bibliques. C'est à la fois intéressant car on peut avoir l'impression que certaines histoires se répètent et parfois un peu long et lourd.

Parallèlement à la lecture de ce récit, j'ai été voir l'exposition que le Mémorial de la Shoah a consacré aux fusillades massives en Ukraine de 1941 à 1944 (La Shoah par balles). Cette visite a renforcé l'impact du livre de Mendelsohn sur moi. J'ai pu voir des photos de Lviv, ville dont il est question dans le livre. L'exposition présentait aussi la technique méthodique utilisée par les Nazis pour les exécutions (organisation, arrestations...). Voir ses photos a été très éprouvant. Avec un texte, je peux imaginer la cruauté des actes commis. Là, je me suis retrouvée face à des photos et la réalité. La dernière partie de cette exposition concernait les recherches effectuées de nos jours pour retrouver les charniers et rendre un dernier hommage aux victimes.

Publié par Flammarion (2007)

Un autre avis : celui de Moustafette

Edit du 06/10/2008 : Rencontre avec Daniel et Matt Mendelsohn

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