02 septembre 2009
Le Sari rouge / V.V. Ganeshananthan
Rouge, couleur du sari de la mariée. Rouge, couleur du feu qui détruit un passé. Rouge, couleur du sang...
La première teinte de rouge qui colore ce roman est celui du mariage. Mariage arrangé, non. C'est un mariage d'amour que font, aux Etats-Unis, deux jeunes immigrés sri-lankais. Lui est médecin, elle, institutrice. Quelques années plus tard, ils donnent naissance à leur unique enfant, une petite fille prénommée Yalini.
Yalini naît donc aux Etats-Unis en juillet 1983. Rien de particulier me direz-vous sauf que cette famille est d'origine tamoule et qu'au même moment, le Sri Lanka connaît son "Juillet Noir", représailles du gouvernement sri-lankais contre la minorité tamoule. Un bain de sang.
Yalini grandit en vraie petite américaine. Sa langue est l'anglais, elle comprend juste le tamoul. Et elle entreprend d'ailleurs des études d'anglais à l'université.
Sa quête identitaire débute lorsque son oncle débarque au Canada. Membre des Tigres (organisation indépendantiste tamoule du Sri Lanka) et atteint d'un cancer, il vient au Canada pour y mourir. Cette rencontre est l'occasion pour Yalini d'apprendre l'histoire de sa famille et l'histoire de son peuple.
C'est une fiction, les noms de tous les personnages, y compris des membres des Tigres, sont une invention. Mais les évènements sont bien réels. Ce roman est l'occasion de plonger dans l'histoire de la diaspora tamoule, de comprendre les liens très forts qui unissent cette diaspora à sa terre.
"Le Sari rouge" est un bon roman. Une plongée dans un autre univers peu évoqué dans la littérature, du moins celle traduite en français.
L'auteur V.V. Ganeshananthan vit à New York mais est d'origine sri-lankaise. Elle est journaliste, diplômée de Harvard et de Columbia. "Le Sari rouge" est son premier roman.
Publié par JC Lattès (2009) / Traduit par Sylvie Schneiter
Lectures complémentaires :
"Drôle de garçon" de Shyam Selvadurai, un roman qui a pour toile de fond l'histoire des Tamouls du Sri Lanka dans les années 70-80
"En territoire tamoul à Paris" d'Aude Mary, un document paru aux Editions Autrement et qui nous fait découvrir la communauté tamoule de la région parisienne
Pour en savoir plus :
La guerre opposant le gouvernement sri-lankais aux séparatistes tamouls a pris fin cette année. Les dernières semaines du conflit ont été suivies par la journaliste du Figaro, Marie-France Calle. Ses articles sont disponibles sur son blog Namaste ! Salam !
05 janvier 2009
En territoire tamoul à Paris / Aude Mary
A Paris, on connaît le quartier chinois du 13ème arrondissement, Barbès... Mais il existe d'autres quartiers dits ethniques. En remontant vers la Gare du Nord, on tombe sur un grand nombre de commerces indo-pakistanais (deuxième moitié de la rue du Faubourg Saint Denis, si je ne me trompe pas). Et derrière la Gare du Nord, un ensemble de rues rassemble des commerces tamouls, ainsi que des temples et des écoles. C'est le petit quartier de la communauté tamoule. Les familles vivent en banlieue mais viennent s'y ravitailler, retrouver les odeurs, les sons de là-bas. Ce là-bas, c'est le Sri Lanka, pays qu'ils ont dû abandonné à cause de la guerre civile. En référence à ce pays fui, le quartier est quelquefois surnommé "Little Jaffna" (du nom de la capitale de la région tamoule du Sri Lanka). Avant de parler de l'installation des Tamouls en France, l'auteur, Aude Mary, explique en quelques pages ce qui les a poussé à partir et pourquoi ils ont choisi la France (qui apparaît plutôt comme un choix par défaut).
Un petit livre (une centaine de pages) pour découvrir une communauté plutôt discrète qui est pourtant l'une des plus importantes communautés asiatiques (en 2001, la France comptait 50000 réfugiés tamouls).
Publié par Autrement (2008)
22 décembre 2008
Prendre conscience de ses différences...
... et les accepter, c'est la thématique du premier roman qu'a écrit Shyam Selvadurai, "Drôle de garçon".
Dans les années 70, au Sri Lanka, Arjie, petit garçon de sept ans, préfère les jeux de fille, traîner avec ses cousines et dans les jupes de ses tantes. Il est très proche de l'une d'entre elles, au point d'en savoir plus que les adultes sur la vie amoureuse de cette jeune tante récemment rentrée des Etats-Unis. Son attrait pour le monde féminin suscite moqueries chez ses oncles et tantes et la colère de son père. Ce dernier va le forcer à jouer au cricket mais sans effet. A l'adolescence, il envoie son fils dans l'école où lui-même fut élève, une école où les adultes sont plus que sévères envers les élèves. C'est dans ce lieu, choisi par son père dans l'optique de l'éloigner de son mauvais penchant, qu'il va finalement prendre conscience de sa véritable nature, l'accepter et vivre avec.
Cette histoire personnelle se déroule à une période particulière de l'histoire du Sri Lanka. Et les évènements tiennent une place importante dans le roman. Dans les années 70, les tensions montent entre Tamouls et Cinghalais jusqu'au déclenchement d'une guerre civile après le "Juillet noir" (1983). La majorité du pays est cinghalaise. Le héros du roman, Arjie, appartient à la minorité tamoule. Peu à peu, alors qu'il fréquente une école cinghalaise, les autres vont lui faire prendre conscience de sa différence. Mais Arjie tient peu compte des origines des uns et des autres pour choisir ses amis. La famille d'Arjie essaie de se tenir à l'écart de la politique et doit parfois faire des choix pour sauver sa vie, ses biens. Mais les évènements finissent par les ratrapper et se pose alors pour le chef de famille la question : "faut-il partir ou rester ?".
Sur l'auteur : Shyam Selvadurai est né en 1965 à Colombo (Sri Lanka) d'un père tamoul et d'une mère cinghalaise. Il vit au Canada depuis qu'il a dû fuir son pays en 1983. Il vit aujourd'hui à Toronto. Il est l'auteur de trois romans : "Drôle de garçon" est son premier (il a été un best seller au Canada où il a été publié en 1994). Il a ensuite écrit "Jardins de cannelle" (première publication en français en 1999) et "Swimming in the Monsoon sea" (2005 - non traduit en français). En 2004, il a édité un recueil de nouvelles écrites par des écrivains ayant un point commun, avoir des origines d'Asie du Sud (parmi les auteurs, on trouve Salman Rushdie, Monica Ali, Hanif Kureishi...).
Un autre avis : celui d'Agnès (Mon biblioblog)
Publié par Robert Laffont (1998) & 10/18 (2000)
Du même auteur : Jardins de cannelle
03 décembre 2008
Un monde complexe
Ce monde, c'est l'Inde et plus largement le Sous-continent indien. Les complexités de ce monde, on vient d'en avoir l'exemple avec les tragiques évènements de Mumbai.
Pour comprendre ce monde, on peut utiliser les médias, le web mais aussi les livres. Il y a un peu moins de deux ans, les éditions Albin Michel ont lancé une nouvelle collection intitulée Planète Inde. Elle regroupe un ensemble de livres écrits par des spécialistes. Ces livres abordent l'histoire, les religions, la société... indienne.
Le premier livre que j'ai lu est celui consacré à l'Islam : "Un autre islam : Inde, Pakistan, Bangladesh" . L'auteur, Marc Gaboriau, est membre du Centre d'Etudes de l'Inde et de l'Asie du Sud. Il nous explique, dans son livre, l'histoire, la culture... de la minorité musulmane (qui représente tout de même un tiers des musulmans de la planète). Marc Gaboriau est chercheur mais son livre est accessible, clair.
Seconde lecture : "Les sikhs". L'auteur, Denis Matringe, est directeur du Centre d'Etudes de l'Inde et de l'Asie du Sud. Il est spécialiste de l'islam indien et du sikhisme. Il explique la naissance de cette religion (aujourd'hui, cinquième religion au monde), son histoire (très liée à une région, le Penjab)... Je peux faire pour ce livre les mêmes remarques que pour le livre de Marc Gaboriau : accessible et clair. Mais j'avoue que j'ai moins retenu d'éléments de ce livre sur les sikhs, sans doute parce que le sujet était tout nouveau pour moi.
"Planète Inde" comprend d'autres titres :
- L'Inde vue de l'Europe / Christine Maillard
- Les Chrétiens de l'Inde / Catherine Clémentin-Ohja
- Un milliard d'hindous / Ysé Tardan-Asquelier
- Intouchables / Robert Deliège
- Une histoire de l'Inde / Eric Meyer
01 septembre 2008
Jardins de Cannelle / Shyam Selvadurai
Des livres attendent leur tour pour voir un billet à leur nom apparaître sur ce blog. Oh, ils ne sont pas nombreux, seulement trois. Alors, commençons par celui qui attend depuis le plus longtemps, environ deux semaines.
Cette histoire ne se passe pas dans le Sri Lanka d'aujourd'hui mais dans le Ceylan des années 20. L'île est encore sous administration britannique mais il existe aussi une élite locale, avec notamment des familles tamoules. En dehors de ce cercle, gravitent d'autres Tamouls, des Cinghalais et des "sangs mêlés".
Deux personnages sont au coeur de ce roman, deux personnes dont on suit les aventures et dont le passé est révélé au fur et à mesure du récit.
La première personne à apparaître est une jeune femme de vingt-deux ans, Annalukshmi. Lors de sa naissance, ses deux parents étaient chrétiens. Mais, au grand dam de Louisa, sa mère, son père est retourné vers sa religion d'origine, l'hindouisme et est resté en Malaisie où le couple était auparavant installé. Annalukhsmi vit désormais avec sa seule mère et ses deux soeurs cadettes. Elle est professeur, féministe et refuse le mariage. Tout cela passe mal auprès de ses tantes et dans une société très conformiste où le respect des convenances est la règle. Mais la jeune femme ne cède pas. Sa mère souhaite bien sûr la voir mariée mais à certaines conditions, notamment que le futur mari soit chrétien. Depuis la Malaisie, le père se manifeste et impose que sa fille épouse le fils de connaissances, forcément hindoues. La mère met en place un stratagème pour éviter une telle mésalliance. Réussira t-elle ou non ?En tout cas, Annalukhsmi veut décider de son destin...
La seconde personne est un homme, Balendran. Il a une quarantaine d'années, est marié et père de famille. Son fils étudie en Angleterre où lui-même a été étudiant. L'Angleterre, c'est surtout là où Balendran a pu être lui-même. Balendran a, comme il est dit pudiquement dans le roman, une "inversion". Là-bas, en Angleterre, loin de Ceylan, il a eut un amant. Et cet homme, Richard, est de passage à Ceylan... Les convenances, que Balendran a tant respectées, risquent de voler en éclat.
Un très beau roman, bien écrit et qui soulève une seule question : Certaines personnes ne respectent-elles pas les traditions en façade pour les accommoder à leur sauce en privé afin d'avoir un peu la vie qu'elles avaient imaginée ?
Publié par 10/18 (2002)
25 juillet 2008
Le Fantôme d'Anil / Michael Ondaatje
Après plusieurs années aux Etats-Unis, Anil, médecin légiste, revient au Sri Lanka dans le cadre d'une mission parrainée par les Nations Unies. Secoué par la guerre civile, le sol du Sri Lanka est jonché de cadavres. La mission d'Anil sera d'enquêter sur ces morts. Elle travaille en tandem avec un archéologue sri lankais. Grâce à cet homme, elle va rencontrer d'autres Sri Lankais qui vont l'aider dans sa mission, notamment un archéologue âgé et un artisan capable de reconstituer les visages à partir des cranes.
Avant de commencer la lecture, je ne m'attendais pas à découvrir une galerie de portraits et autant d'éléments de la longue histoire du Sri Lanka. Même si le roman ne se limite pas à la période récente de la guerre et au personnage d'Anil, il est intéressant car l'auteur a bien développé tous les personnages et les faits. Donc, un roman à lire.
Publié par Points (2001)
Ce roman a reçu le Prix Médecis étranger 2000.
N.B. : Je n'ai pas mis de photo de la couverture car je n'en ai trouvé aucune correspondante à l'édition actuelle.
24 juin 2008
Colombo Chicago / Mary Anne Mohanraj
Fait exceptionnel, cette lecture est une seconde lecture. J'avais déjà lu ce roman il y a deux ans. J'en avais gardé un sentiment positif mais aussi l'impression d'être quand même passé à côté de ma lecture. J'ai donc profité de sa très récente sortie en poche pour m'y replonger. Le plongeon a duré 24 heures, une journée pendant laquelle j'étais réellement dans l'histoire.
Ce roman conte l'histoire de deux familles tamoules du Sri Lanka sur trois générations, entre le Sri Lanka et les Etats-Unis.
Tout commence en 1939 lorsque Thani, père de famille nombreuse, s'interroge sur l'avenir de sa fille préférée, Shanti. Sa femme, Bala, souhaite qu'elle fasse un mariage arrangé alors que Thani la voit étudiante. Shanti finit par partir pour l'Angleterre où elle fait la connaissance d'un jeune Sri Lankais qu'elle épouse. Le couple part s'installer aux Etats-Unis où il élève six filles. Leurs filles sont un mélange d'Orient et d'Occident. Certaines manifestent une volonté d'indépendance et d'émancipation, parfois au grand dam des parents qui veulent éviter les scandales. D'autres sont respectueuses des traditions et acceptent le mariage arrangé avec un inconnu.
C'est un très beau roman, qui met surtout en avant les personnages féminins. Ce sont donc des portraits de femmes indépendantes ou respectueuses des traditions. Ce sont les histoires de deux familles qui doivent trouver un équilibre, à cheval sur deux pays et entre tradition et modernité.
Publié par Le Livre de Poche (2008)

